Pari réussi! Les baltaguia ont échoué dans leur tentative de saborder la marche et les autorités étaient complices. Des milliers d'étudiantes et d'étudiants de l'Université Abderahman-Mira de Béjaïa sont descendus hier matin dans la rue pour crier haut et fort leur ras-le-bol de la situation qui prévaut au sein des résidences universitaires. Une situation qui se singularise par la corruption et la violence, oeuvre d'un groupe de baltaguia soutenu par l'administration de l'université et les autorités locales. La coordination locale des étudiants de l'Université de Béjaïa a réussi hier le pari de mobiliser plusieurs milliers d'étudiants, travailleurs et enseignants dans une marche qui a connu la présence de certains élus issus majoritairement du FFS. Tout ce beau monde était réuni sous le même mot d'ordre «halte à la corruption, halte à la complicité et pour une université moderne». Dans une organisation parfaite, une procession d'étudiantes et d'étudiants, évaluée à 2000 personnes selon la police et plus de 1000, selon les organisateurs, s'est ébranlée à l'heure prévue du campus de Targa Ouzemour de Béjaïa vers le siège de la wilaya de Béjaïa, brandissant des banderoles appelant à combattre la corruption et ses auteurs dans les cités universitaires allant jusqu'à exiger par la même occasion le départ des responsables corrompus, soutiens de cette bande d'«étudiants maffieux», qui sème la terreur dans les cités «U». Il en est de même pour une «commission d'enquête neutre pour déterminer les responsabilités des uns et des autres». N'épargnant ni le wali encore moins les services de sécurité et les responsables de l'administration universitaires, les étudiants frondeurs ont clairement et fermement dénoncé «une complicité à grande échelle sans laquelle l'université de Béjaïa n'aurait jamais atteint cette déchéance. Devant le siège de la wilaya, les animateurs de la CLE se sont succédé pour détailler une situation qui règne en maître dans les cités. Rappelant l'objectif de la manifestation, les intervenants disent vouloir placer tout un chacun devant ses responsabilités afin de mettre un frein à la corruption généralisée dans les cités «U» et à la complicité des autorités universitaires, sécuritaire et de wilaya. Même la tutelle ministérielle n'était pas en reste. Elle aussi est citée pour l'exploitation du silence des étudiants imposé par ce qui est appelé «les comités de cités», qui ne représentent qu'eux-mêmes et la protection qu'elle leur apporte afin de détourner les milliards de dinars dont bénéficient les cités «U». Un étudiant aura cette réflexion, lourde de sens et qui illustre parfaitement le marasme estudiantin: «Tout le monde sait que les directeurs de cités paient des factures de viande de génisse, servent la viande de vache morte aux étudiants», s'interrogeant sur «le laxisme observé par les autorités pour sécuriser les étudiants de la bande de Baltaguia, organisée en «milices armées qui terrorisent tous ceux qui osent leur faire front». Pourquoi, ajoute l'étudiant, toutes les plaintes déposées contre eux n'aboutissent jamais? Les intervenants ont critiqué sévèrement le directeur de la résidence «17 Octobre», qu'ils accusent de «corruption et de complicité avec les Baltaguia». Il sera qualifié de «plus mauvais spécimen pour la gestion des cités «U». Le président de la coordination a appelé les étudiantes et les étudiants à demeurer vigilants et mobilisés pour faire face, d'une part, à la «complicité des autorités qui protègent les étudiants maffieux»» et de l'autre, «les baltaguia qui ont la main mise sur les comités de cité de manière illégale afin de détourner l'argent des étudiants qui est aussi l'argent du peuple». Un des représentants de la CLE a indiqué qu'un groupe d'étudiants complice de la bande de mafia a tenté de saborder la marche, face à la mobilisation, ils se sont vite éclipsés. Si les étudiants de 1956 sont montés au front pour libérer le pays et que ceux de 1980 ont mis à genoux le parti unique aboutissant à l'ouverture démocratique, l'année 2013 sera celle du soulèvement contre la corruption dans toutes les universités algériennes. «Si les étudiants ne se battent pas contre la corruption, qui va le faire?», s'est interrogée une étudiante, estimant qu'aujourd'hui «l'Université algérienne est minée par une crise aiguë en raison de la corruption qui s'est généralisée, mettant en complicité des directeurs de cité, et «les chiens des comités». «La marche, qui reste l'initiative des étudiants, n'a aucune couleur politique», ont précisé les membres de coordination. Un député du FFS indiquera que «notre présence est un soutien aux étudiants dans leur démarche de lutte contre la corruption et le rétablissement de la sécurité dans toutes les cités universitaires du pays». 15 étudiants devant le procureur de la République Interpellés dans le sillage du rassemblement de protestation initié dimanche devant le tribunal de Béjaïa, 15 étudiants ont été présentés hier en fin de journée devant le procureur de la République près le tribunal de Béjaïa. Deux d'entre eux ont été placés sous mandat de dépôt. Les 13 autres ont été placés sous contrôle judiciaire. Au total, 22 étudiants ont fait l'objet de poursuites judiciaires depuis le début des troubles à l'Université de Béjaïa. Ils sont poursuivis pour incitation à la violence et destruction de biens publics.