Le ministère de l'Agriculture et du Développement rural a lancé depuis trois ans un programme d'encouragement à la création de stations de semences dans le but d'augmenter les capacités de production nationale en graines et, surtout, à brève échéance, réduire la facture d'importation et à long terme de s'auto-suffire en semences de cultures maraîchères. Certes, ici et là des expériences ont été tentées par des agriculteurs en se consacrant uniquement à la production de semences mais rares sont ceux qui ont tenu la route dans ce créneau d'activité et beaucoup ont fini par abandonner cette activité de multiplicateurs. Et cela pour deux raisons évidentes : la semence produite en Algérie subit un contrôle des plus tatillons. Ce qui décourage la production locale au moment où «la réglementation devrait être plus souple si l'on veut encourager la production nationale», clament à chaque occasion des opérateurs versés dans la production de graines ; la seconde raison a trait à la difficulté que les multiplicateurs rencontrent pour écouler leur production de semences. «Difficultés nées du fait de la mauvaise qualité des semences proposés aux agriculteurs», selon des exploitants agricoles. Une médiocrité à répétition qui d'ailleurs a fini par créer chez les agriculteurs un manque de confiance dans la semence nationale. Et du coup, on lui préfère celle de l'importation. Toujours est-il que «parfois ce ne sont pas les semences nationales qui sont de mauvaise qualité mais, bien au contraire, c'est leur mauvaise utilisation qui est à l'origine des mauvaises récoltes», se défendent des producteurs de semences. En clair, les agriculteurs se méfient de la production locale et les semenciers accusent les agriculteurs d'un manque de professionnalisme. Mais alors comment sortir le marché de la semence de cette situation d'impasse et dont les seuls bénéficiaires sont les importateurs ? Ces derniers qui, rappelons-le au passage, ne sont pas près de lâcher un marché annuel estimé à près 100 millions de dollars. Ce qui constitue un enjeu considérable pour les importateurs et les exportateurs. Un marché marqué par des périodes d'indisponibilité de semences et des fluctuations importantes des prix. Et c'est souvent le cas pour la semence de pomme de terre. Un créneau juteux pour des importateurs de tout bord qui n'hésitent pas à fourguer leur arrivage douteux de semences en cassant les prix. Des échos de mauvaises cargaisons ont fait la une de l'actualité il y a quelques années quand des importateurs ont tenté, en 2004 et 2005, d'introduire sur le territoire national des tubercules avariés. N'était la vigilance des services de contrôle phytosanitaire, des tonnes de germes auraient pu être vendus aux agriculteurs, ce qui leur aurait causé des pertes financières considérables. C'est pourquoi la tutelle a pris le taureau par les cornes en mettant en place des mesures de contrôle draconiennes d'importation. Mais faut-il noter que le meilleur moyen de se prémunir de toute importation de semences avariées reste sans aucun doute l'autosuffisance. Dans cette perspective, un premier pas vient d'être franchi puisque le ministère de l'Agriculture vient d'inaugurer un laboratoire de production de semences de pomme de terre sis dans la commune Sebaine, wilaya de Tiaret. Une telle initiative était attendue, vue l'importance de ce végétal, car la pomme de terre est, avec le pain et le lait, un aliment de base en Algérie. Reste à savoir si d'autres vont suivre pour nous libérer de façon durable de la dépendance des marchés extérieurs. Amélioration de l'offre de semences de pomme de terre Selon le ministère de l'Agriculture et du Développement rural, la création d'un laboratoire de production de semences de pomme de terre va permettre d'augmenter l'offre en semences de pomme de terre à hauteur de 10% des besoins nationaux. L'autre objectif assigné à cette infrastructure, réalisée dans le cadre de la coopération algéro-coreéenne, est l'accroissement de la production de semences certifiées de pré-base. Cela garantira un meilleur approvisionnement du marché en semences de qualité et à des prix réduits. Par ailleurs, ce laboratoire contribuera non seulement à la diversification variétale, à même de minimiser la vulnérabilité génétique, mais aussi à l'initiation des programmes de production destinés à l'exportation. Toujours selon cette même source, le choix du site s'est porté sur la ferme pilote de démonstration et de production de semences de l'Institut technique des grandes cultures (ITGC), localisé dans la comme de Sebaine, wilaya de Tiaret, en raison des sols indemnes des différents agents pathogènes spécifiques à la pomme de terre. Aussi, pour assurer la maîtrise de la production de la pomme de terre de semences, huit ingénieurs algériens ont suivi des formations en Corée du Sud, dans trois domaines, à savoir le transfert des techniques liées aux semences de pomme de terre (2 ingénieurs), de production au laboratoire (4 ingénieurs) et, enfin, les techniques de culture de tissus (2 ingénieurs). En Algérie, le personnel de laboratoire a conduit avec succès les travaux sur les techniques et les manipulations liées aux cultures hydroponiques et aux cultures de tissus de pomme de terre, en collaboration avec les experts coréens, présents sur le site pour le démarrage du projet. Z. A.