L'implication présumée de convertis à l'Islam dans de récents attentats en Russie constitue un défi de taille pour les services de sécurité russes dans la mesure où ils étendent considérablement le rayon d'action des djihadistes du Nord-Caucase. Selon la presse, les services de sécurité russes soupçonnent ainsi l'un de ces convertis d'avoir commis le premier des deux attentats suicide qui ont fait 34 morts dimanche et lundi à Volgograd. Un autre aurait en outre fabriqué la bombe qui a coûté la vie à huit personnes il y a deux mois dans la même ville. En avril, l'attentat du marathon de Boston, commis par les frères Tsarnaev, des Américains d'origine tchétchène ayant vécu au Daguestan, avait démontré que le conflit du Nord-Caucase pouvait avoir des conséquences bien au-delà de cette seule région. Pour les experts du terrorisme, des Russes de souche ayant rallié la guérilla sont souvent choisis pour commettre les attentats suicide du fait de la force symbolique de leur conversion et de leur type slave moins repérable. "Il s'agit d'une stratégie qu'on voit plus souvent ces derniers temps. C'est un problème énorme pour les forces de l'ordre", souligne Andreï Soldatov, spécialiste des services de sécurité russes. Selon les autorités russes, l'attentat qui a fait 18 morts dimanche à la gare de Volgograd pourrait avoir été commis par Pavel Petchionkine, un infirmier originaire de la République des Maris, dans le centre de la Russie, né d'un père de souche russe et d'une mère musulmane, dont il a adopté la confession. Il a quitté le foyer familial en 2011 pour aller combattre au Daguestan. Ses parents avaient ensuite enregistré un message vidéo pour le prier de renoncer à lutte armée. "Ici, des musulmans sont tués et enlevés (...) Pourquoi devrions-nous suivre ces commandements chrétiens alors qu'Allah nous enjoint de combattre ces infidèles ?", leur a-t-il répondu par le même moyen. Dimitri Sokolov, un Russe de souche de la banlieue de Moscou, est par ailleurs soupçonné d'avoir confectionné la ceinture d'explosifs que sa femme, originaire du Daguestan, aurait mise à feu en octobre à Volgograd. Le couple avait fait connaissance sur un site islamiste et Sokolov a trouvé la mort en novembre au Daguestan dans des affrontements avec les forces russes. UNE TACTIQUE EFFICACE Pour Iekaterina Sokirianskaïa, spécialiste du Caucase et membre de l'International Crisis Group, un cercle de réflexion qui fait autorité, beaucoup de convertis optent pour une lecture rigoriste de l'Islam souvent condamnée par leurs proches, ce qui contribue à leur "radicalisation". "Ils sont très séduisants pour les insurgés. Le dernier attentat pourrait très bien avoir été commis par un Slave parce que les mesures de sécurité avaient été renforcées et qu'une femme en hidjab aurait été plus facile à repérer", dit-elle. L'imposant dispositif déployé pour assurer la sécurité des Jeux olympiques d'hiver qui s'ouvriront le 7 février à Sotchi sera plus difficile à déjouer, mais le risque d'attentats suicide ne peut être écarté. "C'est une tactique efficace. Cela demande peu de préparatifs et très peu d'argent, mais c'est très difficile à empêcher", observe Alexeï Filatov, vice-président de l'association des anciens membres de l'unité antiterroriste Alfa. D'après Grigori Chvedov, rédacteur en chef du site kavkazuzel.ru qui tient le registre de l'insurrection, plus de 120 personnes sont devenues candidates au "martyre" depuis l'arrivée de Vladimir Poutine au Kremlin, en 2000. L'offensive qu'il a alors ordonnée en Tchétchénie, puis la féroce répression dont les mouvements salafistes font l'objet en Russie ont suscité de nombreuses vocations, selon les observateurs. "Bien que la force brute soit utilisée au Nord-Caucase, elles (les autorités) ne peuvent bâtir de mur suffisamment épais pour empêcher les terroristes de s'infiltrer", souligne Grigori Chvedov. Les différentes composantes de la guérilla se sont unies en 2007 sous la bannière de l'Emirat du Caucase, fondé par Dokou Oumarov. Le mouvement a notamment revendiqué les attentats du métro de Moscou et de l'aéroport de Domodedovo, qui ont fait respectivement 37 et 40 morts le 29 mars 2010 et le 24 janvier 2011. En juillet, Oumarov a par ailleurs invité ses hommes à recourir à la "force maximum" pour empêcher le bon déroulement des Jeux de Sotchi.