En décidant de porter le dossier devant les instances de l'ONU, les Palestiniens semblent avoir frappé fort et paraissent dans le vrai. Cela fait de nombreuses années que le processus israélo-palestinien stagne sans avancée significative. Israël, aidé par les Etats-Unis, a tout fait pour que le dossier palestinien ne sorte pas de la mainmise israélo-américaine. Les déclarations répétées du président américain, les tentatives désespérées d'Israël de le bloquer, montrent combien le projet palestinien de demande d'admission à l'ONU a secoué certaines certitudes selon lesquelles l'Etat hébreu serait au-dessus du droit international. En passant outre le parrainage américain, désormais suspect, dont les actions ne favorisent plus la paix et en s'adressant directement au Conseil de sécurité - la demande officielle d'adhésion sera remise par le président Abbas le 23 septembre au secrétaire général de l'ONU, qui la transmettra au président du Conseil de sécurité - les Palestiniens ont mis un terme à un tête-à-tête israélo-palestinien qui ne jouait pas en leur faveur. Aucun progrès significatif n'a été réalisé en 20 ans de négociations. Cela aurait dû être suffisant pour faire le constat de l'existence d'un obstacle à tout le moins insurmontable. Les Etats-Unis, singulièrement, auraient dû prendre acte de ce fait. Non seulement ils ne l'ont pas fait, mais maintenaient, contre toute évidence, que les négociations directes Israël-Palestiniens (notons que Washington semble trouver normal la poursuite des pourparlers dans le temps où Israël procède à l'expansion des colonies dans les territoires palestiniens occupés) demeuraient la seule issue, rejetant ainsi toutes les autres alternatives, y compris celle des Nations unies. Or, en décidant de s'en «remettre» à l'ONU dans le jeu diplomatique, les Palestiniens ont visé juste. La réaction disproportionnée des Etats-Unis allant jusqu'à menacer les Palestiniens de leur couper leur aide est caractéristique. Ainsi, Washington a usé de tous les moyens pour tenter de faire revenir les Palestiniens sur leur décision de porter le dossier devant le Conseil de sécurité de l'ONU. D'ailleurs, les Etats-Unis opposeront à cette occasion leur veto. Ce veto n'est guère une surprise, mais indique bien la duplicité dont a fait montre Washington dans la conduite du contentieux israélo-palestinien en prenant fait et cause pour l'une des parties belligérantes. Ce fait est désormais patent, car les Etats-Unis, par leur qualité de membre permanent du Conseil de sécurité, auraient dû soutenir une telle demande d'adhésion de l'Etat de Palestine, ne serait-ce que pour clarifier la donne et permettre de revenir à de vraies négociations qui préservent autant les intérêts d'Israël que ceux des Palestiniens. C'est la démarche contraire qu'ont choisie les Américains qui ont tenté d'empêcher les Palestiniens de porter leur affaire devant les instances des Nations unies. Pouvait-on, cependant, empêcher les Palestiniens de s'adresser à l'ONU? Non, admettait hier le ministre sans portefeuille israélien, Yossi Peled, du parti Likoud qui déclarait à la radio publique israélienne: «Malheureusement, Israël n'a pas les moyens d'empêcher que les Palestiniens demandent l'adhésion de leur Etat à l'ONU et il est impossible de les arrêter.» Cela confirme que durant des années les Palestiniens, outre d'avoir perdu du temps, ont été de fait, les prisonniers du duo israélo-américain qui a maintenu le dossier israélo-palestinien à son plus bas niveau sans aucune perspective d'avancée. En prenant enfin leurs responsabilités, les Palestiniens crèvent un abcès de fixation, mettent la communauté internationale face à ses responsabilités, et montrent que l'obstacle à la création de l'Etat de Palestine, outre Israël, auront été les Etats-Unis qui pouvaient le plus, ont fait le moins pour maintenir le statu quo qui conforte Israël dans son opposition à la création d'un Etat de Palestine.