Les ministres des Finances des pays du G20 ont convenu de mettre fin aux mesures économiques d'urgence prises pour enrayer la crise économique dès que la reprise se confirmerait, mais ils sont restés divisés sur les bonus et les prêts à risque. Les ministres et les banquiers centraux étaient réunis depuis vendredi à Londres pour préparer le sommet du G20 qui réunira les dirigeants des grandes économies de la planète à Pittsburgh, les 24 et 25 septembre. Un accord sur la réglementation des banques en matière de capital serait une avancée marquante sur la question litigieuse de la réforme du système bancaire. L'horizon économique semblant un peu plus dégagé qu'au moment de leur précédente réunion en avril, les grands argentiers ont concentré leurs discussions sur la meilleure façon d'assainir le système financier mondial. Ils ont ainsi esquissé des plans visant à obliger les banques à limiter les prêts risqués, tenus responsables du déclenchement de la crise financière l'an dernier. Les ministres et banquiers centraux réunis à Londres ont dans l'ensemble apporté leur soutien à une proposition des Etats-Unis prévoyant que les banques devraient disposer d'une plus grande part d'actifs sains, a-t-on dit à Reuters de source proche du G20. L'idée serait de mieux les protéger du type de pertes catastrophiques qu'elles ont subies depuis l'an dernier du fait de l'ampleur de leurs actifs toxiques. "Les banques auront des contraintes plus grandes concernant leur niveau de capital", a-t-on ajouté. "Cela veut dire que les banques devront détenir davantage de capital, et un capital de meilleure qualité, ce qui servira d'amortisseur". Le message adressé en public à l'issue de la réunion a été celui de la solidarité: les dirigeants mondiaux continueront à soutenir l'économie et à reporter toute mesure budgétaire et fiscale qui risquerait d'enrayer un redressement encore fragile. "Nous continuerons à mettre en oeuvre de façon décisive nos mesures nécessaires de soutien financier et nos politiques monétaires et budgétaires expansionnistes, en cohérence avec la stabilité des prix et la viabilité budgétaire à long terme, jusqu'à ce que la reprise soit assurée", déclarent les Vingt dans leur communiqué final. Mais, dans les coulisses, certains membres du G20 ont critiqué le manque d'avancées concernant la limitation des rétributions accordées aux banquiers et aux traders, surtout ceux appartenant à des institutions largement soutenues par les pouvoirs publics. "C'est vexant pour l'opinion, dans la mesure où l'argent des contribuables a, à plusieurs égards, contribué à éviter l'effondrement de nombreuses banques, et où il soutient maintenant la reprise", a déclaré le Premier ministre britannique, Gordon Brown, à la reprise de la réunion, samedi. "Il existe un large accord sur ce qu'il convient de faire. Le problème, c'est qu'il faut aller au-delà d'un accord. Il nous faut prendre des mesures concrètes", a insisté Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI. Le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, a pris nombre de ses collègues par surprise en annonçant sa proposition de durcissement des contraintes sur le capital des banques, au lendemain de l'ouverture de la réunion. Certains se sont plaints de ce qu'il ne restait pas assez de temps pour étudier son idée, et elle a reçu tout d'abord un accueil réservé de la part de l'Allemagne et de la France. Même s'il y aura sans doute des querelles sur les détails d'un tel plan, une certaine unanimité régnait au sein du G20 sur le fait que les banques doivent avoir plus de ressources à disposition pour se préserver de pertes imprévues. Le communiqué traduit par ailleurs un accord général sur le fait que les pays émergents comme l'Inde et la Chine doivent avoir davantage leur mot à dire au sein des instances financières internationales, mais il ne dit pas comment cela pourrait se faire. Les pays du groupe BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) avaient présenté vendredi des propositions concrètes qui leur permettraient de faire entendre davantage leur voix au FMI et à la Banque mondiale. Par ailleurs, le ministère allemand des Finances a démenti samedi des informations selon lesquelles le grand argentier allemand, Peer Steinbrück, compterait demander au sommet de Pittsburgh de mettre en place une taxe sur les transactions effectuées sur les marchés financiers. Le journal Berliner Zeitung écrit samedi que le ministre social-démocrate a l'intention de présenter une telle proposition, mais le ministère a rectifié en indiquant qu'il voulait seulement évoquer cette idée en termes généraux lors du sommet et savoir ce que ses homologues pensent des instruments permettant de répartir les fardeaux hérités de la crise des marchés financiers. "Mais il ne fera pas de proposition concrète concernant une taxe sur les marchés financiers", a assuré le porte-parole du ministère.