Contre vents et marées et autant de supputations, l'auteur confie qu'il s'agit simplement pour lui de retracer la trajectoire exceptionnelle de Messaoud Zeghar, avec les contributions les plus significatives pour l'Algérie, sa descente personnelle aux enfers... C'est assurément à une sorte d'invité surprise que les habitués du Salon international du livre ont eu droit. Plus précisément au stand de Casbah Editions où un auteur particulièrement doué s'est imposé à l'occasion de la sortie d'un ouvrage, dont l'énoncé est entièrement consacré à un personnage mystérieux à bien des égards, Messaoud Zeghar pour ne pas le désigner. Une palme pour la société éditrice qui n'aura pas choisi la facilité en publiant Messaoud Zeghar, l'iconoclaste algérien, un pavé de 385 pages, qui nous propose un éclairage perspicace sur cet ancien pourvoyeur en armes de la Révolution algérienne. A plus forte raison lorsque la vie et l'itinéraire de ce militant de la cause nationale étaient enveloppés, jusque-là, dans un mystère des plus opaques et son décès intervenu à la faveur de circonstances outrageusement ténébreuses, dans l'anonymat et l'indifférence totale. Seddik S. Larkeche, l'auteur de cet essai, nous présente Messaoud Zeghar comme un illustre résistant ayant eu l'insigne honneur d'avoir doté l'Algérie combattante de l'un des premiers ateliers de fabrication d'armement au Maroc et sûrement été l'un des plus grands pourvoyeurs d'armes pour la Révolution algérienne. Partisan par trop zélé de la diplomatie parallèle, ce n'est donc pas sans raison s'il deviendra l'ami intime de Houari Boumediene et l'artisan attitré des relations privilégiées entretenues par le défunt président avec le capitalo-impérialisme états-unien. L'ouvrage, curieusement intitulé Messaoud Zeghar l'Iconoclaste algérien, retrace, de l'avis même de son auteur, la véritable vie complexe, passionnante et rocambolesque de ce personnage hors du commun qui a alimenté la chronique internationale par le kidnapping de sa soeur, l'acquisition de fleurons de l'industrie et des services occidentaux, mais aussi la faillite de son empire et sa fin tragique à la fin des années quatre-vingt: «L'énoncé de ce livre se focalise sur la trajectoire de cet homme hors normes avec ses réussites et ses échecs, mettant au centre l'humain et rétablissant les vérités sur son extraordinaire parcours avec des témoignages inédits et des informations jamais révélées.» Pour Seddik S. Larkeche, il a été l'homme le plus riche d'Algérie, parmi les plus puissants durant la période 1965-1978, avant de se faire arrêter, en 1983, sous le règne de Chadli Benjedid: «Trente ans après sa mort obscure en 1987, il continue à alimenter le mystère et suscite toujours autant d'engouement pour les chercheurs sur l'Algérie.» Ce travail aura nécessité presque quatre années d'investigations, suscitant au passage des réactions d'étonnement, voire d'incompréhension: «Pourquoi mettre en lumière ce businessman sulfureux et mystérieux, ce médiateur de l'ombre doté d'un patriotisme authentique?» Contre vents et marées et autant de supputations, l'auteur confie qu'il s'agit simplement pour lui de retracer la trajectoire exceptionnelle de Messaoud Zeghar, avec les contributions les plus significatives pour l'Algérie, sa descente personnelle aux enfers et surtout, parce qu'il lui semble que la mémoire relatée peut réveiller, celle collective en l'occurrence sempiternellement ankylosée. Le livre mérite d'être lu, même si d'aucuns tenteront de vouloir l'instrumentaliser pour régler des comptes, fait remarquer non sans pertinence Seddik S. Larkeche: «Je tiens à préciser que ma démarche est totalement inverse, avec un souci de mémoire, d'apaisement et un regard utile sur l'avenir d'un pays qui se trouve à la croisée des chemins et qui a besoin de repères pour donner du sens à son développement.»