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ENTRETIEN AVEC AMAR LASKRI, PR�SIDENT DE L'ASSOCIATION LUMI�RES :
�Nous subissons les contrecoups d'une mauvaise politique culturelle !�
Publié dans Le Soir d'Algérie le 11 - 03 - 2009

Le r�alisateur des grands films Patrouille � l'Est et Fleur de Lotus, avec sa verve critique et son franc-parler, diss�que dans cet entretien qu'il nous a accord�, en tant que pr�sident de l'association Lumi�res, la situation du cin�ma alg�rien qui ne peut, selon lui, conna�tre une v�ritable relance qu'� travers une politique culturelle globale �difi�e avec l'ensemble des professionnels du cin�ma.
Propos recueillis par Fatma Haouari
Le Soir d'Alg�rie : Vous �tes � la t�te de l'association Lumi�res qui f�tera dans quelques jours son 11e anniversaire. Quel constat faites-vous de la situation actuelle du cin�ma alg�rien ?
Amar Laskri : L'association Lumi�res aura 11 ans d'existence le 19 mars prochain. Elle a �t� cr��e suite � la dissolution de trois entreprises publiques, l'ENPA, l'ALAF et le CAIC sans alternative. La preuve, le CNCA qui existe aujourd'hui n'a �t� cr�� que des ann�es plus tard. Il fallait combler ce vide, suite � cette politique qu'on a jug� inacceptable qu'est la dissolution des entreprises publiques, qui a pr�cipit� le cin�ma alg�rien dans le gouffre. Nous aurions pu faire du cin�ma alg�rien un secteur producteur. Il suffit de voir notre voisin le Maroc qui a des traditions lib�rales. Le CCM (centre du cin�ma marocain) s'occupe de toutes les activit�s cin�matographiques et audiovisuelles. Les rentr�es en devises de ces activit�s devancent de loin les recettes engendr�es par le secteur du tourisme. Gr�ce � ces recettes, les plus grandes productions se font au Maroc. Les Marocains ont une politique globale et coh�rente alors que nous qui �tions sous la banni�re socialiste, avec l'�tatisation des moyens de production et de distribution, nous nous sommes lib�r�s de mani�re anarchique. Le vide, il fallait donc le combler. Les cin�astes, les producteurs et les techniciens surtout se sont regroup�s au sein de notre association pour parer � l'irr�parable. Il fallait pr�server le patrimoine culturel � travers les moyens mat�riels, essayer de pr�server les belles choses qui ont �t� faites, revendiquer la restitution et le retour des n�gatifs de nos films depuis l'ind�pendance qui se trouvent � l'�tranger. C'est inadmissible ! Mis � part quelques n�gatifs qui sont quelque part au niveau de l'ex- ENPA, nous avons toute une base industrielle qui est en hibernation totale. Nous disposons de moyens sophistiqu�s que nous n'utilisons pas. Nous avons besoin d'une politique globale et coh�rente, une strat�gie, une orientation, une planification sur le court, le moyen et le long m�trage. D'abord qui dit cin�ma, dit la base industrielle et, bien entendu, salles de cin�ma. Que reste-t-il aujourd'hui de ce que nous a l�gu� la colonisation fran�aise ? Il y avait 487 salles de cin�ma, il ne reste plus qu'une dizaine � travers tout le territoire national. Le cin�ma est un vecteur artistique et culturel et il lui faudrait une gestion saine, rationnelle et professionnelle. Nous subissons les contrecoups d'une mauvaise politique culturelle. Pourquoi ne nous disposons pas de base industrielle jusqu'� maintenant alors que nos voisins, eux, sont en avance sur nous ? Notre cin�ma �tait consid�r� comme une �cole avant-gardiste non seulement au niveau du monde arabe mais aussi au niveau du Tiers-Monde.
Pourquoi cette r�gression � votre avis ?
Le si�ge de notre association est en face d'une salle de cin�ma ferm�e depuis des ann�es, l'Afrique, qui est tout un symbole de la cin�matographie alg�rienne. Toute une symbolique des vecteurs positifs qui ont exist� depuis 1962. Demain, les autorit�s vont se pr�cipiter pour la rouvrir � l'occasion du festival panafricain. J'ai toujours dit et le r�p�terai toujours, je ne suis pas pour les politiques de circonstance et de conjoncture et c'est cela qui a fait que notre cin�ma a r�gress�. Si nous voulons avancer, nous devons mettre en place une v�ritable politique planifi�e, d'ensemble et coh�rente avec une rationalit� des mesures. Nous avons eu l'ann�e de l'Alg�rie en France, qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Quels sont les dividendes ? Alger a �t� la capitale de la culture arabe ; pareil, quels sont les dividendes ? Il n�y a ni analyse, ni d�bat, ni bilan, rien ne se fait. Nous avons besoin de planification � tous les niveaux : celle du cin�ma, du th��tre, de l'�dition, de la distribution et j'en passe�Il ne peut pas y avoir de cin�ma ou de t�l�vision sans th��tre, sans techniciens, sans m�me un journalisme professionnel � la hauteur de l'�v�nement. Un peuple qui n'a pas de culture est un peuple qui n'a pas d'�me. S'il ne pr�serve pas son pass� et sa m�moire, il ne peut avoir ni pr�sent ni futur.
Et pourtant, le cin�ma alg�rien �tait � la pointe du combat et il s�est distingu� avec force comme un instrument antipropagandiste lors de l'�poque coloniale. Que s�est-il pass� au juste pour que cet �lan soit frein� et qu�on soit arriv� � cette situation que vous jugez, en tant que professionnel, chaotique ?
Effectivement, le cin�ma alg�rien �tait � la pointe du combat et j'ajouterai, un combat multidimensionnel, de toutes les formes d'expression artistiques. Aujourd'hui, le cin�ma est r�duit � n�ant. On ose parler de cin�ma alg�rien quand il nous vient d'outre-M�diterran�e. Je n'ai rien contre les �uvres qui sont faites par des Fran�ais, des Suisses ou d'autres Europ�ens d'origine alg�rienne et qui nous sont envoy�es. Nous ne pourrons que bien les recevoir. Je cite le film Mascarades, un excellent contenu, une excellente forme et une �tude artistique et technique de grande qualit� cin�matographique, mais ce n'est pas un film alg�rien. Le film porte la nationalit� de son producteur majoritaire qui est fran�ais. La bataille d'Alger est un film alg�rien m�me s'il a �t� r�alis� par un Italien. Il a �t� produit par Casbah Films. Il y a des conventions internationales. Nous, nous voulons nous approprier des films qui ne nous appartiennent pas, � d�faut de produire nous- m�mes des films. Le cin�ma ne doit pas �tre tributaire des �v�nements circonstanciels mais bas� sur une gestion saine et d�mocratis�e. Et l� je parle en tant qu'artiste et cin�aste qui s'est investi pleinement dans cet art depuis la guerre de Lib�ration. Aujourd'hui, je suis dubitatif. A supposer qu'il y ait des m�c�nes qui adorent le cin�ma et qui veuillent bien financer des films, o� va-t-on les projeter ? Prenons le cas du film sur Benboula�d du r�alisateur Ahmed Rachedi. Je suis content qu'on ait d�cid� de faire un film sur l'un des h�ros de la R�volution alg�rienne mais la question que je me pose est : o� va-t-on le projeter ? L'id�al et la sagesse auraient �t� d'en faire un feuilleton pour la t�l�vision pour qu'il soit vu par tout le monde, y compris par la communaut� nationale � l'�tranger et par la suite faire un transfert sur n�gatif pour tirer un film pour le cin�ma qui restera pour la post�rit� et les g�n�rations futures. C'est pour cela que je parle aujourd'hui de gestion professionnelle et rationnelle. Il faut d�mocratiser les rapports. On essaie au niveau de notre association de parer � l'impossible. C'est gr�ce aux membres de notre entit� que le mat�riel avec lequel on tourne � la t�l�vision a �t� pr�serv� de sa vente au dinar symbolique. Nous �uvrons pour une renaissance effective du cin�ma alg�rien sur de nouvelles bases, plus humaines.
Mais on croit savoir que le mat�riel de l'ex-ENPA n'est plus op�rationnel, n'est-ce pas ?
Tr�s bonne question ! Mais je vais la renvoyer aux pouvoirs publics. Pourquoi le laboratoire de l'ex-ENPA est en �tat d'hibernation. Je suis le dernier r�alisateur � avoir traiter le film Fleur de Lotus au niveau de ce laboratoire. Ce mat�riel est en d�perdition totale sans qu'il y ait de r�action. C'est un crime ! La base industrielle est celle qui peut permettre au cin�ma alg�rien de rena�tre de ses cendres : les laboratoires, l'auditorium, les salles de montage, la finition, le montage n�gatif, le mixage, le bruitage�
Pourquoi alors cette l�thargie ?
Parce qu'� un certain moment les pouvoirs publics ont commis l'erreur monumentale de c�der le site de l'ENPA � la t�l�vision qui n'en a pas besoin et qui ne travaille pas au n�gatif.
Et � votre avis, pourquoi n'a-t-on pas rectifi� le tir ?
C'est la question que l'on se pose au niveau de notre association. Les pouvoirs publics n'ont entendu ni nos cris, ni nos dol�ances, ni nos demandes. Le mat�riel qui constitue cette base cin�matographique est � vau-l'eau. Je reviens au n�ud gordien, c'est-�-dire les salles de cin�ma. Il n�en reste plus que quelques dizaines. Nous avons �mis le v�u que le minist�re de la Culture discute avec celui de l'Int�rieur et des Collectivit�s locales. Qu'ils coordonnent leurs efforts pour restaurer deux salles en une ann�e et en construire une autre par wilaya, nous aurons 150 salles par an et au bout de cinq ans, nous pourrons reconstituer le parc, et en mieux. Chose qui n'a jamais �t� prise en consid�ration. C'est comme s'il y avait un complot visant � abattre tout ce qui a �t� fait de beau dans le domaine du cin�ma et de la t�l�vision. Pour cette derni�re, on planifie des programmes en fonction du mois de Ramadhan. Il y a beaucoup de belles choses � faire. Des reportages, des documentaires, des �missions. Dans ce genre d'activit�s, il faut impliquer les �crivains et les journalistes et constituer des cellules de r�flexion, d'�criture, et de critique. Nous n'avons jamais pu, depuis l'ind�pendance, d�terminer la langue � utiliser dans nos films. Faut-il utiliser l'arabe classique ou dialectal? Quand on parle de cin�ma, on parle aussi de th��tre. O� est donc pass� le th��tre d'antan ? Nous vivons une crise culturelle aigu�. J'ai assist� r�cemment � une semaine alg�rienne en France organis�e par deux associations de jeunes Fran�ais d'origine alg�rienne. Ces jeunes ont tout mais ils leur manquent la substance : l'�me. Ils ressentent une d�chirure extr�me et c'est � nous de la combler. C'est � nous de les ramener vers nous � travers la culture pour apaiser et att�nuer cette d�chirure, ce bic�phalisme. Ils ne savent plus sur quel pied danser. Le cin�ma peut apporter beaucoup pour peu qu'on l'organise et qu'on le prenne en charge. C'est aussi vital que l'air qu'on respire et l'eau qu'on boit. C'est aussi une arme redoutable. Les grandes nations l'ont compris depuis longtemps.


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