Abou Dhabi a créé une petite surprise avec l'annonce d'un prêt de 10 milliards de dollars à son voisin Dubaï, une décision qui a donné un coup de fouet à des Bourses mondiales qui avaient été échaudées par l'annonce des difficultés financières de l'émirat fin novembre. Cette aide était l'option la moins attendue parmi toutes celles qui étaient sur la table après que Dubaï a demandé le 25 novembre un moratoire sur la dette de 26 milliards de dollars du conglomérat public Dubai World. Ce dernier a annoncé que 4,1 milliards de dollars de cette somme avait été alloués à sa filiale immobilière Nakheel pour rembourser ses obligations islamiques (sukuk) arrivant à échéance ce lundi. Nakheel a annoncé qu'elle rembourserait ainsi les investisseurs d'ici les deux prochaines semaines. "Le gouvernement d'Abou Dhabi a accepté de fournir 10 milliards de dollars au Fonds de soutien financier de Dubaï qui seront utilisés pour honorer une série d'obligations sur Dubai World", a dit le président de la Commission budgétaire suprême de Dubaï dans un communiqué. L'excédent de trésorerie servira à faire face aux besoins du conglomérat public jusqu'à la fin du mois d'avril 2010, a annoncé le gouvernement de Dubaï dans un communiqué. Conséquence, dans les premiers échanges l'indice de référence de la Bourse de Dubaï a rebondi de plus de 10% tandis que celui d'Abou Dhabi, gagnait 7%. En Asie les Bourses ont rebondi, permettant à l'indice Hang Seng de Hong Kong de finir la séance en territoire positif. Et, après près d'une heure de transactions, les Bourses européennes progressaient de près de 1%. "C'est (une mesure) de sauvegarde cruciale et essentielle...à un moment où les marchés en ont réellement besoin", souligne John Sfakianakis, chef économiste chez Banque Saudi Fransi-Credit Agricole. "Ca devrait apporter beaucoup de confiance. Au fond, c'est Abou Dhabi qui paye la facture". "Cela prendra du temps pour révéler les implications (de cette intervention). Je doute fortement que (ce prêt) n'ait pas été conditionné. Il n'y avait pas d'autre choix pour Abou Dhabi que de renflouer Dubaï, la fédération (des Emirats arabes unis) était en danger." De fait, "l'(accord) est conditionné par la réussite de la société dans ses négociations concernant un accord de statu quo précédemment annoncé avec le reste de ses créanciers", a en l'occurrence précisé une source gouvernementale lors d'une conférence avec des journalistes. "La somme sera également utilisée pour satisfaire les obligations de négociation avec les créanciers et les concédants (de contrats) et les discussions avec (ces derniers) commenceront bientôt", a ajouté cette source. Les créanciers de Dubai World, soit Standard Chartered, HSBC, Lloyds, Royal Bank of Scotland, Abu Dhabi Commercial Bank et Emirates NBD, ont jusqu'au 28 décembre pour accepter l'accord de statu quo, quand le délai accordé à Nakheel prendra fin. "Nous sommes ici aujourd'hui pour affirmer aux investisseurs, aux créanciers financiers et commerciaux, aux employés et à nos concitoyens que notre gouvernement va agir suivant les principes du marché et les pratiques commerciales internationalement établies", a dit cheikh Ahmed bin Saeed al Maktoum, président de la commission budgétaire de Dubaï, dans un communiqué. "Dubaï est et continuera à être un centre financier mondial solide et actif. Notre avenir est devant nous", a-t-il dit. Dubaï a également annoncé une nouvelle loi sur les faillites qui pourrait être utilisée dans le cas où Dubai World et ses créanciers échouent à trouver un accord sur le restant de la dette du conglomérat. Selon une source gouvernementale, le processus de restructuration envisagée pour la dette de Dubai World comprend des ventes d'actifs, qui seraient toutefois limitées à ses filiales Nakheel et Limitless, et ne concerneraient donc pas Istithmar World et DP World. "Dubaï va vendre des actifs et les marchés seront soulagés", a expliqué Saud Masud d'UBS. "Mais il reste encore 35 milliards de dollars d'obligations, de prêts et de remboursements en cours sur les deux prochaines années (...). La grande question est comment ils vont faire pour les prochaines étapes ?" La source gouvernementale a indiqué que les autres sociétés appartenant à la sphère publique comme la Bourse de Dubaï ou Dubaï Holding, dont respectivement 2,5 milliards de dollars et 1,9 milliards de dollars de dette arriveront à échéance en février et au premier semestre 2010, seront évaluées "au cas par cas". Et de préciser que l'accord de Dubai World n'augurait pas de transactions futures. M.K