Voilà un gus qui entre bouffer à Béni Messous. Le repas achevé, il se dirige vers le propriétaire et... patatras! Abdelghani B. 39 ans est un restaurateur installé sur les hauteurs d'Alger avec une clientèle fidèle, propre, gâtée et soucieuse de la présentation de succulentes sauces et de méchouis de toutes natures (veau-poulet-escalopes-côtelettes d'agneau et autres brochettes). Un beau matin, il est au restaurant, debout, veillant à la préparation de la vaste salle que va prendre d'assaut une masse de travailleurs et d'étudiants au ventre qui crie «famine». Un client entre. Il commande à manger. Et il mange goulûment jusqu'à satiété avant de décider de sortir en évitant la caisse. Abdelghani B. en propriétaire «réglé» ne veut pas faire de l'aumône car il estime que les ingrédients et les produits alimentaires ne sont pas offerts par une «fée de bonne aventure». Mohamed S. 28 ans est interpellé poliment: «Jeune homme, la caisse est ici, pas dehors!» lance avec un léger rictus Abdelghani B. qui a l'habitude de rappeler les clients qui s'oublient en ne réglant pas la note par une simple et pardonnable «omission» avec les problèmes quotidiens des Algériens. Or, ce Mohammed S. revient, excité. Il est même énervé. Abdelghani réclame son dû. Un court échange a lieu. Soudain, le mauvais client indélicat sort du resto, court et revient, armé d'un marteau. Deux coups sont balancés sur le crâne qui garde, trois mois après, une large cicatrice car le crâne de Abdelghani qui a effectivement le crâne à la «Yul Brynner», histoire de pouvoir le montrer de près à Inès Kouhil Boughaba, la juge de Bir Mourad Raïs, celle-là même qui a présidé aux débats de ce dossier qui a vu la condamnation de l'agresseur à une peine d'emprisonnement ferme de un an pour coups et blessures volontaires à l'aide d'une arme blanche avec, en sus, un arrêt de travail de 30 jours, un coma d'une semaine. Le procureur de l'audience, qui a réclamé une peine d'emprisonnement de trois ans ferme, a réussi le tour de force de ne pas faire son devoir de course aux statistiques: «Il n'a pas interjeté appel!», s'est rebellé Abdelghani B. qui a dit toute sa colère avant de courir derrière le parquet général qui a soixante jours pour interjeter appel. Mystérieuse position du parquet dont le représentant a dû estimer suffisante la peine infligée par sa collègue du siège réputée comme étant tolérante et généreuse lorsqu'elle s'y met lors de la mise en examen des affaires. Pourtant les termes de l'article 264 (loi n°06-23 du 20 décembre 2006) disposent que: «Quiconque, volontairement, fait des blessures ou porte des coups à autrui ou commet toute autre violence ou voie de fait, et s'il résulte de ces sortes de violence une maladie ou une incapacité totale de travail pendant plus de quinze jours est puni d'un emprisonnement d'un à cinq ans et d'une amende de 100.000 DA à 500.000 DA. Le coupable, peut, en outre, être privé des droits mentionnés à l'article 14 de la présente loi pendant un an au moins et Cinq ans au plus...» Les deux alinéas suivants ne concernent pas ce dossier car il n'y a pas eu de mutilation et l'absence d'intention de donner la mort, qui prévoient d'autres peines plus lourdes à infliger à l'auteur des coups et blessures. Faisant bon coeur contre mauvaise fortune, Abdelghani B. se passe de l'avocate de la première instance et constitue celle de Chéraga, l'enfant terrible du bâtonnat de Blida, Maître Nassima Aïd qui n'a pas l'habitude de dormir sur ses lauriers après chaque plaidoirie... Et en appel, l'affaire est enrôlée chez Mohammed Regad de la septième chambre et les deux savoureux conseillers Nadia Bouhamidi et Mansour Ouchen, réputés comme étant corrects, compétents et rigoureux. Abdelghani B. craint simplement son agresseur qui n'a jamais demandé pardon en ayant pris le risque de faire éclater le crâne de la victime. «Je rends grâce à Allah d'être encore en vie malgré le «couloir noir» que j'ai traversé durant les journées de coma», martèle la victime qui verra l'avocate prendre le taureau par les cornes et se féliciter que le trio de magistrats s'enfonce dans la recherche de la vérité juste pour que justice soit faite: «Nous sommes en Algérie et il n'y a pas de jungle qui se trouve à 4000 km au Sud. Il a consommé. Il doit payer. Un restaurant n'est pas une maison de clémence. Diar Rahma, c'est ailleurs, pas à Béni Messous!» articule Maître Aïd qui réclamera des dommages et intérêts pas octroyés par le tribunal. Mohammed Regad qui a, comme d'habitude, bien suivi, met l'affaire en examen...