Où qu´on tourne le regard, on voit toujours le FLN, et ce sont ses diverses versions qui s´alternent comme façade du pouvoir. La rupture, c´était en 1991 lorsque le FLN devait perdre son rôle de façade du pouvoir au profit du FIS dont, cependant le porte-parole et guide suprême, avait été tout de même un militant du FLN et élu en tant que tel à l´APW d´Alger, du temps du parti unique. Mais à la différence du FLN, le FIS voulait s´«autonomiser» et devenir le vrai pouvoir. Mais, en 1997, le pouvoir réel voulait changer de monture, ou de façade en préférant le RND au FLN. Le pouvoir s´était donné le temps d´évaluer la capacité du RND à se substituer au FLN. Les élections de 2002 avaient révélé que le test était négatif. En l´absence d´un substitut au FIS, Wafa par exemple, le FLN demeure toujours le FLN, d´autant que c´est la génération de la guerre qui a successivement donné à l´Algérie et jusqu´à ce jour, son président de la République. Il y a bien ce qu´on nomme la famille révolutionnaire qui a voulu investir dans la légitimité historique par filiation pour donner à l´Algérie des générations futures ses présidents de la République. Autrement dit, ceux (pas tous, bien sûr) qui ont survécu à la guerre et qui préparent les conditions de la passation de pouvoir à leur progéniture devraient alors accepter de passer le flambeau aux enfants de ceux qui n´avaient pas survécu à la guerre. C´est la lecture qu´auraient faite nombre de membres de la famille révolutionnaire, mais qui se rendent compte que cette attente est une fiction. Alors, lorsque le président parle de la fin de la légitimité historique, la pensée est allée vers la légitimité historique par filiation, la légitimité directe étant soumise aux limites biologiques naturelles de la génération de la guerre. Les conditions conjoncturelles de la naissance du RND auraient pu conférer une autre forme de légitimité historique à ce parti si le terrorisme avait pu être éradiqué par les seuls moyens militaires avec l´apport des patriotes. Mais le contexte a changé avec la substitution du discours de la réconciliation au discours de l´éradication. Le RND perd ainsi toute possibilité de se revendiquer de la légitimité historique, nouvelle version, pour dessiner la tendance lourde de la résistance qui donnera ses futurs présidents de la République à l´Algérie des futures générations. Si la réconciliation nationale et l´amnistie générale arrivent à totalement mettre fin au cycle de la violence, les futurs présidents auront des chances d´émerger dans les rangs des réconciliateurs, Belkhadem par exemple. Mais si elles n´arrivaient pas à y mettre définitivement fin, ce seront les porteurs de discours éradicateurs qui auront plus de chances de constituer le nouveau système à l´intérieur duquel s´organiseront les alternances. A la légitimité historique directe succédera la légitimité de la réconciliation, ou la légitimité de l´éradication, selon l´évolution de la situation de sécurité. Attendons alors la période post-réconciliation nationale pour émettre des pronostics de moindre incertitude.