25 July, 2008 07:10:00 Alors que des négociations se déroulent depuis déjà quelques jours à Genève ou l'on est bien parti pour assister à d'âpres confrontations à l'OMC autour de la libéralisation du commerce mondial, le dossier de l'Algérie et de son adhésion demeure toujours une énigme. Nos multiples tentatives de joindre le ministère du commerce pour avoir plus de détails sont restées lettre morte. Pourtant le ministre du Commerce Hachemi Djaâboub, et des membres du groupe des négociateurs algériens, entre autres Saïd Djellab et Cherif Zaâf avaient annoncé que les négociations sur l'adhésion de l'Algérie à l'OMC allaient reprendre en juillet et avaient dans ce registre souhaité qu'elles aient lieu en juin. Djellab a même confirmé en avril dernier, la signature d'accords avec 5 pays sur 16 dans le cadre des négociations bilatérales. Un travail a même été consenti en prévision de ce rendez- vous concernant entre autres le secteur agricole. Le ministre du Commerce a d'ailleurs clairement signifié la crainte de l'Algérie et l'urgente nécessité de reprendre les négociations. «Si on rate ce rendez-vous, il sera très difficile pour nous d'adhérer à l'organisation car nous serons par la suite amenés à négocier selon de nouvelles conditions » a-t-il souligné. Aujourd'hui, aucune date n'est avancée pour la relance effective des négociations. Une source au ministère du Commerce nous a fait néanmoins hier ce commentaire on ne peut plus illustratif de l'état des lieux : « Les choses sont à l'arrêt ».Mais le black-out total imposé sur la question ne fait que confirmer davantage les multiples soubresauts d'un processus qui aurait dû trouver son issue il y a longtemps si seulement les choses avaient été prises au sérieux, diront des experts au fait du dossier. Rappelant d'abord les principes régissant l'OMC, telle l'interdiction des restrictions, et revenant sur le contrat d'association Algérie -Union européenne qui n'est que « régional » a-t-il précisé, le Dr Abderrahmane Mebtoul que nous avons joint hier au téléphone a tenu à rappeler que l'adhésion à l'Organisation mondiale du commerce est une décision souveraine. «On nous a pas forcés à adhérer, tout de même ! » s'est-il exclamé. Pour lui, l'adhésion de l'Algérie butte surtout sur un certain nombre de points d'achoppement. Pour l'orateur, il n' y a pas de spécificités pour rentrer à l'OMC, ce qui, at- il dit, constitue apparemment une condition algérienne. « Il s'agit de respecter les procédures », a souligné Mebtoul qui s'est interrogé par ailleurs sur le cas de l'Arabie Saoudite, « un paradoxe » qui rechignait dans un premier temps à adhérer à l'organisation et qui conseille aujourd'hui à l'Algérie d'y adhérer. Le deuxième point d'achoppement réside pour l'expert dans la sphère informelle qui représenterait plus de 40% du volume de l'économie nationale qu'il faudrait selon lui, absolument intégrer. Le système financier vivement critiqué par notre interlocuteur du fait que les réformes engagées n'ont abouti à aucun résultat probant, n'est pas aussi pour aider l'Algérie à intégrer l'OMC. Plus explicite, il a reproché aux pouvoirs publics le manque de transparence dans la mise en oeuvre des programmes de privatisation, une exigence, pour avoir le ticket d'entrée à l'OMC. Fervent partisan de l'adhésion de notre pays à l'Organisation mondiale du commerce, le professeur Mebtoul a affirmé : « c'est dans un club qu'on défend le mieux ses propositions ». Il a en outre regretté que tous les pays de l'Opep font partie de l'OMC sauf l'Algérie et a estimé que la bonne gouvernance et la valorisation du savoir sont les règles à adopter constatant avec dépit que l'Algérie est loin du compte en la matière. Seulement, l'hégémonie de l'Union européenne et des Etats-Unis plus particulièrement, comme l'a souligné notre interlocuteur, ne fait pas que des « heureux », d'où peut-être aussi les hésitations de l'Algérie. Pour preuve, les représentants des syndicats du Sud présents à Genève ont vertement dénoncé les négociations sur la libéralisation du commerce des produits industriels engagée dans le cadre de l'OMC qui menaceraient gravement les emplois dans les pays en développement. Le texte proposé aux négociateurs qui prévoit des baisses des droits de douane sur les produits industriels dans les pays émergents, « ne prend pas en compte le développement et les emplois » ont-ils affirmé. Les propositions sur la table provoqueraient selon Ruben Cortina, « 200.000 pertes d'emplois » en Argentine, « Nous ne sommes pas des protectionnistes stupides mais nous voulons un commerce équitable », a-t-il ajouté. L'inquiétude des uns et l'optimisme affiché des autres font que les négociations à l'OMC sont toujours caractérisées par de vives tensions.