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«Qu'on restaure au moins les maisons historiques»
ALI MEBTOUCHE, PRESIDENT DE LA FONDATION CASBAH
Publié dans L'Expression le 02 - 04 - 2005

«La démarche la plus logique pour célébrer le mois du patrimoine est de mettre des drapeaux noirs autour de la Casbah en signe de désolation...».
L'Expression : Pourriez-vous M. Mebtouche nous présenter la fondation Casbah?
M.Mebtouche Ali:C'est une association qui a été créée en 1991 par un groupe des anciens de Sarouy, une école située à Soustara, à la Casbah. Dans notre statut, nous avons pris en charge la restauration et la réhabilitation de la Casbah mais nous nous sommes rendu compte que nous ne pouvions pas prendre en charge un tel volume de travail, donc on a décidé de créer une fondation.
Quelles sont vos prérogatives et les principaux axes de vos démarches et les actions entreprises jusque-là?
Nos objectifs sont la préservation de la Casbah qui est un site historique. Notre première démarche quand on a mis un peu le nez dans les affaires de la grande ville d'Alger, on s'est rendu compte que la Casbah n'était pas classée monument national, on a donc demandé un rendez-vous auprès du Chef du gouvernement qui nous a confirmé que la Casbah était classée monument national et que cela va être publié dans le Journal Officiel. Cela du temps d'Ahmed Ghozali. Ce qui nous a permis de nous adresser à l'Unesco et participer à l'inscription de la Casbah à Tunis en 1992 comme patrimoine universel. Ceci est la première démarche administrative. Ensuite, nous avons recensé les problèmes de la Casbah, on s'est rendu compte que 90 % des bâtisses de la Casbah sont des propriétés privées. Donc, nous avons créé une association des propriétaires pour la prise en charge de leurs bâtisses. On a élaboré un plan d'actions. On a rencontré le Chef du gouvernement, le ministre de la Culture et nous avons demandé à ce que l'Etat prenne en charge le déplacement de la population de la Casbah pour permettre aux propriétaires de la restaurer.
Où en êtes-vous aujourd'hui?
On a recasé à peu près 700 familles du temps où M.Rahmani était gouverneur d'Alger et au temps de M.Bouziane. Malheureusement, après leur départ, l'opération de transfert des populations a été arrêtée. Je ne sais pour quelle raison... On est, ainsi, restés au stade de 1998.
Quelle est votre actualité en ce moment?
On vient de rendre hommage à El Hadi Flici et rendu visite à un lycée. Nous avons décidé de vulgariser la Casbah auprès des jeunes. On commencera d'abord par rendre visite aux lycéens, ensuite nous allons aux facultés et universités. On voudrait faire connaître la Casbah et sensibiliser les jeunes en pointant du doigt cette désolation. Maintenant, on vient à parler de l'enlèvement de 80.000 mètres cubes de gravats avec 1200 employés qui sont en train de déblayer la Casbah. C'est vrai qu'ils ont enlevé les gravats, supprimé le marché informel, celui aussi du boulevard des Martyrs. Mais nous, on ne se réjouit pas quand une autorité me dit: «j'ai enlevé 80.000 tonnes de gravats de la Casbah. C'est bien, mais ces gravats viennent d'où? On est en train d'enlever les gravats des maisons qui s'écroulent. On ne peut pas s'en réjouir ! C'est comme si on demandait à un type que l'on a amputé de ses deux jambes s'il est heureux ! En plus, on ne fait même pas de la récupération de matériaux ! Il y a un an, nous avons animé une conférence au forum d'El Moudjahid, on avait demandé que si l'Etat était capable de préserver la Casbah et si nous avons échoué dans d'autres missions de restauration des maisons de la Casbah, au moins qu'on restaure les maisons historiques, là où Ali la Pointe est mort, là où Larbi Ben M'hidi a séjourné, là où la Révolution a commencé... Il y a aussi Sidi Abderrahmane... qui est très vénéré par les Algérois. Mais on ne sait plus à quel saint se vouer ! Il y a une compétition entre la wilaya et le ministère du Tourisme. On ne sait plus qui fait quoi.
Qu'avez-vous prévu pour le mois du patrimoine qui débutera en avril prochain?
Nous n'avons rien prévu! Ce qu'il faudrait prévoir pour le mois du patrimoine, c'est de mettre des drapeaux noirs autour de la Casbah. C'est tout. C'est une démarche logique. Vous savez, le 23 février dernier nous avons célébré la Journée de la Casbah. On a fait une réunion au forum d'El Moudjahid, normalement 10 ans après avec une activité dense, une prise en charge de l'Etat et une volonté politique, nous aurions dû inaugurer le 22 février un quartier, un îlot... On ne fait que ramasser les gravats ! Il n'y a pas si longtemps, deux ou trois maisons viennent de s'écrouler. Que faut-il faire? Il faut applaudir quand les maisons tombent?
Je crois savoir qu'il y a d'autres associations pour la sauvegarde de la Casbah. Est-ce que vous vous réunissez afin de mettre en place une action commune?
Elles existent mais nous n'avons pas les mêmes vocations. La composante de la fondation est très intéressante, très intelligente, elle fait la chose avec beaucoup de lucidité. Nous, nous ne voulons pas faire de la Casbah un fonds de commerce et créer un problème politique. D'ailleurs, aucun d'entre nous ne veut être ministre ou commissaire. Nous, on veut sauver la Casbah, pas la gérer. Donc, nous n'avons pas du tout la même vision que certaines associations. Il y a des associations de locataires, on appelle cela «des comités de quartier» mais qui ont la prétention de faire entendre leurs voix pour avoir des logements. Nous n'avons pas la même approche.
Comment travaillez-vous sans argent?
C'est l'amour de la Casbah qui me motive. On n'est pas salariés. Nous sommes des bénévoles. Et contrairement à ce qu'on dit, l'Unesco ne nous a jamais payé, ne nous a jamais donné de l'argent ! Nous ne sommes pas demandeurs d'argent et on ne demande de l'argent à personne. Nos démarches sont minimes. Elles sont financées par nos cotisations. Nous n'avons pas la vocation de restaurer la Casbah. Nous sommes une force de prise de position ! A ne pas confondre.


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