Raqqa sous les bombes de la coalition internationale Des 300 000 habitants que comptait la ville en 2016, malgré la présence menaçante de Daesh, il ne reste plus que 50 000 environ, car au premier exode de 80 000 d'entre eux, début octobre 2016, sont venus s'ajouter 169 000 autres durant les seuls mois d'avril et mai derniers... La Commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie s'est inquiétée hier des conséquences des bombardements sur la population au point d'exprimer haut et fort sa «grave préoccupation» face au nombre croissant de civils tués depuis le lancement en octobre dernier de l'offensive des FDS sur Raqqa, fief de Daesh. Elle a ainsi appelé à «protéger davantage» cette population prise en otage par les différentes parties en conflit dans cette région. «Dans les zones contrôlées par des factions extrémistes, nous sommes gravement préoccupés par le nombre croissant de civils qui périssent lors des attaques aériennes», a notamment déclaré le président de la Commission, Paulo Pinheiro. «Nous notons en particulier que l'intensification des frappes aériennes, qui ont préparé le terrain pour l'offensive des Forces démocratiques syriennes», une alliance arabo-kurde appuyée par les Etats-Unis pour arracher Raqqa à Daesh, «a entraîné non seulement un nombre effrayant de pertes de vies de civils, mais a également conduit 160 000 civils à fuir». «L'impératif de lutter contre le terrorisme ne doit (...) pas être entrepris au détriment des civils qui se trouvent involontairement dans les régions où se trouve l'EI», a encore relevé M. Pineiro. Créée en août 2011, au moment où florissait le Printemps arabe généreusement financé par certains pays du Golfe, la Commission d'enquête indépendante de l'ONU s'est consacré au drame syrien. Présidée par le Brésilien Paulo Pinheiro, elle a déjà rendu plusieurs rapports. Intervenant devant le Conseil de sécurité de l'Onu mercredi dernier, M.Pinheiro a également souligné que les «accords d'évacuation» en Syrie «soulèvent aussi des préoccupations et dans certains cas pourraient représenter des crimes de guerre». Plusieurs opérations d'évacuation ont été organisées notamment au cours des derniers mois pour des bastions rebelles asphyxiés par un long siège, le régime misant sur ce qu'il appelle des accords de «réconciliation locale» pour faire plier les insurgés en extirpant les factions terroristes. Dans un autre registre, l'ONG Human Rights Watch a exhorté hier la coalition internationale conduite par Washington d'épargner à la population civile des effets du phosphore blanc qu'elle utilise à profusion. «Peu importe comment il est utilisé, le phosphore blanc présente un risque élevé d'effets néfastes et durables sur les villes densément peuplées», a souligné un responsable de l'ONG. Sans aller jusqu'à condamner l'usage de cet élément chimique, il interpelle sur son utilisation massive dont les conséquences sur la population civile peuvent s'avérer à terme dramatiques. Le phosphore blanc sert à tracer un champ de bataille ou à instaurer un écran de fumée propise aux infiltrations des combattants mais il est aussi utilisé comme une arme incendiaire redoutable. A Raqqa, cet usage a été aussi fréquent qu'à Mossoul mais le porte- parole de la coalition, le colonel américain Ryan Dillon, a balayé d'un revers de main toute discussion sur «les détails de l'utilisation de nos munitions ou de nos capacités (militaires)», ajoutant que ce phosphore est légitimé par «le droit de la guerre» et que la coalition prend en considération les risques qu'il induit pour les civils et pour les infrastructures. Voici quatre jours à peine, l'Observatoire syrien des droits de l'homme (Osdh) a constaté la mort de 23 civils, tués le 8 juin à Raqqa par du phosphore blanc propagé par des avions de la coalition tandis que pour HRW ce sont plutôt des projectiles dus à des tirs d'artillerie qui en sont la cause. Il est clair que toutes les ONG présentes sur le terrain font face à une multitude de problèmes depuis l'intensification des combats pour la reprise de Raqqa malgré une résistance désespérée de Daesh. Outre les difficultés d'approvisionnement et le manque crucial de soins, la majorité des hôpitaux étant soit détruits soit minés, les dizaines de milliers de familles qui ont fui la ville avant l'assaut d'octobre dernier sont rejoints par plusieurs autres milliers de réfugiés qui craignent d'être pris en étau par les FDS et Daesh. Ce qui influe lourdement sur les capacités d'accueil dans les camps de réfugiés où l'aide humanitaire parvient au compte-gouttes compte tenu du caractère désertique de la région, de surcroît coupée du reste du territoire syrien ainsi que des pays voisins que sont l'Irak où sévit encore Daesh et la Turquie. Celle-ci a d'ailleurs verrouillé sa frontière, considérant que les FDS kurdes sont des terroristes au même titre que les militants du PKK. Des 300 000 habitants que comptait la ville en 2016, malgré la présence menaçante de Daesh, il ne reste plus que 50 000 environ, car au premier exode de 80 000 début octobre dernier sont venus s'ajouter 169 000 autres durant les seuls mois d'avril et mai derniers! L'ONU intervient pour aider ces populations en détresse, avec l'autorisation du régime du président Bachar al Assad, mais dans les camps où les places sont terriblement insuffisantes, la situation est de plus en plus tragique...