Saisie n En décidant de dresser un barrage à la sortie du chef-lieu de la commune de Béni Boussaïd, les gendarmes étaient certains de «tomber» sur des contrebandiers. Le premier véhicule invité à s?arrêter est une Peugeot 504. A l?intérieur, cinq voyageurs, jeunes pour la plupart, et le chauffeur bien évidemment. Les gendarmes les invitent tous à descendre du véhicule. A tour de rôle, ils sont fouillés par le commandant de compagnie en personne. Celui-ci, ne trouvant rien d?«anormal» sur eux, leur pose la question pour savoir à qui appartient le sachet se trouvant sur la banquette arrière de la vieille 504. L?un d?eux, d?un teint brun et âgé d?une quarantaine d?années environ, ne prend pas beaucoup de temps pour répondre : «C?est à moi, hadharate !» Le commandant de compagnie lui demande alors : «Qu?est-ce qu?il y a dedans ?» «Quelques vêtements», répond vaguement l?autre tout en se mettant à vider lentement le contenu du sachet. Ce qui va vite mettre hors de lui le commandant de compagnie : «Laisse-moi faire», lui lance-t-il. Et c?est ainsi qu?il met sa main dans le sachet pour retirer, quelques secondes plus tard, pas moins de? huit téléphones portables et une dizaine de chargeurs ! «Je ne suis pas un contrebandier, croyez-moi, je suis un père de famille qui essaye de gagner sa vie tant bien que mal», prétend l?homme habillé d?un manteau noir et d?un pantalon classique. Peine perdue : il sera embarqué dans la Toyota de la gendarmerie où, ne perdant pas espoir, il continuera à expliquer aux gendarmes qu?il n?a rien à voir avec la contrebande : «J?ai passé quelque quatorze ans au sein de l?ANP et deux ans et demi au sein du corps des gardes communaux avant de me retrouver au chômage avec quatre enfants en bas âge et une femme à charge. Je suis originaire de Tébessa, mais j?habite chez mes beaux-parents à Taghalimet, près de Telagh, dans la wilaya de Sidi Bel Abbes faute de logement et de moyens. Si j?ai pris le risque de venir jusqu?ici, c?est parce que je suis dans le besoin. Même l?argent avec lequel j?ai acheté ces articles, j?ai dû l?emprunter. C?est la deuxième fois seulement que je viens ici?». Malgré ses supplications, l?homme sera conduit à la brigade de Maghnia en compagnie d?un jeune homme d?une trentaine d?années arrêté, lui aussi, en possession d?une dizaine de téléphones mobiles et autant de chargeurs. «On n?est pas insensibles à leur histoire, mais que voulez-vous ? On est là pour appliquer la loi», confie un gendarme, sur le chemin du retour à Maghnia, où les deux contrebandiers devaient être présentés, le lendemain, devant le juge d?instruction.