Une sentence qui ne fera que conforter Alger dans sa position. Les parlementaires arabes ayant pris part à la 46ème session de l'UPA qui s'est clôturée, mardi soir, au Palais des nations ont dénoncé la loi française du 23 février «glorifiant le colonialisme». Ainsi, Paris semble être sur le fil du rasoir après les dénonciations des parlementaires arabes. Cette résolution a constitué la surprise de la rencontre, puisque cette question n'a à aucun moment, été évoquée par les différents intervenants lors des travaux des parlementaires de l'UPA. Une sentence qui, le moins qu'on puisse dire, ne fera que conforter Alger dans sa position vis-à-vis du texte voté par l'Assemblée française, lequel continue à susciter de vives réactions non seulement en Algérie mais également dans l'ensemble des pays arabes. Nombre de ces derniers, faut-il le souligner, ont subi le colonialisme français. Même si les parlementaires se sont gardés d'afficher la couleur en public, la loi française sur les rapatriés a constitué un sujet de discussion lors des travaux des commissions, notamment celle chargée des affaires politiques de l'Union parlementaire arabe qui a appelé à retirer l'article 4 de la loi en question. Celui-ci, pour rappel, qualifie le colonialisme de «fait civilisationnel». Faut-il rappeler aussi, suivant le même sillage, que le président de la République en personne a affirmé, en réaction à ce texte, que «nous devons être vigilants à l'égard de ces lois qui sont loin d'être innocentes». Il s'est, rappelons-le, insurgé contre le fait qu'un parlement «puisse glorifier une période coloniale coupable de massacres contre un peuple entier, et prétendre que cette présence a rendu service aux peuples colonisés». Les participants à la 46ème session de l'Union parlementaire arabe ont exprimé ainsi leur inquiétude par rapport à la «réhabilitation inacceptable du colonialisme». M.Abdelaziz Belkhadem, ministre d'Etat, et représentant personnel du président de la République et qui a pris part à la cérémonie d'ouverture de l'UPA a laissé entendre de son côté que la falsification de l'Histoire ne peut être cautionnée par l'Algérie. La France isolée Et d'ajouter, sur un ton ferme, que la France officielle et le peuple français doivent se démarquer de cette loi. Face à l'indignation et aux dénonciations exprimées de part et d'autre, le Parlement de l'Hexagone se rétractera-t-il ? La France est appelée à revoir sa copie au risque de compromettre le traité d'amitié devant être paraphé d'ici à la fin de l'année en cours. A ce sujet, le chef de l'Etat a déclaré: «Il est nécessaire de réaffirmer que si notre pays est prêt à signer avec l´Etat français un traité de paix et d´amitié sur la base de l´égalité des nations et de la complémentarité de nos intérêts, il ne saurait en aucun cas cautionner, même par son silence, une prétendue mission civilisatrice du colonialisme qui reste pour nous et pour tous les peuples colonisés de la planète, l´un des plus grands crimes contre l'humanité que l´histoire ait connus». Il faut dire que depuis le vote par le Parlement français de la loi en question, le 23 février de l'année en cours, un froid s'est installé entre les deux pays, au plan politique. La décision de l'Union parlementaire arabe allant dans le sens de dénoncer la loi française sur les rapatriés, rejoint ainsi la cause algérienne défendue à cor et à cri par le président et les deux chambres du Parlement. L'Hexagone a évité de justesse un autre «dérapage» qui consistait à blanchir l'OAS. D'autres voix s'élèvent, à l'instar de l'Association française «france-algerie» et le Mouvement pour l'amitié et contre le racisme (Mrap), dénonçant les tentatives visant le blanchiment du passé colonial et les qualifiant «d'injure à l'amitié franco-algérienne». Le GM-O, une supercherie US Par ailleurs, le conseil de l'Union parlementaire arabe, dans son communiqué final, a rejeté en bloc le projet du Grand Moyen-Orient dont «l'administration américaine fait la promotion», le qualifiant de «tentative dévoilée visant à effacer l'identité arabe et musulmane dans la région et à y intégrer Israël». Il faut dire que l'instauration de régimes démocratiques dans les pays arabes constitue le grand objectif escompté à travers la mise en marche du projet dit du Grand Moyen-Orient (GMO). La commission des affaires politiques de l'UPA, issue de la 46e session de son conseil, a appelé à la poursuite du processus de modernisation et de développement dans le monde arabe, de manière à garantir l'exercice de la démocratie et l'élargissement de la participation politique. En guise de réponse à l'initiative de la Maison-Blanche portant projet du Grand Moyen-Orient, le conseil de l'Upa précise que le processus de réforme, de développement et de modernisation, relève des affaires internes décidées par la volonté des peuples et en fonction de leurs intérêts, appelant les gouvernements arabes à initier ce processus de réformes, le plus tôt possible, en tenant compte des spécificités de chaque pays. La déclaration finale de l'UPA a réitéré la position traditionnelle des pays arabes par rapport à la question palestinienne, le soutien au peuple irakien, la stabilité du Soudan, la résistance du peuple libanais et la souveraineté de la Syrie. Quant au terrorisme, les parlementaires ont souligné les positions de l'UPA, inscrites au titre des décisions issues de ses assises et réunions, lesquelles préconisent la tenue d'un congrès international sous l'égide des Nations unies en vue d'aboutir à une définition du terrorisme et de s'accorder sur les différentes formes de coopération entre les Etats pour lutter contre ce fléau.