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Retour sur un projet avorté dès son annonce
LECTURE-PLAISIR EN MILIEU SCOLAIRE
Publié dans L'Expression le 20 - 02 - 2016

La promotion de la lecture-plaisir dépasse le cadre scolaire pour embrasser les sphères économique et culturelle
«Une personne qui lit en vaut deux»
Signe de disette: les Algériens n'ont droit qu'à une brève parenthèse animée dans la vie culturelle, avec le Salon international du livre d'Alger (Sila). Moment d'effervescence intellectuelle, mais aussi boulimie d'achats anarchiques chez beaucoup de nos concitoyens.
Avec le temps et l'expérience acquise, ses promoteurs ont fini par hisser cette manifestation culturelle aux premières loges des Salons internationaux dédiés à la nourriture de l'esprit.
Une fois ses lampions éteints, le Sila se démultiplie en quelques salons régionaux. S'ils se substituent au déficit criard en librairies - nombreuses sont celles lancées dans des activités plus lucratives et d'autres, la majorité, ayant changé de vocation - les Salons du livre (l'international et les régionaux) ont le mérite de nous donner à voir et entendre deux types d'Algériens.
Un «homo algérianus», fruit de l'édification culturelle nationale depuis 1962. Un Janus culturel qui voyage dans deux espaces diamétralement opposés! D'un côté, des stands, bien timides par l'affluence, qui proposent la vraie littérature dont le roman. Nous y voyons déambuler les têtes grisonnantes, d'anciennes générations parfois accompagnées par leurs enfants ou petits-enfants en voyage initiatique.
De l'autre, des espaces bondés par des clients de tous âges, jeunes souvent, qui achètent par cartons entiers, des livres religieux, de cuisine, de parascolaire frelatés. Sur les étals de ces éditeurs de souk où la littérature est absente, nous trouvons aussi des manuels de parapsychologie pour l'interprétation des rêves: une nourriture dont sont friands des Algériens en prise avec l'angoisse existentielle.
Il nous faut dire que ce public a été médiatiquement conditionné pour orienter ses neurones vers ce genre d'ouvrages. A la clé de ce conditionnement activé depuis de nombreuses décennies - par l'université, l'école, les médias et les mosquées - les citoyens deviennent orphelins de la lecture-plaisir, celle que l'on savoure pour meubler et son temps et son esprit: le roman, la nouvelle, la poésie, le théâtre, les essais. Cette lecture qui fait rêver et voyager dans le temps et l'espace, à la rencontre d'autres cultures, d'autres civilisations. Cette lecture-plaisir qui bâtit les fondations du vivre ensemble universel.
Normal...
Un tel engouement pour cette littérature bas de gamme relève du 'c'est normal!'', comme disent nos jeunes: l'Algérie ne fait qu'emboiter le pas à ses homologues de la Ligue arabe. En effet, selon les dernières statistiques de l'Unesco(2012), ces ouvrages hors littérature, vendus à la pelle au Sila, trônent au hit - parade de la lecture dans tous les pays arabes. D'ailleurs, en réponse à ces statistiques de l'Unesco, déshonorantes à plus d'un titre, les Emirats arabes unis ont lancé un concours de lecture auprès des élèves des pays arabes.
L'une des responsables de ce grandiose show a récemment séjourné à Alger pour sensibiliser autour de ce projet. S'il est louable dans la forme, ce concours interarabe de lecture ne pose pas moins une question de fond: que font les écoles de ces pays pour promouvoir la lecture-plaisir? Pourquoi la belle littérature ne figure-t-elle pas dans leurs moeurs scolaires et culturelles? La lecture-plaisir et le goût pour la beauté des Belles-Lettres ont-ils besoin d'une compétition entre élèves, entre nations? Parenthèse fermée.
Toutefois, quoique magistralement réussie, la fin de chaque édition du Sila est rythmée par l'éternelle et lancinante question qui hante les esprits: «de quoi demain sera fait»? Et aux optimistes invétérés de répondre: «Il arrivera un jour où nos jeunes baigneront dans la lecture-plaisir, à l'instar de leurs pairs du monde civilisé.»
Un rêve généreux qu'entretiennent les amoureux de littérature, même s'ils le savent difficilement réalisable dans un contexte qui nous pousse au pessimisme. L'expérience vécue est là, têtue, qui confine au pessimisme. Même si une lueur d'espoir pointe à l'horizon en cette année scolaire 2015-16.
Une relance et des espoirs
Ici le rappel d'une opération d'envergure piteusement avortée par des forces d'inertie. En effet, on se rappelle de l'opération dite de «promotion de la lecture-plaisir en milieu scolaire» annoncée tambour battant en 2011, par les ministres de l'Education nationale et de la Culture de l'époque. Une annonce fortement médiatisée en son temps et que notre ami Améziane Ferhani d'El Watan, emporté par l'optimisme ambiant, avait qualifiée «de révolution dans la sphère culturelle algérienne».
Il est vrai qu'il y avait de quoi susciter des espoirs, alimenter des rêves réalistes et afficher des ambitions saines. Ne reste que l'effet d'annonce des journaux et des images de l'Entv.
Un JT de 20h a immortalisé la séance officielle d'installation de la Commission interministérielle en charge de concrétiser ce projet ambitieux.
Qu'a-t-elle réalisé des objectifs fixés? Les deux ministres de l'époque en avaient tracé deux, généreux et stratégiques pour la réhabilitation de la vie culturelle en Algérie. D'abord, l'alimentation des bibliothèques scolaires en ouvrages de littérature avec, en tête d'affiche, le roman algérien publié en arabe, tamazight et français. Ensuite, motiver et former les élèves pour les amener à mordre à pleines dents dans la lecture-plaisir. Qu'est devenu le dispositif pédagogique expérimental conçu pour asseoir cette dynamique? Pourtant, de l'argent, beaucoup d'argent, a été débloqué par l'Etat. Le volet purement commercial a été exécuté avec célérité... mais sans suite.
Quant au dispositif relatif à l'expérimentation pédagogique, il sera purement et simplement évacué. Pourtant, il avait pour finalité de préparer une généralisation-institutionnalisation de la lecture-plaisir dans nos écoles et offrir, ainsi, à nos enfants les moyens culturels et didactiques d'une maîtrise des langues en présence dans le pays. Heureusement que le projet en couveuse artificielle sera réanimé par la suite, quatre ans plus tard. Il était temps!
Dans le sillage de la Conférence nationale d'évaluation de la réforme (Juillet 2015), le MEN a décidé de reprendre en main ce dossier stratégique de «promotion de la lecture-plaisir à l'école». Nos enfants le méritent. Et c'est un droit inaliénable. Le goût à la lecture ne sert-il pas de propulseur au goût d'apprendre, mission sacrée de tout système scolaire digne de ce nom?
De la sorte, l'école fera contrepoids à ce désert culturel qui étend ses dunes asséchantes sur la société algérienne. Dès la rentrée de septembre 2015-2016, une convention est signée entre les deux départements ministériels de Mme Nouria Benghebrit et M.Azzedine Mihoubi pour redonner vie à un projet en souffrance. Le ministre de la Culture s'est engagé à offrir des cartes d'accès gratuites aux bibliothèques relevant de son secteur à tous les élèves scolarisés. Une mesure forte de symboles et qui est voie de concrétisation via la coordination entre les directions de wilaya.
A l'évidence, seules des actions durables sont à même d'asseoir les bases d'un vaste mouvement populaire en faveur de la lecture. La collaboration entre les deux ministères, l'Education nationale et la Culture, pour la promotion de la lecture en milieu scolaire s'inscrit dans une perspective de pérennisation de l'acte de lire - chez l'élève d'abord. Une chose est certaine: la promotion de la lecture-plaisir dépasse le cadre scolaire pour embrasser les sphères économique et culturelle.
Nous y reviendrons dans la prochaine édition sur les impacts de cette opération d'envergure.
TRIBUNE DES PARENTS
De Mme N. B. d'Alger
«Ma fille s'est disputée avec sa camarade...»
«Ma fille est scolarisée dans un lycée d'Alger-Est, en première année Lettres. Avec une de ses camarades elle a eu une dispute, un échange de mots vulgaires. Vous connaissez les rivalités entre filles. La professeure d'histoire-géo a mis ma fille à la porte et lui a déchiré totalement son volumineux cahier d'histoire-géographie. Au retour en salle après le cours, en plus du cahier déchiré, elle ne retrouve pas son manuel. Je me plains auprès de la proviseure. A la fin, cette dernière confirme le bien-fondé de l'action de l'enseignante. Et accentue la punition. Elle a donné un délai de deux jours à ma fille pour recopier l'intégralité du cahier. Une torture qui oblige ma fille à veiller jusqu'aux aurores pour recopier les leçons. Est - ce que ce comportement est digne d'une éducatrice, proviseure ou enseignante?
Réponse: il est une chose horrible qu'un éducateur ne doit pas faire: afficher devant ses élèves son dédain du savoir et de l'éducation. Déchirer un livre ou un cahier est une faute grave. Or, cette professeure d'histoire-géo a commis ce délit. Un délit doublement condamnable et par l'éthique de son noble métier et par la morale la plus élémentaire. Rien ne peut justifier un tel acharnement contre son élève. Il y a des moyens plus éducatifs pour sanctionner un élève - et non le punir par méchanceté. Quant à la proviseure, elle est du même moule que son enseignante. Elle aurait dû s'élever au-dessus des chamailleries et prendre une décision en droite ligne de sa mission qui est de protéger l'enfant ou l'adolescente. Elle a commis deux fautes professionnelles. D'abord, en lui infligeant cette punition de recopier la totalité du cahier et ensuite en cautionnant l'acte répréhensible du cahier déchiré volontairement par l'enseignante. Déposez une plainte auprès de la tutelle et avisez par la suite. Nous sommes à votre écoute.


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