L'initiative du numéro un de l'ex-FIS, qualifiée par lui d'«individuelle», est en quête de soutiens et d'enrichissements. Selon Me Ali Yahia Abdenour, président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme (Laddh), le document portant restauration de la paix en Algérie lui a été transmis par fax par son initiateur, Abassi Madani. Ce dernier, nous explique notre source, «qui m'a parlé plusieurs fois au téléphone, a expliqué que sa démarche est individuelle, ce qui n'engage en rien son parti». Le leader islamiste, qui se trouve toujours au Qatar, aurait adressé le même document à toute la classe politique, mais aussi à de nombreux acteurs qui comptent sur l'échiquier national. Promesse a été faite, toutefois, de n'en rien révéler avant que les propositions d'enrichissement des uns et des autres, mais aussi éventuelles adhésions, ne soient faites. Très discret sur le sujet donc, l'ancien avocat de Abassi et Benhadj nous révèle en gros que le document, qui constitue simplement «une plate-forme de réflexion, cherche à explorer les capacités réelles de l'administration et du pouvoir d'un côté, et celles de la société civile de l'autre, en vue de restaurer la paix civile et politique en Algérie». Notre source, qui estime avoir milité toute sa vie en vue de concrétiser ce rêve, ne voit pas d'inconvénients majeurs à prendre part à d'éventuels débats ou rencontres autour de cette énième initiative. Ali Yahia Abdenour, qui fait partie des signataires du manifeste des Onze, continue de considérer que «seule une solution politique et globale peut résoudre la grave crise que vit notre pays depuis bien trop longtemps» Si l'on en croit les déclarations qu'avait faites Abassi Madani lors d'une émission sur les ondes d'Al-Jazira, il semble que le document ait également été transmis aux institutions du pays, à savoir l'armée, la présidence et le gouvernement. Sans oser prétendre revenir à la phase post-législatives de janvier 1992, la démarche ne vise pas moins que de redonner vie au courant islamiste tel que prôné et défendu par l'ex-FIS avant que ce dernier ne soit dissous. Loin d'être aussi agressive et tranchée qu'elle l'était au début de l'insurrection islamiste, la démarche de Abassi Madani se veut quelque peu conciliante, même si elle se montre «intransigeante quant à la légitimité des futurs dirigeants de l'Etat algérien», puisque l'initiateur de la démarche dénie cette qualité à tous ceux qui ont dirigé le pays depuis l'ouverture démocratique de 1988. Demeurés très discrets sur ce document, l'ensemble des acteurs et responsables qui l'ont reçu ne l'ignorent toutefois pas. A la lumière de cette présidentielle qui n'en finit plus de déchaîner les passions, il ne fait, en effet, pas de doute que Abassi Madani fera encore parler de lui dans les prochaines semaines.