Mustapha a été poignardé et ses amis l'ont cherché pendant cinq longues heures. Les habitants de Jijel pleurent toujours leur enfant, Mustapha Kahl El S'nane, qui a succombé jeudi dernier à ses graves blessures, après la rencontre internationale amicale qui avait mis aux prises l'Algérie avec son homologue serbe mercredi au stade du 5-Juillet. Le regretté Mustapha a été inhumé avant-hier, juste après la prière du vendredi, dans un climat de consternation totale. Il restera gravé à tout jamais dans les mémoires de toute une ville. Le Buteur a rendu visite à la famille du défunt pour lui présenter ses condoléances et essayer de comprendre les raisons de ce meurtre, surtout que des rumeurs malveillantes colportées par des individus sans scrupule, à propos de sa mort, ont été propagées. Ce qui a plongé la famille Kahl El Senane dans une tristesse insurmontable. Fidèles aux traditions de la région, les membres de sa famille nous ont accueillis dans la dignité, malgré l'ampleur du choc qui se lisait facilement sur les visages des proches de Mustapha et des habitants du quartier de la cité El H'ddada. Mustapha, un fan invétéré des Verts Notre guide, qui nous a emmenés jusqu'audomcile des Kahl El S'nane, est un cousin de la victime. Il nous a raconté les moments inoubliables qu'il avait passés avec Mustapha tout au long des éliminatoires jumelées de la CAN et de la Coupe du monde 2010. Notre interlocuteur nous a aussi parlé de la générosité de la victime qui ne ménageait aucun effort pour créer l'ambiance à chaque sortie des camarades de Ziani. «Mustapha dépensait de l'argent fou pour animer les fêtes au quartier. A chaque sortie des Verts, c'est lui qui s'occupait de tout. Des fanions, aux couleurs de l'Equipe nationale au Disc Jockey qu'il louait pour nous faire partager sa joie.» Très ému, son cousin enchaîne : «Mustapha était un fan invétéré des Verts. Je me souviens que lorsque l'Equipe nationale s'est qualifiée à Khartoum face aux Egyptiens, il a vécu des moments de folie. Il a failli perdre la raison, tellement il était submergé de bonheur.» Il a défié ses parents pour aller voir l'Algérie face à la Serbie La discussion que nous avons eue avec le cousin de la victime, à propos de l'amour que vouait Mustapha à l'Equipe nationale et les couleurs de son pays, n'était qu'une goutte dans un océan d'histoires rapportées par son père, Monsieur Ferhat, qui avait du mal à dissimuler sa tristesse suite au décès de son fils qu'il a définitivement perdu à l'âge de 19 ans. «L'amour qu'il avait pour l'Algérie dépasse toute imagination. Mustapha vivait les performances de notre Equipe nationale au point de laisser son travail pour suivre les matchs de l'Algérie. Il s'est rendu à Alger avec trois de ses copains pour encourager les Verts lors de la rencontre amicale disputée face à la Serbie et ce, malgré mes mises en garde. Son grand frère l'avait aussi réprimandé lui faisant remarquer qu'il laissait son boulot à chaque fois que l'Algérie disputait une rencontre amicale ou officielle», a ajouté a'mi Ferhat abattu. Mustapha a été poignardé Devant le manque d'informations sur ce meurtre, nous avons pris attache avec l'un des amis de la victime pour essayer d'avoir un peu plus de renseignements. Yacine Harid est un copain avec qui il s'est déplacé à Alger pour voir jouer les Verts. En dépit du fait qu'il se trouvait dans un état psychologique lamentable, Yacine a bien voulu nous dresser la chronologie de cet assassinat crapuleux : “Tout s'est bien déroulé pendant le trajet Jijel-Alger. On est rentrés au stade dans des conditions très normales et ce, grâce à l'aide d'un policier de notre région qui nous a facilité l'accès. Le cauchemar a commencé à notre sortie du stade. En fin de rencontre, nous avons été entourés par une bande de jeunes gens armés d'armes blanches. Le service d'ordre n'était pas loin des lieux. Ils nous ont alors demandé de leur remettre les téléphones portables et l'argent que nous avions sur nous. Devant le nombre, on a commencé à courir dans tous les sens pour tenter d'échapper à ce traquenard, c'est à ce moment que l'un de nos assaillants a touché Mustapha qui a essayé de résister, d'un coup de poignard. Il a été évacué d'urgence à l'hôpital Mustapha Bacha où il a rendu l'âme, des suites d'une hémorragie.» Ses amis l'ont cherché pendant cinq longues heures Toujours sous le choc, l'ami de la victime a poursuivi son témoignage en affirmant : “On est restés jusqu'à deux heures du matin en train de chercher notre ami Mustapha. On a cru qu'il s'était trompé de chemin. Par la suite, nous avons failli avoir affaire avec une autre bande de criminels. Heureusement qu'une personne d'un certain âge est intervenue et nous a accompagnés jusqu'à la gare routière où nous avons passé la nuit avant de rallier la ville de Jijel le lendemain à l'aube.» C'est ainsi que ces deux jeunes gens ont échappé au sort réservé à leur camarade tué par une bande de voyous qui n'ont pas hésité à mettre fin à la vie d'une personne pour un portable !
A'mi Ferhat : «Je ne pardonnerai jamais aux tueurs de mon fils» Après avoir écouté le scénario de Yacine, l'un des amis de la victime, A'mi Ferhat, s'est de nouveau adressé à nous pour lancer un appel aux pouvoirs publisc : «Les autorités doivent faire leur travail et l'assassin de mon fils doit être identifi.» Tout en sanglots, il ajouter : “L'Etat n'est pas exempt de tout reproche. Il a laissé les enfants du peuple comme des moutons aux mains de sanguinaires sans pitié aucune.» Un discours qui a fait couler des larmes à l'assistance très émue par les paroles du père de la victime. C'est à ce moment-là que l'ami de la victime est intervenu de nouveau pour confirmer les dires de A'mi Ferhat : « L'agression dont nous avons été victimes au stade du 5-Juillet s'est déroulée sous le regard des policiers. L'un d'entre eux que nous avons supplié de nous protéger des mains de nos agresseurs nous a répondu texto : «Rouhou kh'tiwni (partez, laissez-moi tranquille…» Sofiane, son cousin, le plus touché par le meurtre de Mustapha Avant de quitter la maison de la famille du défunt, un fait marquant et attristant a attiré notre attention, il s'agit d'un autre cousin à Mustapha, en l'occurrence Sofiane, qui était inconsolable. Renseignements pris, Sofiane était la personne la plus intime de la victime. Il était dans un état d'abattement très grave. Ses proches nous sont fait savoir qu'il était le plus affecté par ce meurtre, au point où il ne pouvait plus tenir debout. « Depuis qu'il a appris la mort de Mustapha, il n'arrête pas de pleurer de chagrin. » Jusqu'à quand devons-nous subir la loi de quelques voyous qui se croient tout permis au vu et au su des autorités !