«C'est une journée fériée. Les gens se désintéressent d'autant que les prochains élus n'auront à occuper leur poste que pendant 18 mois.» Quatre vingt-dix, cent kilomètres... quelques brins de poussière, et la ville de Tizi Ouzou nous accueille. Il était 9h20 lorsque nous nous apprêtions à franchir les portes de la ville des Genêts, en cette journée du 24 novembre 2005. Le coeur de la Kabylie est au rendez-vous avec les élections partielles APC/APW. Climatiquement, l'accueil est des plus froid. De loin, Tizi Ouzou nous paraissait couverte d'un manteau de grisaille. Comme si le ciel allait lui tomber dessus. A mesure que nous avançons, l'air devient de plus en plus glacial. On a beau fermer les vitres de la voiture, on a beau allumer le chauffage, en vain. Le froid semble briser toutes les digues. Tizi, donc, nous ouvre ses bras comme une mère pauvre, démunie qui n'a plus rien à donner. Les ruelles sont désertes. Les commerces ont baissé rideau. Le chef-lieu de wilaya ressemble de près à une cité aux derniers instants du couvre-feu. On fait encore quelques pas, enfin on repère un taxiphone ouvert, un magasin, puis un café, situé dans la petite ruelle, derrière le bâtiment Bleu. On y entre. Les effluves de café chatouillent les narines. Le serveur, après avoir disserté sur le «sale temps qu'il fait», revient sur les élections: «C'est une journée fériée. Les gens se désintéressent d'autant que les prochains élus n'auront à occuper leurs postes que pendant 18 mois.» Le serveur, la trentaine, maigrichon, visage couvert d'une barbe de quelques jours poursuit: «les gens ne font plus confiance aux partis. Finies ces années où on croyait que tel ou tel personne allait faire le bonheur des citoyens. Tous, autant qu'ils sont, sont des corrompus, corrupteurs, affairistes et menteurs...» On sort du café, laissant le serveur ruminer sa rage inextinguible. Direction le siège de la wilaya où un centre de presse est mis à la disposition des journalistes. Il pleut des cordes. Nous hélons un taxi qui nous dépose devant l'entrée secondaire de la wilaya. On rencontre le chef du bureau du journal à Tizi Ouzou. On fait le briefing. Nous quittons tout de suite la ville des Genêts pour la daïra d'Azazga, qui se trouve à 36 kilomètres à l'est du chef-lieu de la wilaya. Quarante minutes plus tard, nous y arrivons. La brigade de la gendarmerie incendiée lors des événements du Printemps noir nous accueille. Les ruelles sont désertes. «C'est un non-événement», remarque avec indifférence, un jeune âgé à peine de 25 ans. Cette daïra compte les 5 communes réunies, 39.230 électeurs, 70 candidats, 50 centres et 77 bureaux de vote. Nous arrivons devant le siège de l'APC, on tourne à gauche. A quelques mètres du tournant, c'est le bureau du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie) incendié le lundi 22 du mois courant. Du siège de ce parti, il ne reste que des cendres. Le feu a tout calciné. Les murs sont couverts de suie. A la porte d'entrée du bureau, une tente est dressée. Le président du Conseil communal, M.Arhab Ahmed nous indique que les deux auteurs de «ce crime odieux ont été arrêtés. Nous n'avons accusé personne», a-t-il indiqué avant de poursuivre: «Nous, au sein du RCD, avons toujours appelé à l'union et à la solidarité entre les partis démocrates.» A la veille des élections, les responsables de ce parti ont appelé à une marche pour dénoncer ce délit «qui a visé le RCD». Nous poursuivons notre périple vers le centre de vote Zaïdet-Ahmed, où quatre bureau sont aménagés à l'occasion. Il est 12h30. Le taux de participation a à peine dépassé le cap des 11%. Des 656 inscrits, il n'y a eu que 77 votants, en majorité des personnes du troisième âge. «Peut-être cela est dû au match que devra disputer la JSK avec le club de Chlef qui a retenu les jeunes», fait remarquer un jeune. L'affluence est très timide. A cet instant quatre vieilles rentrent dans le bureau n°6. Le responsable tente de leur expliquer la procédure. Impossible. Elles allaient rebrousser chemin n'était-ce une autre femme, d'un certain niveau d'instruction, qui les a aidées à voter. Je ne sais pas comment choisir. Il est 15h30. Nous entamons la descente vers Tizi, avec cette impression d'être poursuivis par le froid qui cingle sur nos figures. Les montagnes sont couvertes de neige, le spectacle est captivant...