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� CEUX QUI CRACHENT DANS NOS LARMES
Publié dans Le Soir d'Algérie le 09 - 07 - 2009

Je me r�tracte ? Aucunement. Je n'ai pas failli � mes engagements ni chang� d'un iota dans mes d�clarations. J'ai r�guli�rement rendu hommage � l'arm�e � travers les diff�rentes interviews que j'ai accord�es � la presse occidentale, arabe et alg�rienne.
Yasmina Khadra in Le Monde, 13 mars 2001
A l'heure o� la question �qui-tue-qui ?� battait son plein, et au risque de compromettre ma carri�re litt�raire, j'ai d�di� L'Automne des chim�res au soldat et au flic de mon pays ; c'�tait en avril 1998. J'avoue que la guerre crapulo-int�griste qui s�vit encore en Alg�rie n'a pas livr� tous ses secrets. Beaucoup d'assassinats, de tueries, d'enl�vements ne sont pas pr�s d'�tre �lucid�s. Il s'agit d'une guerre plurielle, fonci�rement politico-financi�re, dont les enjeux tentaculaires et inavou�s vont continuer d'enchev�trer toutes les pistes susceptibles de d�voiler les tenants de l'une des plus effroyables supercheries que le Bassin m�diterran�en ait connues. La confusion qu'entretiennent des man�uvres subversives � travers les m�dias et les t�moignages livresques ne font, en r�alit�, que r�conforter les v�ritables coupables jusque-l� au-dessus des soup�ons. Aujourd'hui, un autre t�moignage impute � l'arm�e les massacres collectifs revendiqu�s pourtant, � cor et � cri, par les GIA. Que faire ? Me taire ? Mon silence pourrait �tre interpr�t� comme un consentement ou un d�saveu. R�agir ? Mon intervention risquerait de chahuter ma cr�dibilit� d'�crivain libre. Entre deux maux, je choisis celui qui p�sera probablement sur mes chances de romancier, mais qui aura l'excuse de ne pas peser sur ma conscience. Je d�clare solennellement que, durant huit ann�es de guerre, je n'ai jamais �t� t�moin, ni de pr�s ni de loin, ni soup�onn� le moindre massacre de civils susceptible d'�tre perp�tr� par l'arm�e. Par contre, je d�clare que l'ensemble des massacres dont j'ai �t� t�moin et sur lesquels j'ai enqu�t� portent une seule et m�me signature : les GIA. Les victimes sont des vieillards, des femmes, des enfants et des nourrissons, surpris dans leur mis�re la plus accablante et assassin�s avec une f�rocit� absolue � des b�b�s ont �t� embroch�s, frits et br�l�s vifs. De telles horreurs ne peuvent �tre commises que par des mystiques ou des forcen�s ; en tout cas par des monstres qui ne pourront jamais plus r�int�grer la soci�t� et pr�tendre � la reprise d'une vie normale. Pour atteindre un tel degr� de barbarie, il faut imp�rativement avoir divorc� d'avec Dieu et les hommes. Les soldats que j'ai connus dans les maquis gardent encore la foi. L'arm�e alg�rienne, con�ue dans le monde obsessionnel d'une menace exclusivement ext�rieure, a �t� litt�ralement d�boussol�e par l'implosion int�griste. Non pr�par�e � l'�ventualit� d'une guerre civile et refusant d'admettre que la patrie puisse �tre martyris�e par ses propres rejetons, l'institution a mis plusieurs ann�es pour se relever de son choc et faire face, avec un minimum de lucidit�, � la d�ferlante extr�miste. Dans la confusion g�n�ralis�e, savamment dos�e par les v�ritables commanditaires, notamment entre 1992 et 1994, des erreurs graves et des d�rapages ont �t� constat�s. Il s'agissait d'actes isol�s (vengeance, incomp�tence, m�prise ou psychose) qui n'impliquent pas l'institution militaire puisque les tribunaux et les asiles psychiatriques ont accueilli un grand nombre de mis en cause. Que dire de l'attitude de certains intellectuels fran�ais devant notre trag�die, sinon mon chagrin et ma d�ception, moi qui, trente-six ans durant, contre vents et mar�es, n'ai cherch� qu'� les rejoindre et m'instruire aupr�s d'eux ? Que dire de ces alli�s naturels dont je r�vais toutes les nuits et qui, avec une insoutenable prudence, font �talage d'un manque de discernement effarant ? Il est certain que le drame alg�rien bouleverse et �tonne par les opacit�s tourbillonnantes qui gravitent autour de lui ; mais une situation floue n'exige-t-elle pas un minimum de retenue ? J'ai �t� soldat, et je n'ai pas quitt� les ar�nes alg�riennes des yeux une seule seconde. T�moignant, n'aurais-je donc pas voix au chapitre ? L'arm�e alg�rienne n'est pas un ramassis de barbares et d'assassins. C'est une institution populaire qui essaye de sauver son pays et son �me avec le peu de moyens appropri�s dont elle dispose que compensent sa d�termination et sa vaillance, et rien d'autre. Pr�senter le soldat alg�rien comme un mercenaire ou un l�gionnaire sans foi et sans conscience est injuste et inhumain, indigne d'hommes �clair�s et suppos�s d�fendre la v�rit� et les valeurs fondamentales au nom de toute l'humanit�. Je reviens des maquis, des villages bless�s, des villes traumatis�es ; je reviens d'un cauchemar qui m'aura d�finitivement atteint dans ma chair et dans mon esprit ; je reviens de ces nuits o� des familles enti�res sont extermin�es en un tournemain, o� l'enfer du ciel tremble devant celui des hommes, o� les rep�res s'effacent comme des �tincelles dans l'obscurit�, tant l'horreur est totale et la douleur absolue. Et que suis-je en train d'entendre ? Que le soldat miracul� que je suis est un tueur d'enfants ! Que savez-vous de la guerre, vous qui �tes si bien dans vos tours d'ivoire, et qu'avez-vous fait pour nous qui tous les jours enterrions nos morts et qui veillions au grain toutes les nuits, convaincus que personne ne viendrait compatir � notre douleur ? Rien. Vous n'avez absolument rien fait. Huit ann�es durant, vous avez assist� � une intenable boucherie en spectateurs �blouis, ne tendant la main que pour cueillir nos cris ou nous repousser dans la tourmente � laquelle nous tentions d'�chapper. Que savez-vous de tous ces cadets tu�s au combat, de ces milliers de soldats fauch�s � la fleur de l'�ge et dont la majorit� n'a jamais embrass� une l�vre aim�e ou connu les palpitations d'un amour naissant ? Quels souvenirs gardez-vous de ces visages �teints, de ces corps qui ne bougent plus au pied d'arbres br�l�s, de ces bouillies de chair qui indiquent qu'une bombe a explos� � tel ou tel endroit ? Vous n'avez rien vu de notre enfer et vous ne mesurerez jamais l'ampleur de notre chagrin ni l'envergure de notre bravoure. Nous sommes les enfants de notre pays, des guerriers malgr� eux, qui se battent � leur corps d�fendant. Nous ne tuons pas nos p�res, ni nos m�res, ni nos propres enfants ; mais nous offrons � tout moment un morceau de notre vie pour pr�server un empan de notre terre et de notre dignit�. A l'heure o� nous nous recueillons sur la tombe de nos chers absents, vous nous chahutez, vous crachez dans nos larmes, bafouez notre deuil et tuez une deuxi�me fois ces �tres merveilleux qui furent les n�tres, qui n'�taient rien d'autre que des soldats. Je reste persuad� que, pareillement au destin, nul ne peut se d�faire de la v�rit�. Le crime ne paie pas, la lumi�re finira immanquablement par �clairer la beaut� ou la laideur de chacun ; et aucun masque, aucun lifting, ne saurait sauver la face impure. En attendant, l'Alg�rie continue de subir l'affront de ses rejetons. Que ceux qui n'y peuvent rien aient la d�cence de nous laisser � notre malheur. A l'usure, nous saurons rena�tre de nos cendres et survivre au pire des cataclysmes : la l�chet� de nos f�lons et le l�chage de nos �amis�.


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