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Ouganda ou la collusion explosive du national et du régional
Le conflit somalien déborde de ses frontières
Publié dans La Tribune le 20 - 07 - 2010

Deux attentats ont frappé dimanche 11 juillet Kampala, la capitale ougandaise, faisant au moins 74 morts. Dès le lendemain, un porte-parole des Shebab, un groupe extrémiste somalien, lié à El Qaïda, revendique ces attaques. Les soupçons s'étaient tout de suite portés vers les islamistes. Vendredi, un commandant des shebab avait clairement menacé l'Ouganda de représailles. Le groupe reproche à Kampala l'envoi, il y a près de deux ans, de troupes de maintien de la paix en Somalie.
Le mode opératoire, les cibles et le moment choisi portaient la marque d'El Qaïda. Les deux attentats ont été commis presque simultanément dans des lieux éloignés l'un de l'autre. Mais tous deux sont des lieux prisés de la communauté expatriée. Le choc passé, les premières réactions sont telles qu'on pouvait s'y attendre : fermes. Le chef de l'Etat ougandais, Yoweri Museveni, qui doit affronter une présidentielle sous haute tension l'année prochaine, a promis de ne pas retirer son contingent. Bien au contraire. Il s'est dit prêt à renforcer son contingent de paix en Somalie, alors même que les islamistes radicaux promettaient de nouvelles représailles. Le chef du mouvement islamiste radical, Mohamed Abdi Godane, a été clair : «Ce qui s'est passé à Kampala est juste un début.» Godane a précisé que les attaques de Kampala, première opération d'envergure des shebab en dehors de leurs frontières, avaient été menées par la «Brigade des martyrs Saleh Nabhan», du nom d'un ressortissant kenyan affilié à El Qaïda et longtemps recherché pour son implication présumée dans les attentats, contre des intérêts israéliens en 2002 à Mombasa (sud-est du Kenya). Il a été tué en septembre 2009 dans le sud de la Somalie par une frappe aérienne attribuée aux Etats-Unis.
Confrontation avec les Shebab
Même si les menaces sur les pays voisins étaient réelles, la violence qui ravage la Somalie était jusqu'à présent confinée au sein des frontières, d'autant que l'Ouganda accueille aussi plus de 4 000 réfugiés somaliens. Pour Roland Marchal, la stratégie des Occidentaux et leurs alliés régionaux a consisté à «fixer» les insurgés sur un conflit et un terrain qui ne présentent pas d'intérêts stratégiques. La Somalie n'intéresse personne. Or, ils ont négligé le très fort impact du conflit dans la diaspora somalienne, en Afrique d'abord, et en Europe ou aux Etats-Unis ensuite.
Ce conflit a exacerbé les revendications des communautés musulmanes d'Afrique de l'Est. L'Ouganda en est la preuve.
Roland Marchal, spécialiste de la Somalie, définit l'origine de ce mouvement à travers deux paramètres. Le paramètre transnational, car un groupe de Somaliens a fait ses armes en Afghanistan. On estime qu'un petit groupe de 200 personnes vient effectivement du Pakistan, d'Afghanistan, du Bangladesh ou du monde arabe. Ces combattants sont utilisés comme troupes de choc des Shebab. Ils font aussi office de police secrète et participent à l'endoctrinement des jeunes recrues. Mais l'essentiel des étrangers présents au sein des Shebab sont des Somaliens de la diaspora, à 70% ou 80%, auxquels, il faut y ajouter les habituels soldats des causes perdues, relève encore Roland Marchal. Charif Ahmed affirme depuis plusieurs mois qu'un nombre croissant de combattants étrangers se joignent au djihad somalien, augmentant d'autant les risques dans la région. Selon Tanguy Berthemet, ce sont pour la plupart des Arabes, plus enclins aux attentats spectaculaires que les locaux. Les autorités kenyanes, qui possèdent une vaste frontière avec la Somalie, s'avouent inquiètes. L'inquiétude du Kenya grandit d'autant que le souvenir des attentats de 1998 contre les ambassades américaines de Nairobi et de Dar es-Salaam reste vivace. De plus, en 2002, un hôtel de Mombasa recevant une clientèle israélienne avait été à son tour la cible des extrémistes.
Le paramètre local donne naissance à deux groupes qui, en termes numériques, sont plus importants. Il s'agit des islamistes salafistes d'Al Itissam, une formation issue de la scission d'Al Ittihad, la matrice des mouvements islamistes somaliens dans les années 1990. Leur agenda est d'ordre national.
Le deuxième groupe des Shebab est formé de jeunes recrutés et instruits par les tribunaux islamiques pour appliquer leurs jugements et transcender les divisions claniques.
Ces trois tendances ont fusionné au deuxième semestre 2004 pour former un groupe peu influent et peu connu à l'époque.
La force de frappe des Shebab est redoublée par le rapprochement entre ces derniers et Hassan Daher Aweys, leader du Hizb al-Islam et figure historique de l'islamisme somalien. Cette réconciliation
s'est faite dans le but de préparer «une grande offensive contre
les envahisseurs africains et le
gouvernement apostat».
Pour rappel, les Shebab et le parti d'Aweys s'étaient combattus à plusieurs reprises ces derniers mois pour des raisons claniques ou pour le contrôle de territoires et de trafics. A Kismayo, le grand port du Sud, les salafistes jihadistes sont allés jusqu'à appliquer la charia à la lettre, tranchant la main des voleurs et détruisant les tombes de saints soufis locaux, jugés impies, note l'universitaire et spécialiste Roland Marchal.
La première attaque a touché un bar chic, le Lugolo Rugby Club, faisant 49 morts et 11 blessés. La seconde bombe a explosé à l'Ethiopian Village, un site symbolique. En effet, l'Ethiopie est aussi
l'ennemi désigné des islamistes
somaliens. Fin 2006, l'intervention des troupes d'Addis-Abeba à Mogadiscio avait mis fin au
pouvoir des tribunaux islamistes et plongé le pays dans une nouvelle guerre civile. En plus du Burundi, présent dans l'Amisom, l'Ethiopie qui a envahi la Somalie en décembre 2006, avant de se retirer en 2009, et le Kenya sont tous deux menacés par de possibles attentats. Ces deux derniers pays comptent d'importantes communautés somaliennes et musulmanes. Le chaos somalien pourrait même finir par avoir des répercussions aux Etats-Unis, où le FBI a repéré plusieurs filières de recrutement au sein de la diaspora, ainsi qu'au Danemark, où réside une importante communauté somalienne.
L'Amisom et les ambitions régionales
C'est en février 2007 que le Conseil de sécurité autorise la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM). Depuis, cette force souffre de manque de moyens, de connaissances et de buts, à l'instar de la précédente UNISOM. L'un des points noirs est le fait que seuls l'Ouganda et le Burundi ont envoyé des troupes, soit la moitié des effectifs prévus. La mission était envisagée comme une opération transitoire jusqu'au déploiement d'une force onusienne. Durant cette transition, la force devait stabiliser la situation à Mogadiscio et consolider la stabilisation d'autres régions du Sud au moment où celle-ci (la force) atteindrait sa pleine capacité opérationnelle et protéger les institutions fédérales de transition, elles-mêmes contestées. Or aucun de ces objectifs n'a été réalisé.
L'efficacité des 6 000 hommes de la force africaine en Somalie, dont l'Ouganda forme l'ossature, est controversée. Malgré son soutien, le gouvernement officiel somalien ne contrôle guère plus que quelques rues de la capitale. Par ailleurs, relève encore Tanguy Berthemet, la nouvelle menace terroriste pourrait entraver l'arrivée récente d'investisseurs étrangers dont la troisième économie d'Afrique de l'Est a désespérément besoin. L'Amisom constitue le dernier soutien du fragile gouvernement de transition somalien à Mogadiscio, face aux assauts répétés des Shebab, qui contrôlent la quasi-totalité du centre et du sud de la Somalie. Ils tentent de renverser le président Sharif Cheikh Ahmed, un islamiste «modéré» élu en janvier 2009. Face à la détérioration de la situation, le chef d'Etat ougandais réclame un mandat plus offensif pour l'Amisom.
L'Ouganda est, à ce jour, le principal contributeur à la force de paix en Somalie, avec environ 3 500 soldats, le Burundi apportant pour sa part quelque 2 500 hommes. Mais ce n'est pas tout. L'Ouganda accueille à Bihanga (250 km de Kampala), un contingent complet de soldats somaliens, formés par les européens (EUTM Somalia). Les autorités de Kampala ont annoncé qu'elles étaient prêtes à envoyer 2 000 soldats supplémentaires au sein de la force de l'Union Africaine en Somalie. Début juillet, les six pays est-africains membres de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad) avaient annoncé leur intention d'envoyer 2 000 soldats supplémentaires pour renforcer l'Amisom, sans toutefois préciser comment serait réparti cet effort. Il est également envisagé le remplacement de cette force à court terme par une intervention multinationale, agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte de l'ONU ou une opération de maintien de la paix onusienne.
Les attentats commis par des extrémistes somaliens visent à refreiner les ambitions régionales de l'Ouganda. Le président Yoweri Museveni cherche depuis longtemps à exporter l'influence de l'Ouganda au-delà des frontières de son pays. Museveni tente depuis des années de soutenir les initiatives américaines, européennes et africaines cherchant à éviter que la Somalie ne tombe entre les mains des forces islamistes radicales. Après qu'une coalition de seigneurs de guerre, soutenue par les États-Unis, a été expulsée de Mogadiscio par les Tribunaux Islamiques, en 2005, il a participé au plan visant à reprendre la capitale somalienne au gouvernement fédéral de transition, reconnu par la communauté internationale. Nouvel échec. Dan Morrison rappelle qu'en 1997, l'Ouganda (et le Rwanda) soutient des rebelles et des dissidents contre le dictateur zaïrois vieillissant Mobutu Sese Seko. Un an plus tard, les forces ougandaises et rwandaises envahissent à nouveau le pays, devenu République Démocratique du Congo, et tentent de supprimer le successeur de Mobutu (et ancien allié de Museveni), Laurent-Désiré Kabila. Ces dernières années, affirme l'auteur, les forces rwandaises et ougandaises ont exploité et volé des milliards de dollars de ressources congolaises en diamants et en bois. «Museveni est le chouchou de l'Occident. Les États-Unis et l'Europe sont visiblement satisfaits de détourner le regard de son penchant autoritaire en échange de la participation de l'Ouganda à des opérations au Soudan et en Somalie» (lire article de Dan Morrison en page 14).
L'influence de la politique intérieure
La politique étrangère est toujours le reflet de la politique intérieure et l'activisme militaire de l'Ouganda ne dit rien au hasard. L'Ouganda est un pays très militarisé, avec une armée de près de 100 000 hommes, représentant une part du budget national allant jusqu'à 50%. Le gouvernement dépenserait 20 000 dollars par jour dans la poursuite des combats et 50 millions par an pour l'achat de matériel militaire. Museveni a longtemps été à la fois chef de l'Etat, ministre de la Défense et commandant en chef de l'armée. Même si le recours à la force n'est plus employé en tant qu'instrument politique, l'armée constitue encore l'un des principaux soutiens du régime. Malgré les quotas, les ethnies du Sud (surtout les Bougandais, les Banyankolé et les Banyarwanda) restent les plus nombreuses à y être incorporées.
En mars 2001, Yoweri Museveni est réélu à la présidence de la république avec 69,3% des voix. Cela aurait dû être son dernier mandat. Mais les présidents autoritaires ont trouvé la parade et il sera finalement, en 2011, encore candidat à sa succession. Le régime continue toujours d'être confronté au soulèvement successif de plusieurs mouvements de rébellion, surtout dans le Nord aux prises avec la guérilla. En fait, le pays est divisé entre le Nord et le Sud avec la vallée du Nil et des grands lacs ; et entre l'Est et l'Ouest. Le peuplement a suivi : au nord des populations dénommées nilotiques, sociétés dites acéphales, car les pouvoirs de leurs chefs y sont fort limités, et au sud des Bantous, pour la plupart organisés en royaumes. La colonisation a achevé ces séparations en les radicalisant. Au nord, malgré une langue et une civilisation commune, les Langi et les Acholi sont séparés et montés les uns contre les autres. Au Sud, pour rationaliser l'organisation territoriale, les Britanniques regroupent de petits royaumes et stabilisèrent arbitrairement les limites de plusieurs royaumes rivaux. Autant de manipulations opérées à l'intérieur même de deux grands ensembles ethniques dont les différences étaient réelles.
La majorité des Ougandais sont des chrétiens, dont 33% de catholiques et 33% de protestants. On compte aussi 16% de musulmans et 18% d'animistes.
Parallèlement, les forces armées soudanaises continuent de fournir des armes et des munitions aux rebelles de la LRA (Lord's Resistance Army ou l'Armée de résistance du Seigneur). Nul doute que le prolongement du conflit répondrait au principe selon lequel l'armée doit être occupée si l'on ne veut pas qu'elle s'immisce dans les affaires de l'Etat. Néanmoins, la guerre civile est en train de se transformer en génocide des populations nilotiques. Sur une population de 1,4 million d'habitants des ethnies acholi et langi, environ 850 000 d'entre eux vivent dans des conditions humanitaires désespérées.
Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui accusent le président Museveni de vouloir poursuivre la guerre civile, opposant les forces gouvernementales à la LRA, laquelle tente de renverser le gouvernement pour le remplacer par un gouvernement fondé sur les Dix Commandements de la Bible. Même en Afrique de l'Est, la religion, quelle qu'elle soit, est aussi l'objet d'instrumentalisation politique.
L.A. H.


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