Journée ordinaire hier dans l'enceinte de la station maritime des gardes-côtes de Annaba. L'infrastructure semble déserte et on se croirait dans un des postes à quai du port autonome si ce n'est la présence des embarcations semi-rigides amarrées juste en face. Ces bâtiments de moyen cours de 550 chevaux, dont la vitesse de navigation peut atteindre les 60 nœuds, sont capables de prendre en chasse et d'arraisonner n'importe quel navire en haute mer. Le long du quai, en un endroit éloigné des regards, ou presque, une cinquantaine de chaloupes de fabrication artisanale jonchées de bidons en plastique et de jerrycans sont remisées. Ces charrettes de la mort, comme les appellent les Annabis, ont pour la plupart été récupérées par les éléments du groupement territorial des gardes-côtes d'Annaba lors des nombreuses opérations de repêchage des harraga. Le sauvetage et l'interception des harraga sont devenus par la force des choses les missions prioritaires assurées par les forces navales dans cette région. Le commandant Zaïdi affirme que depuis l'arrestation en mer de 19 candidats à l'émigration clandestine, au début du mois de mars, ses hommes et lui n'ont pas eu de problèmes de ce côté. «Les conditions climatiques particulièrement mauvaises des deux mois passés n'ont pas été favorables aux harraga et on ne peut que s'en féliciter, Dieu merci ! Le procès des personnes arrêtées et actuellement en liberté provisoire est le seul événement à l'ordre du jour pour nous. L'audience au cours de laquelle ils devaient comparaître au tribunal correctionnel qui était prévue cette semaine a été reportée au 10 mai. D'ici là, j'espère sincèrement qu'il n'y aura rien à signaler», déclare le jeune officier. Direction la plage de Sidi Salem, qui est avec celles de La Caroube, El Batah et Oued Boqrat l'un des points de départ des harraga. Ici la mer semble plus calme et cela fait plaisir aux trois ou quatre patrons de petits métiers qui sont occupés à repriser leurs filets de pêche. «Le mauvais temps nous a bloqués pendant des semaines et nous en avons été réduits à nous morfondre à terre à faire n'importe quoi en attendant le retour des beaux jours», déplore l'un d'entre eux. «J'ai pu sortir hier et passer la nuit au large mais ce n'est pas la joie, les bancs ne se déplacent pas à hauteur des côtes durant les périodes de forte agitation comme cela a été le cas. J'ai quand même pu ramener quelques casiers, hamdoullah», confie son compagnon. A la question de savoir si c'est la bonne période pour l'aventure de la harga, l'un et l'autre échangent un regard furtif et font semblant de ne pas avoir entendu. Je me fais plus insistant en posant différemment ma question et je demande s'il y a eu des fugues en mer ces derniers temps. J'ai droit cette fois à une réponse directe : «Vous savez bien que Sidi Salem a la réputation d'être le carrefour des départs clandestins vers la Sardaigne, mais je peux personnellement vous assurer que les jeunes évitent cette plage depuis un an au moins. Il y a eu trop d'interceptions dans les parages ces derniers temps. Alors vous imaginez qu'ils ont opté pour d'autres endroits pour mettre à exécution leur projet fou...» Le phénomène des harraga qui a atteint à Annaba des pics majeurs durant les derniers mois estivaux est plus contenu, en effet, cette année et c'est tant mieux, peut-on dire.