De notre envoyé spécial à Djakarta Salah Benreguia L'Indonésie, ce plus grand pays musulman, veut devenir un carrefour économique incontournable dans la zone sud-asiatique. Les responsables qui se sont succédé aux postes de responsabilité ont opté pour une politique économique des plus agressives : faire exporter les produits indonésiens à tout prix. Face à une concurrence de plus en plus rude de la part notamment des voisins chinois et malaisien, cet archipel multiplie les rencontres économiques internationales, pour booster le volume des exportations. Cette politique, prônée en grande pompe par les dirigeants, commence à porter ses fruits, après celle, faut-il le rappeler, du tourisme, d'autant que le pays est devenu, à présent, l'eldorado des visiteurs de tous les coins du monde. Cette année, qui ne déroge pas d'ailleurs à la règle, le ministère du Commerce indonésien, avec le concours, bien sûr, de tous les producteurs locaux, a organisé la 23e édition de la Foire internationale économique. Tenu à Djakarta du 21 au 25 octobre dernier, ce rendez-vous économique, a vu la participation de pas moins de 8 000 visiteurs. La cérémonie d'ouverture, qui s'est déroulée dans la grande salle des expositions Kemayoran de Djakarta, a été rehaussée par la présence du président de l'Indonésie, M. Susilo Bambang Yudhoyono. Celui-ci, à travers un discours de plus d'une heure, a exhorté les producteurs indonésiens à prendre en ligne de compte le rapport qualité-prix, mais surtout promouvoir davantage les produits indonésiens à l'extérieur. Toutefois, cette manifestation a été organisée dans un contexte mondial marqué par la crise financière. Sur ce, le chef de l'Etat indonésien a déclaré qu'il faut être prudent quant à l'impact de la crise financière mondiale, car «elle peut menacer et perturber l'économie du pays». Pour ce faire, la même source a plaidé, d'une part, pour la diversification des marchés des exportations, en proposant, comme alternative, la réduction progressive de la dépendance de l'Indonésie à certains marchés étrangers, dont celui des Etats-Unis, et d'autre part, pour l'importance du développement des PME. Celles-ci, qui représentent plus de 90% des entreprises du pays, fournissent, explique-t-il plus loin, d'énormes bénéfices au pays et emploient un grand nombre de personnes. «Les banques devraient soutenir davantage les industries nationales en cette période de crise financière internationale» laissera-t-il entendre. Une présence internationale pour une production locale… Devant une panoplie d'hommes d'affaires et de représentants du corps diplomatique, le président indonésien, dont le mandat prendra fin l'année prochaine, a également indiqué que l'objectif de son pays est d'atteindre, en 2009, une croissance économique de 6%. Annoncée en grande pompe par l'ambassade d'Indonésie en Algérie, la 23e édition de la Foire économique de Djakarta n'a pas tenu toutes ses promesses. Hormis le volet organisationnel, qui mérite la note complète, quelques produits mis en avant par les producteurs locaux, ne figuraient pas dans les stands à Jakarta. C'est le constat fait notamment par les «traders» algériens. «A Alger, ils nous ont dit qu'on trouverait les produits qui nous intéressent dans nos secteurs, mais sur place, on n'a vu que de l'artisanat», nous a confié M. Idir, directeur général du Proimage, une entreprise spécialisée dans le textile. «Moi je suis dans l'import-export des matériaux de construction. Franchement, je suis venu discuter avec des producteurs locaux pour pouvoir décrocher quelques contrats mais rien n'est intéressant. Je me suis converti, malgré moi, en touriste…», nous a indiqué un autre. Lorsque la défection commence à Alger… Aucune présence officielle de notre pays n'a été enregistrée durant cette foire. La Chambre algérienne de commerce et de l'industrie (CACI), censée représenter et «encadrer» les opérateurs économiques à l'étranger, a brillé par son absence. La défection, en dernière minute, du président de la CACI, M. Bendjaber, n'a pas été sans conséquences durant cet événement. Ni du côté de l'ambassadrice, pour qui «la présence de Bendjaber est importante», ni de celui de notre ambassade à Djakarta qui a déploré ce geste. «J'ai été informée à la dernière minute que M. Bendjaber ne sera pas présent durant cette foire…», a laissé entendre la représentante de ce pays en Algérie. Même son de cloche chez les quelques «traders» algériens, qui ont, il faut le dire, sauvé l'honneur à travers leur participation. M. Yahia Cherif, ambassadeur d'Algérie à Djakarta, dit tout ignorer de cette participation algérienne à cette foire, car aucune information annonçant cette participation algérienne ne lui est parvenue. «Je n'ai reçu aucune information à ce sujet et, croyez-moi, c'est grâce à mon homologue à Alger que j'ai été mis au courant de la présence des hommes d'affaires algériens à Djakarta. On aurait aimé être tenus informés par les autorités concernées, pour préparer le terrain et faciliter la tâche à nos hommes d'affaires», s'est désolé notre ambassadeur. Contrairement à l'Algérie, les autres pays, notamment la Libye, l'Egypte, ainsi que les pays du Golfe, n'ont pas voulu rater un tel événement, dont les «vertus commerciales» sont des plus importantes. Et pour cause, divers produits revendus sur plusieurs marchés internationaux, notamment sur le Vieux Continent et Dubai, sont produits en Indonésie. L'objectif, pour les hommes d'affaires spécialisés dans l'import-export est de trouver directement des contrats commerciaux avec les producteurs, et ce, afin d'éviter les marchés intermédiaires qui ne font qu'augmenter la facture du prix d'achat.