Si le titre ne vous dit rien d'emblée, c'est que vous avez compris que c'est du chinois et qu'il est donc inutile d'aller fouiner dans les dictionnaires. Heureux sont finalement ceux qui n'ont rien compris et qui, en paix avec leur conscience, cheminent tranquillement avec leurs œillères de la tranquillité. Ils sont comme ceux-là qui, partis de rien ne sont arrivés nulle part et ne se sentent donc redevables de rien envers personne. Ils peuvent dire qu'ils se sont fait tout seuls, à la seule force de leurs seules méninges bloquées sur l'élémentaire de l'existentiel. Serait-ce là le secret d'une existence heureuse en Algérie ? Nos aïeux, qui remerciaient Dieu chaque jour pour le quignon de pain et le bout d'oignon de leur pitance, nous ont légué un bel adage qui vaut son pesant d'antidépresseur : «Qui trop se fait de souci, finit par mourir de colère (ou de stress).» Cela dit, des sous en plus, ce n'est pas mal non plus. Et notre Etat, ou plutôt notre pouvoir politique, en a donné beaucoup aux Algériens, ces dernières années. «Du pain et des jeux, et le peuple sera content», était la devise gravée au fronton de la tribune de Jules César. N'y voyez aucune allusion malveillante, l'Algérie n'est pas un cirque. Une vie politique amphigourique, c'est quand à un an pile de l'élection présidentielle, les supposés acteurs qui commencent à descendre dans l'arène se prononcent d'abord, en guise de «Basmala», pour ou contre un quatrième mandat pour l'actuel locataire d'El Mouradia. Charrue devant les bœufs, et alors même que le principal concerné n'envoie qu'une fumée sans couleur de sa chapelle Sixtine, les uns veulent lui barrer la route vers un quatrième mandat pendant que d'autres se disent dans les starting-blocks, n'attendant qu'un signal pour se jeter dans la bataille. Dans cette ambiance complètement artificielle de précampagne électorale, deux absences de taille -pour le moment, du moins- et d'autant plus énigmatiques que dans le «chauffage» de foule et de «soutien inconditionnel», il est vraiment difficile de trouver mieux. Pour être honnête, il faut quand même dire que ce sont deux absences qui ne peuvent être d'abord remarquées que par ceux qui n'ont pas peur du stress et de la colère létale de l'adage cité plus haut. Foin d'hypocrisie, le FLN et le RND ne manquent pas au peuple algérien. Mieux et plus, à la léthargie où vont les choses (sic), les deux partis jumeaux mais frères ennemis, immobilisés par leurs luttes intestines, seront plus utiles absents que présents pour le président de la République s'il se décidait à rempiler à la tête de l'Etat. En débarrassant le plancher, ils donneraient l'illusion d'un paysage politique assaini et feraient croire que le glas a sonné pour les «Tab-Djenanou». Ce sera une situation difficile et inédite pour les clans qui s'étripaient au sein des deux partis et dont l'essentiel de l'artillerie lourde consistait dans des accusations mutuelles de tiédeur de soutien au président de la République. Leurs chefs respectifs (du FLN et du RND) étaient même accusés de crime de lèse-majesté, sur le simple soupçon de nourrir des intentions de candidature à la magistrature suprême. S'ils n'ont plus cet argument et si Bouteflika décidait de se faire réélire sans eux, où iraient-ils puiser de nouvelles ressources pour se maintenir en vie ? Le gloubi-goulba, tout aussi surréaliste et abscons que l'amphigouri politique, il se laisse deviner dans ce salmigondis de «fuites» et de déclarations volontairement incomplètes et hypothétiques sur une révision constitutionnelle dont on ne voit ni l'utilité ni l'urgence ni la priorité. Ben Bella, Boumediene, Chadli, Zeroual ont eu, chacun, une Constitution. Pourquoi Bouteflika remettrait-il en cause une règle tacite et adapterait à sa fonction deux ou trois lois fondamentales ? D'autant plus que ce n'est certainement pas l'institution d'une vice-présidence de la République, si tel est l'un des objectifs visés, qui modifierait la réalité de l'exercice du pouvoir en Algérie. Décidément, il y a certaines choses terriblement difficiles à comprendre dans notre pays. Le mieux est encore de ronger son os tranquillement, comme d'autres mangeaient leur quignon de pain et leur bout d'oignon en s'en remettant à la providence pour tout le reste. A. S.