Bien que la fin de l'année ne s'annonçât pas sous les meilleurs auspices à cause des augmentations de prix et de pénuries qui avaient créé une certaine tension dans le porte-monnaie et par voie de conséquence au sein de sa famille, Aicha s'apprêtait à faire un ultime sacrifice pour rendre le sourire aux enfants : elle comptait organiser un réveillon (à la maison, bien sûr !) de tous les diables même si les garçons préfèrent s'éclipser à cette occasion pour passer une soirée « entre copains ». Elle avait déjà programmé un menu fort copieux et elle avait même demandé à sa fille Sarah de lui refiler un coup de main, histoire de la mettre dans le bain et de la préparer ainsi à ses futures responsabilités le jour où le destin viendra frapper à sa porte. Mais, le soir venu, Aicha avait soudain perdu de sa bonne humeur et de son entrain : elle ne s'était pas reposée depuis le début des vacances scolaires pour la bonne raison qu'elle avait décidé de remettre de l'ordre dans la maisonnée. Elle s'était aperçu très vite que ce travail, ingrat par ailleurs, la fatiguait plus que son activité ordinaire et qu'il était vain de faire aujourd'hui ce qui sera sûrement défait demain par ce qu'elle appelle « ses bras cassés ». Ce qui la contrariait, ce ne sont pas les coupures d'eau ou de courant qui l'avaient retardéee dans son programme rigoureusement planifié, mais le coup de téléphone qu'avait reçu Messaoud dans l'après-midi et qu'il avait mis quelques heures à lui communiquer. Un peu gêné, il lui avait annoncé que son unique sœur, mariée à un brave garçon qui avait préféré demeurer au bled, venait passer « quelques jours » à la maison. « Passer quelque jours ! Tu parles ! Dans les conditions où nous vivons : nous sommes cinq, plus cinq, cela fera dix ! Nous allons vivre les uns sur les autres ! Le réveillon, adieu ! J'annule tout ! Pas de dinde, pas de gâteaux ! Si tu veux faire plaisir à ta sœur, tu l'emmènes au restaurant ! Et surtout ne compte pas sur son pingre de mari pour mettre la main à la poche ! » avait lancé Aïcha dans un seul souffle. « Mais ma sœur vient si rarement » avait gémi Messaoud, « contrairement à ta mère qui vient s'installer chez nous ». – Ma mère, c'est la grand-mère de tes enfants. Les enfants l'aiment bien tandis que … – C'est parce que tu as cassé tellement de sucre sur le dos de ma sœur… – Bon ! Et qu'est-ce que tu as répondu à ta sœur quand elle s'est proposée de venir ici ? – Que tu étais partie passer quelques jours chez ta mère qui est souffrante ! – Bien calculé ! Ainsi tu auras à débourser pour deux réveillons ! » Bien que la fin de l'année ne s'annonçât pas sous les meilleurs auspices à cause des augmentations de prix et de pénuries qui avaient créé une certaine tension dans le porte-monnaie et par voie de conséquence au sein de sa famille, Aicha s'apprêtait à faire un ultime sacrifice pour rendre le sourire aux enfants : elle comptait organiser un réveillon (à la maison, bien sûr !) de tous les diables même si les garçons préfèrent s'éclipser à cette occasion pour passer une soirée « entre copains ». Elle avait déjà programmé un menu fort copieux et elle avait même demandé à sa fille Sarah de lui refiler un coup de main, histoire de la mettre dans le bain et de la préparer ainsi à ses futures responsabilités le jour où le destin viendra frapper à sa porte. Mais, le soir venu, Aicha avait soudain perdu de sa bonne humeur et de son entrain : elle ne s'était pas reposée depuis le début des vacances scolaires pour la bonne raison qu'elle avait décidé de remettre de l'ordre dans la maisonnée. Elle s'était aperçu très vite que ce travail, ingrat par ailleurs, la fatiguait plus que son activité ordinaire et qu'il était vain de faire aujourd'hui ce qui sera sûrement défait demain par ce qu'elle appelle « ses bras cassés ». Ce qui la contrariait, ce ne sont pas les coupures d'eau ou de courant qui l'avaient retardéee dans son programme rigoureusement planifié, mais le coup de téléphone qu'avait reçu Messaoud dans l'après-midi et qu'il avait mis quelques heures à lui communiquer. Un peu gêné, il lui avait annoncé que son unique sœur, mariée à un brave garçon qui avait préféré demeurer au bled, venait passer « quelques jours » à la maison. « Passer quelque jours ! Tu parles ! Dans les conditions où nous vivons : nous sommes cinq, plus cinq, cela fera dix ! Nous allons vivre les uns sur les autres ! Le réveillon, adieu ! J'annule tout ! Pas de dinde, pas de gâteaux ! Si tu veux faire plaisir à ta sœur, tu l'emmènes au restaurant ! Et surtout ne compte pas sur son pingre de mari pour mettre la main à la poche ! » avait lancé Aïcha dans un seul souffle. « Mais ma sœur vient si rarement » avait gémi Messaoud, « contrairement à ta mère qui vient s'installer chez nous ». – Ma mère, c'est la grand-mère de tes enfants. Les enfants l'aiment bien tandis que … – C'est parce que tu as cassé tellement de sucre sur le dos de ma sœur… – Bon ! Et qu'est-ce que tu as répondu à ta sœur quand elle s'est proposée de venir ici ? – Que tu étais partie passer quelques jours chez ta mère qui est souffrante ! – Bien calculé ! Ainsi tu auras à débourser pour deux réveillons ! »