Ahmed Ouyahia: Amar Saâdani Les deux partis ont le pressant devoir de descendre dans l'arène, activer leurs réseaux pour stopper la déferlante du pessimisme, redonner de la joie, de l'espoir et du rêve. N' est-ce pas que c'est le propre de la politique? Deux frères ennemis, deux ennemis complémentaires. Le FLN et le RND constituent à eux seuls lécrasante majorité de l'architecture parlementaire, gouvernementale et constituent les deux béquilles sur lesquelles repose confortablement le système. On peut s'étonner du manque d'empressement du RND sur la scène politique. Les observateurs sont presque désarçonnés par le côté trop zen du vieux parti, le FLN, face à la situation économique du pays. C'est que les motifs d'inquiétude ne manquent pas en effet. Mais voilà que la conjoncture politique et surtout économique, condamnent les deux partis à s'allier et ce quelles que soient leurs divergences. Les deux frères ennemis se doivent donc d'agir de concert même si on n'ignore pas que les dirigeants du FLN comme ceux du RND doivent nourrir des ambitions diamétralement opposées. C'est un challenge que la situation leur impose en tant que forces politiques majoritaires du pays. Les places qu'ils occupent aussi bien au Parlement qu'au gouvernement leur imposent de réussir ce pari, surtout que les missions premières qu'ils se sont assignées sont avant tout de défendre et d'appliquer le programme du président de la République. S'ils ne sont pas à court de munitions, il est temps pour le FLN et le RND de recharger leurs fusils car dans les jours à venir ils seront appelés à descendre dans l'arène politique pour se «battre» face à une opposition de plus en plus féroce. La rentrée sociale, même si jusque-là, s'effectue sans encombre, elle constitue un moment politique fertile pour raviver les crises et focaliser les manquements du gouvernement et nourrir le mécontentement. En somme, une étape importante que guette l'opposition pour achever ses adversaires. Quelle réplique et quel paravent le gouvernement va-t-il opposer à ses assauts, somme toute légitimes en politique où les cadavres ont un si bon goût, si ce n'est la présence effective, unie et soudée de ces deux partis majoritaires? Oui, le FLN et le RND sont deux condamnés de la conjoncture. Un manquement de leurs partis respectifs à ce devoir sera préjudiciable en ces moments précis où l'Algérie chavire. Elle chavire sur le plan économique, le FLN et le RND doivent voler au secours d'un Exécutif pour expliquer, rassurer et donner corps aux différentes décisions prises en Conseil du gouvernement, aux réunions gouvernement - walis, gouvernement-cadres etc... Les deux partis ont le pressant devoir de descendre dans l'arène, activer leurs réseaux pour stopper la déferlante du pessimisme, redonner de la joie, de l'espoir et du rêve. N' est-ce pas que c'est le propre de la politique. Alors qu'ils le fassent? L'Algérie est au bord d'une asphyxie financière induite par la chute des prix du baril. Les deux frères ennemis sont interpellés par cette situation même. On ne les a pas entendus sur ce sujet qui semble très loin de leurs premières préoccupations. L'Algérie chavire également sur le plan sécuritaire face aux menaces régionales induites par la situation à nos frontières, les deux partis doivent intervenir dans ce débat pour éclairer et mobiliser face «au danger externe», comme le soutiennent tous les décideurs. Que dire alors des débats sur la révision de la Constitution qui s'annoncent comme un véritable face-à-face pouvoir-opposition. Le risque de dérapage est grand avec un FLN et un RND timides, silencieux, trop maladroits pour vendre le projet du gouvernement et donc le programme du président qu'ils sont censés défendre bec et ongles. Mais vu la situation à laquelle est parvenue le pays, les deux partis agissent sur un terrain fait d'argile glissante et de sables mouvants. Plus ils cèdent ce terrain à l'opposition, plus cette dernière se renforce et plus leur position est menacée.