Des mots aux maux, Tabi, la juge, écoute des vertes et des pas mûres. Maître Rachid Kenaï défend un inculpé de coups et blessures volontaires à l´aide d´outils artisanaux ayant causé un arrêt de travail de douze jours. Le fait est que le nombre de jours de cessation d´activité importe beaucoup, selon la loi. Les deux témoins ont vu le malheureux geste du détenu à l´encontre de la victime âgée de vingt-deux ans, tout rond! «La victime était assez loin de l´inculpé que j´ai vu se diriger, des clés à la main et agresser la victime», a dit le second témoin à qui Bahia Tabi Allalou, la juge de Hussein Dey (cour d´Alger) a demandé pourquoi lui, le témoin n´a pas été agressé au lieu de la victime. Le troisième témoin est une jeune femme qui a raconté comment un gosse est sorti hors de lui, en colère, des clés et un manche à balai en mains: «J´ai voulu m´interposer» et assure ne pas connaître les deux adversaires et crée la sensation en disant que l´agresseur n´était pas l´inculpé présent à la barre: «C´est un jeune qui portait une casquette.» Cette dernière déclaration met mal à l´aise la victime qui se révolte mais Bahia Allalou Tabi, le somme d´effectuer ses demandes en dommages et intérêts et de stopper ses incompréhensibles commentaires. Il marmonne des chiffres et se tait définitivement. Et comme pour entretenir le suspense, elle invite l´avocat à jouer son rôle. Il va bien le faire. Maître Kenti dit sa douleur devant les deux témoignages des deux copains de la victime qui est venue à l´audience régler ses comptes avec son client. Revenant aux faits, il s´accroche aux déclarations contradictoires des deux jeunes et de la dame qui était avec sa maman choisissant une bague de fiançailles en toute sérénité et confiance.«Vous nous avez ramené des photos et nous demandons au tribunal de les éloigner du dossier car le vrai agresseur n´est pas ici à l´audience mais loin car il s´agit du propre frère de l´inculpé. Et c´est plus que vérifié». La relaxe est vivement demandée car estime le conseil, «le tribunal a sous les yeux les preuves nécessaires et c´est le moins que l´on puisse dire, c´est qu´il ne peut être question d´intime conviction», a récité, le défenseur qui tournait le dos à son client, préférant plaider face au tribunal et surtout à ce sacré jeune procureur Mohamed Kolla qui fait ses premiers pas dans cette immense juridiction qui a l´envergure mais pas les problèmes d´une cour de l´intérieur du pays. D´ailleurs, Kolla, jouant à fond son rôle de représentant du ministère public avait requis une peine de prison d´un an ferme et d´une amende de vingt mille dinars. Tabi, en juge avisée, préfère prendre du recul examiner à froid les faits et décidera d´infliger une peine de prison ferme de six mois et une amende de dix mille dinars. «Vous n´avez que dix jours pour interjeter appel», dit, presque en plaisantant.