Photo : APS De notre envoyé spécial à Toronto (Canada) Amar Rafa La région du Sahel, devenue zone de repli des groupes terroristes, présente aujourd'hui de réelles menaces et d'importants facteurs de risque. Elle peut, à terme, devenir un espace propice à l'expansion du terrorisme vers d'autres régions du continent et du monde, a indiqué hier le président Abdelaziz Bouteflika, lors de son intervention à l'occasion du sommet du G8 à Muskoka (Canada). Partant de ce diagnostic, M. Bouteflika a rappelé l'accord des pays de la région sahélo-saharienne visant à «mener une lutte efficace, coordonnée et solidaire contre ces fléaux», ainsi que la dynamisation des cadres de coopération bilatérale : «Il a été convenu de donner une nouvelle impulsion à une coopération régionale structurée autour du principe de l'appropriation des pays de la région des problèmes de sécurité, du respect des engagements bilatéraux et internationaux et de l'adoption de mesures concrètes de lutte antiterroriste.» S'agissant de la question spécifique du paiement de rançons aux groupes terroristes preneurs d'otages, le président Bouteflika devait saluer l'importante avancée normative réalisée dans ce domaine par l'Union africaine, qui a adopté lors de sa treizième session, en juillet 2009 à Syrte, une décision condamnant le versement de rançons aux groupes terroristes. Il s'est félicité de l'appui à cette position du Conseil de sécurité des Nations unies, qui a introduit dans sa résolution 1904 de décembre 2009, des dispositions sur l'incrimination juridique de cette pratique qu'il juge «éminemment déplorable», car, elle constitue, dans son essence et sa finalité, une source de financement du terrorisme. Abordant la rencontre, qui consacre une partie de ses travaux au thème de la paix et de la sécurité avec un accent particulier sur les différentes formes de criminalité transnationale, il a rappelé que «l'Afrique est victime de cette criminalité transnationale et souffre de plus en plus des trafics de marchandises, notamment les médicaments contrefaits, des déchets toxiques et de l'exploitation sexuelle des femmes». Cette criminalité, a-t-il enchaîné, a pris de graves proportions à travers le trafic d'armes légères et de drogue par des réseaux organisés. Elle représente une menace d'autant plus redoutable que ces réseaux ont noué des liens étroits avec les organisations terroristes qui se sont repliées en Afrique et dans la zone du Sahel en particulier. «Cette menace n'est pas circonscrite à l'Afrique. Sa portée couvre l'Europe et va même bien au-delà», a affirmé le président Bouteflika avant de souligner que ce constat édifie sur l'ampleur et la complexité de ces maux et «sur la nécessité d'adopter des mesures efficaces et audacieuses pour les combattre». Ce faisant, il a souligné la nécessité de tenir compte des différents aspects de ces phénomènes et de porter notre attention aussi bien sur leurs causes que sur leurs manifestations afin de leur apporter des remèdes efficaces. Cela suppose, a expliqué M. Bouteflika dans son discours, d'abord, une étroite coopération régionale et internationale. «La communauté internationale et le G8 en particulier ont un rôle essentiel à jouer pour appuyer la mise en œuvre des actions arrêtées aussi bien au plan national qu'au plan régional», a-t-il estimé. Il résumera ensuite les attentes des Africains, de celles du G8, dans le soutien aux mécanismes de coopération adoptés au plan régional, à l'instar des pays de la région sahélo-saharienne, pour la prise en charge efficace de la lutte contre ces fléaux, et ce, dans les domaines particuliers du renseignement, de l'équipement et de la formation. Le partenariat entre les pays du G8 et l'Afrique pour combattre ces trafics et consolider la paix et la sécurité internationales doit être renforcé, a affirmé Bouteflika en soulignant le devoir des partenaires de l'Afrique d'assumer la part de responsabilité qui leur revient dans la lutte contre ces phénomènes transnationaux. Dans son discours sur le problème de la paix et de la sécurité, donné par ailleurs devant le segment Afrique du G8, le président Bouteflika a souligné que l'Afrique met en œuvre depuis plus d'une décennie des programmes concrets et diversifiés visant à enraciner la bonne gouvernance politique, précisant que le continent africain a «adopté nombre d'instruments juridiques et de plates-formes politiques en faveur de la démocratie». En proclamant 2010 «Année de la paix», l'Union africaine a édifié une architecture de paix et de sécurité dont plusieurs composantes essentielles sont déjà opérationnelles, citant le Conseil de paix et de sécurité et le Comité des sages, aux côtés desquels la constitution de la Force africaine en attente progresse de manière satisfaisante ainsi que le système d'alerte précoce. Ces deux outils constituent des priorités pour l'Afrique, a-t-il expliqué. Le président de la République a aussi souligné la prise en charge par l'Afrique de la prévention, de la gestion et du règlement des conflits, comme c'est le cas avec la Somalie, le Darfour et la République démocratique du Congo. Cependant, a-t-il ajouté, l'Afrique a besoin d'un appui plus déterminé et constant de la Communauté internationale, en particulier de la part des membres du G8. Le président Bouteflika a ensuite mis l'accent sur les principaux axes «qui devraient faire l'objet d'une concentration de nos efforts communs, pour donner une vigueur nouvelle à notre partenariat dans ce domaine vital». Il énumérera dans ce cadre, en premier lieu, la fourniture d'une assistance financière, logistique et technique à l'Union africaine et plus singulièrement à ses missions d'appui et de maintien de la paix, assistance qui devrait se matérialiser de manière à permettre à l'Afrique de faire face aux tâches immenses à accomplir. Il est essentiel, de ce point de vue, que l'Union africaine puisse disposer de moyens suffisants sur une base durable et prévisible. En deuxième lieu, la formation, y compris des personnels de maintien de la paix, devrait tendre à la réalisation des objectifs que le G8 s'est fixés et qu'il a annoncés lors des précédents sommets. En troisième lieu, l'appui politique aux positions de l'Union africaine dans les autres instances régionales et mondiales est de nature à donner encore plus de substance au partenariat et à renforcer l'appropriation par l'Afrique de ses stratégies en matière de paix et de sécurité. «Nous sommes persuadés que notre rencontre de Muskoka permettra de donner un nouvel élan au partenariat entre l'Afrique et le G8 dans tous les domaines et particulièrement dans ce domaine qui conditionne tous les autres : celui de la paix et de la sécurité», conclut le président Bouteflika.