Le sort des barrages agricoles destinés exclusivement à l'irrigation de périmètre agricoles semble susciter de l'intérêt après un abandon qui a aura duré au moins une vingtaine d'années avec toutes les retombées négatives que cela suppose. Ces barrages considérés aussi parmi les plus importantes zones humides de la wilaya de Tizi Ouzou sont le barrage de Ain Zaouia (18.9 ha), celui de Djebla (47.1 ha), de Draâ El Mizan (28.3 ha) et celui de Tizi Ghenif (14,4 ha). Ces barrages autour desquels on trouve aussi une biodiversité aussi riche que diversifiée seront donc bientôt pris en charge et gérés par l'agence nationale des barrages (ANBT). Les dossiers pour obtenir cette opération de gestion sont en phase d'achèvement et cela doit, en principe, changer non seulement les statuts de ces barrages mais aussi redonner le sourire aux agriculteurs qui travaillent autour. La bonne gestion de ces barrages devra en principe permettre au secteur agricole de la wilaya de Tizi Ouzou d'assurer une capacité de 14 millions de mètres cubes d'eau supplémentaires destinés à l'irrigation de pas moins de 4000 hectares de terres agricoles. Une véritable bouffée d'oxygène pour un secteur qui fait face actuellement à un manque flagrant en matière de ressources hydriques. Aussi faut-il signaler qu'en plus des quatre barrages cités plus haut, la direction des ressources en eau compte réserver une partie des eaux du nouveau barrage Souk n'Tleta, dont la réception est prévue à la fin de l'année 2019 avec une capacité de 98 millions m3, à l'irrigation des surfaces agricoles des plaines de Tadmait et Draâ Ben Khedda. Le deuxième barrage actuellement à l'étude au niveau de la localité Sidi Khelifa, dans la daïra d'Azeffoun, devra également constituer un réservoir important pour les agriculteurs de la région, puisque les services des ressources en eau de la wilaya comptent réserver 4 millions de mètres cubes pour l'irrigation de quelque 400 hectares de surface agricole alors que le futur barrage Bounachi, d'une capacité de 19 millions m3 verra une bonne partie de son eau estimée à 10 millions m3 réservée exclusivement à l'irrigation de 2500 hectares de terres agricoles. Le barrage Assif Lekhmis situé dans la localité de Boghni constitue également un important réservoir pour les agriculteurs de la région puisque 5 millions m3 sur les 12 millions que contient ce barrage sont destinés exclusivement à l'irrigation des terres agricoles. Barrage de Djebla, le grand gâchis L'affectation de la gestion des barrages à l'ANBT est en soi une décision attendue depuis longtemps par les agriculteurs qui ont fait face à d'innombrables turpitudes. Le barrage de Djebla (appelé naguère barrage n°4), dans la vaste plaine des Ath Ouaguenoun qui s'étale de Timizart Loghbar jusqu'à Timizart en chevauchant la région de Fréha, d'une capacité de 3 millions de m3 et inauguré en 1974, irriguait toute cette région qui pourvoyait une importante partie de la wilaya de Tiiz Ouzou en légumes et céréales avant de connaître une sorte de traversée du désert. Abandonné, le réseau d'irrigation a cédé face à l'érosion et à l'usure. Entre-temps, le barrage s'est envasé à près de 5%. Du coup, l'activité agricole a reculé et s'est réduite comme une peau de chagrin. Ne faisant plus vivre son homme en raison donc du manque d'eau, les agriculteurs ont fini par lui tourner le dos et aller vers d'autres créneaux plus porteurs comme le commerce. Il est vrai que cela donne lieu à une grande tristesse que de voir ces vastes plaines à l'abandon, en jachère, alors que naguère, elles étaient verdoyantes et offraient à manger à toute la population. Les légumes cultivés dans ces plaines, notamment sur les périmètres situés juste à côté du barrage, avaient une renommée qui dépassait les limites de la wilaya de Tizi Ouzou. Mais voilà donc qu'aujourd'hui, une lueur d'espoir pointe à l'horizon. D'autres mesures devraient être prises pour inciter les agriculteurs à retrouver leurs terres, leurs activités. Les banques et les services agricoles devraient leur apporter les facilitations nécessaires afin de les amener à redonner vie à ces plaines et ainsi relancer ce secteur stratégique qui est l'agriculture. Le problème de l'eau encore et toujours Le problème de la disponibilité de ressources hydriques pour l'irrigation constitue un sérieux handicap pour l'essor de l'agriculture dans une wilaya réputée pourtant par ses potentialités inestimables en la matière. Outre l'abandon des barrages et des 75 retenues collinaires que compte la wilaya, le manque de pluviosité est venu donner le coup de grâce à ce secteur vital. Même dans les régions qui disposent de barrages destinés à l'irrigation, ces structures n'arrivent pas à satisfaire la demande de plus en plus croissante des agriculteurs, en raison de la vétusté des réseaux d'alimentation. Dans les localités de Draâ El Mizan et Ain Zaouia qui constituent un important bassin céréalier, les agriculteurs ne cessent de crier leur désarroi face aux manques enregistrés en matière d'irrigation. Malgré l'existence de deux barrages à Assif Lekhmis et Ath Vougherdhane, le problème de l'irrigation de leurs terres n'est pas encore résolu à cause de la défectuosité du système d'irrigation devenu obsolète au fil des ans, d'où la nécessité de sa réfection. Il faut dire que la wilaya de Tizi Ouzou, dispose d'un potentiel hydrique important, sauf que les ressources mobilisées au profit de l'agriculture restent en deçà des besoins exprimés. Selon la direction des services agricoles de la wilaya, 8 579 ha sur un potentiel local. Depuis quelques semaines, la Direction des services agricoles de la wilaya a lancé une sorte de caravane marquée par des foires agricoles, comme la foire agrumicole et du mile organisée mardi dernier à Draâ Ben khedda pour sensibiliser les agriculteurs et vulgariser les produits agricoles de chaque région. Cependant, ce type d'action reste événementiel. Juste après, on semble temettre tout au placard avant la prochaine manifestation. C'est pourquoi aujourd'hui, les spécialistes du monde agricole plaident pour la création des agro-pôles qui auront pour objectif de créer une certaine indépendance pour chaque filière, notamment par l'introduction de nouvelles techniques de production et l'encadrement technique des agriculteurs afin que leur produit soit compétitif sur le marché international. L'autre écueil à dépasser est sans doute celui relatif à la régularisation des actes de propriété. Sur les 66 000 exploitations agricoles du domaine privé recensées au niveau de la wilaya de Tizi Ouzou, plus de 80% n'ont pas d'actes de propriété. Une situation qui a provoqué une réelle anarchie dans l'exploitation de ces terres, et laisse place à une véritable anarchie qui n'épargne pas non plus les exploitations relevant du secteur étatique. Sur plus de 2000 exploitations, 1170 proviennent de la révolution agraire qui a été faite de façon anarchique et des centaines d'exploitants n'ont pas déposé leurs dossiers de conversion. Cette situation impose une opération d'assainissement des terres agricoles.