Comment se déroule la campagne de vaccination contre la Covid-19 en Algérie? Sommes -nous face à un coup de «Com'»? Dix jours après son début, les stocks ont-ils déjà été épuisés? Autant de questions que se posent les Algériens. Surtout avec les informations contradictoires et les «fake news» qui circulent sur les réseaux sociaux. Nous avons alors décidé de faire un petit tour dans quelques centres de vaccination de la capitale pour constater de nous-mêmes le déroulement de l'opération. Nous nous rendons à l'hôpital de Rouiba. Nous nous sommes alors fait passer pour un citoyen voulant faire vacciner ses parents, âgés et souffrant de maladies chroniques. Première surprise, pour le moment, il n'est pas possible de le faire pour un citoyen lambda! Chose que beaucoup de citoyens ne savaient pas. Les citoyens peuvent s'inscrire Les médecins qui nous ont accueillis nous expliquent que, comme cela se fait partout dans le monde entier, la priorité est pour le personnel hospitalier. «Nous sommes encore dans la première phase de l'opération qui ne concerne que les mem-bres du staff médical», souligne-t-il très clairement. Mais il fait savoir que dans les établissements de proximité de santé publique (Epsp), il est possible de s'inscrire pour faire partie des premiers qui auront droit à ce fameux antidote. «Sur place, vous présentez vos papiers d'identité et vous laissez votre numéro de téléphone, ils vous appelleront dès que la seconde phase, c'est-à-dire celle ouverte au grand public, débutera», précise-t-il non sans affirmer qu'il restait à notre service pour plus d'informations. On le remercie pour son attention en faisant mine de quitter l'EPH de Rouiba. Néanmoins, on décide de rester pour voir comment se déroule en vraie cette opération de vaccination. On s'approche discrètement du bloc qui a été réservé pour la circonstance. Après des va-et-vient, on tombe sur une blouse blanche sortie de ce «bunker». On s'approche d'elle en s'excusant de la déranger avant de lui dire que l'on était curieux de savoir comment se passait l'opération. Très en forme, elle avoue que cela faisait moins d'une heure qu'elle avait eu sa «dose» de Spoutnik V. Celle qui révèle, par la suite, qu'elle est médecin, témoigne d'une organisation parfaite qui permet une vaccination rapide et sans risque. «À l'intérieur, il y a trois salles avec trois rôles différents», assure-t-elle. «La première est la salle d'inscription afin de prendre rendez-vous et savoir si on était éligible pour cette première phase de vaccination», indique-t-elle. Une fois le rendez-vous pris, les personnes concernées se rendent, quelques jours plus tard, dans la seconde salle. «C'est ici que le vaccin est administré. C'est comme n'importe quel autre vaccin. Il est indolore», fait-elle savoir révélant, néanmoins, qu'en amont il y a une phase de décongélation du vaccin. «Il est décongelé une demi-heure avant qu'il ne soit administré et peut l'être jusqu'à 2 h après sa décongélation», rétorque-t-elle. Une fois la personne vaccinée, elle est invitée à s'installer dans le box de repos et de surveillance. C'est la fameuse troisième salle. «On reste en observation pendant au moins une demi -heure pour constater s'il n'y a pas d'effets secondaires ou autres rejets du corps», explique-t-elle en attestant que plusieurs médecins étaient présents dans cette salle pour intervenir très rapidement en cas de soucis. L'engouement et le nombre de doses... «À Rouiba, ils ont même prévu un médecin réanimateur», indique-t-elle très fièrement. «Me voilà devant vous en super forme», soutient-elle en révélant que près de 80 de ses collègues s'étaient déjà fait vacciner sans qu'ils ne connaissent aucun effet secondaire. «Aucun problème n'a été signalé jusque-là», certifie avec beaucoup de soulagement ce médecin. Elle nous rassure donc sur cette vaccination, qu'elle qualifie, de «simple et sans danger». Surtout qu'elle assure que tous les moyens ont été mis en place par la direction de l'hôpital pour que cela se fasse sans encombre. Elle salue au passage, ceux qui se sont occupés de l'organisation, particulièrement le service de médecine du travail. «Ils ont fait preuve d'un professionnalisme et d'une organisation parfaite. Ce qui a permis à ce que cette vaccination ne soit qu'une simple formalité», se réjouit-elle se disant très confiante de la suite du déroulé, notamment au moment où cela se fera sur une plus grande échelle. Après les assurances de ce médecin, on sort très confiant de cet établissement où les choses semblent se dérouler comme une lettre à la poste. On décide de faire un tour dans plusieurs autres hôpitaux et polycliniques du Grand Alger. Les choses sont plus ou moins bien qu'à Rouiba. Néanmoins, certains médecins, qui ont requis l'anonymat, se plaignent du nombre de doses qui leur ont été fournies. «Il s'agit en moyenne de 100 doses pour les grands hôpitaux et entre 25 et 50 pour les petits et les établissements de proximité», révèlent-ils. «Cela reste insuffisant car la demande est forte. Elle est même plus forte que ce que l'on imaginait», ajoutent-ils en se réjouissant, cependant, de cet engouement qui montre l'échec des desseins des «anti-vaccins». Les mêmes praticiens de la santé se mon-trent aussi optimistes sur l'arrivée très rapide d'autres doses du vaccin. «Ceux d'AstraZeneca commencent à peine à être distribués ce qui devrait permettre de diminuer la pression», estime-t-il en précisant que pour le moment il n'y avait que cinq personnes vaccinées par jour dans chaque centre de vaccination. Certes, ça reste très peu mais cela est appelé à augmenter rapidement. Comme le résume très bien un médecin rencontré durant ce reportage: «Ce commencement est en réussite car il permet de mettre en confiance la population pour les bases de ce grand défi.» La vaccination n'a donc pas démarré sur les chapeaux de roue mais cela semble un bon début. En attendant que les choses sérieuses commencent par l'arrivée des millions de doses attendues...