L'informel sévit toujours. L'économie algérienne en souffre énormément. Mais comment y mettre un terme ? Cette question est un véritable défi, aussi bien pour les pouvoirs publics que pour les opérateurs économiques. Le citoyen lambda -autrement dit, le consommateur- peut facilement voir de ses propres yeux l'ampleur et l'étendue du phénomène mais tombe toujours sous ses charmes innombrables. Les spécialistes admettent que l'informel est répandu partout dans le monde, mais à des degrés différents et selon les pays et même leur positions géographiques. C'est déjà la moitié de la solution. Bon nombre de pays asiatiques, inondent les marchés africains, caractérisés par un manque de régulation et ayant un faible pour les produits à bon marché. Certes, dans certains cas, l'informel est une solution pour les petites bourses, mais à quel «prix» ? L'Algérie a tant souffert de cette situation. Mais qu'a-t-on fait pour l'endiguer ? Les opérateurs économiques estiment qu'il y a péril en la demeure et s'accordent à souligner que le contrôle manque énormément. Pour eux, le rôle de l'Etat, c'est d'imposer le contrôle et de mettre en place un système de régulation. Quelle est la taille de l'informel en Algérie ? Selon le FCE, qui a élaboré récemment une étude à ce sujet, il «constitue une partie importante de l'économie algérienne». Ses revenus nets se situeraient entre 300 et 600 milliards de dinars (17% de l'ensemble des revenus primaires nets des ménages). Un montant qui correspond à 13% du PIB hors hydrocarbures. Pour une population occupée totale de 8,25 millions de personnes, il occupe 1,78 million de personnes, soit près de 22%. Par ricochet, déduit l'étude du FCE, le Trésor public perd des sommes faramineuses. Selon le même document, les pertes de recettes budgétaires et de recettes pour les organismes de sécurité sociale sont estimées respectivement à 42 milliards de dinars pour l'IRG, 22 milliards pour la TVA et 120 milliards pour les prélèvements de Sécurité sociale. Donc, à la lumière de cette armada de chiffres, il semblerait que la lutte contre un tel phénomène soit une nécessité à ne point négliger. Il s'agit, selon les patrons, économistes et autres investisseurs, de la protection de l'économie nationale, laquelle a subi de plein fouet ce choc. Un choc lié intimement à l'ouverture commerciale mais également à un marché déstructuré. Aux origines, un secteur commercial déstructuré En évoquant cette dernière question, une autre étude du FCE lève le voile sur certains dysfonctionnements. Cette étude, chiffres à l'appui, affirme en fait que le secteur commercial connaît un «degré d'informalisation élevé». L'organisation patronale a évalué à environ «1 140 000 personnes [qui] travaillent dans ce secteur, dont 60% ne sont pas déclarées à la sécurité sociale». «Son poids apparaît aussi dans sa contribution au PIB : 17% de la valeur ajoutée hors hydrocarbures en 2007», ajoute le document. Toujours en chiffres, le FCE a recensé environ 330 000 entreprises commerciales, lesquelles se composent de 280 000 détaillants, 30 000 grossistes et 20 000 importateurs. Pis, les «différentes activités [agent commercial, représentant, revendeur, exclusif ou non], note le FCE, ne sont pas totalement couvertes par la réglementation de manière à éviter les risques d'entrave à la concurrence. Les infrastructures ont généralement une taille réduite. Beaucoup de communes ne sont pas dotées de marché de détail, ni d'abattoir, ce qui favorise la prolifération de marchés informels et le phénomène d'extension informelle des infrastructures formelles existantes». A travers ce constat, il est difficile de dire que la bataille contre l'informel est gagnée. Mieux, l'absence d'une organisation horizontale et verticale du secteur commercial devient un facteur déclenchant. La nature a horreur du vide, le commerce aussi. Si la prolifération des commerçants informels est en constante hausse, c'est parce qu'un déséquilibre est également constaté dans la répartition spatiale des commerçants formels. Pour endiguer, progressivement, ce phénomène, des recommandations ont été proposées par le FCE. Des recommandations … Le FCE a identifié, entre autres, plusieurs problèmes qui doivent être résolus. L'un des plus épineux, selon le FCE, est celui des taux de cotisation à la Sécurité sociale (CNAS). La solution à ce problème réside dans l'instauration d'un régime général dans lequel le taux de cotisation soit moins élevé, recommande l'organisation patronale. Cette solution est tout à fait possible, souligne-t-il, car la population active algérienne a une pyramide des âges favorable. Toutefois, «cette démarche ne peut être mise en œuvre avec succès, compte tenu de tous les problèmes cités plus haut, que si le ministère du Travail et de la Protection sociale se dotait d'un véritable outil de contrôle pour sanctionner les contrevenants, en d'autres termes, si les moyens d'intervention des inspections du travail étaient vigoureusement renforcés», note le document du FCE. Le second problème identifié par l'étude est celui des obstacles bureaucratiques à la création d'entreprises. Il pourrait être réglé, propose le FCE, par la création d'une agence d'aide à la création d'entreprises qui puisse jouer à la fois un rôle d'information et un rôle de facilitation et d'accompagnement des entrepreneurs. L'avantage d'une telle agence, soutient le FCE, est qu'elle pourra adapter son approche en fonction des différents secteurs d'activité (commerce, BTP, transport, artisanat, etc.) mais aussi en fonction du profil de l'investisseur, en tenant compte notamment du niveau d'instruction relativement faible des intervenants dans l'informel. La question des impôts est aussi centrale. Pour cela, il conviendrait, appuie le FCE, que l'administration fiscale mène des actions plus efficaces de communication auprès du public. La question du local est importante, pense le FCE pour qui elle pourrait trouver sa réponse en partie dans les infrastructures publiques prévues dans de nombreux programmes (marchés, halles à marées, parcs, galeries, pépinières, etc.). Hormis ces solutions «prioritaires» suggérées, le FCE estime que d'autres pourraient être faites. Mais ce qui est sûr pour l'organisation de Reda Hamiani, ce sont des mesures dont l'application est «urgente sous peine de voir se perpétuer l'érosion progressive de notre économie au profit d'un secteur informel dont les limites ne sont aujourd'hui pas appréhendées». S. B.