Il semble que la brouille politico-historique ne soit pas un facteur de paralysie au plan économique. A la veille de la visite d'une délégation du Medef international en Algérie, les officiels français continuent à commenter les déclarations du chef de l'Etat sur le génocide identitaire de la France coloniale. Ainsi, après les sorties politico-médiatiques de M.Jean-Louis Debré, président du Parlement français et son ministre des Affaires étrangères, M.Douste-Blazy, reprochant au président de la République sa condamnation du fait colonial, c'est au tour de Catherine Colonna, ministre française chargée des Affaires européennes d'abonder dans le même sens. Lors de son intervention, jeudi dernier, sur les ondes de la radio RTL, Mme Colonna est revenue sur les déclarations de M.Bouteflika à partir de Constantine. A ce sujet, Mme Colonna notera au cours de son intervention qu' «il faut faire attention aux mots qui blessent» et ce, avant d'ajouter que «les mots peuvent blesser dans un sens comme dans l'autre. C'est la raison pour laquelle il faut être très attentif aux mots que l'on choisit quand on se parle, surtout entre amis». La ministre française déléguée aux Affaires européennes fera également part de son souhait de voir les relations algéro-françaises «guidées» par une vision commune de l'avenir. «Nos relations, elles ont eu une histoire qui fut complexe, elles ont un présent, mais elles ont surtout un avenir, c'est ça qui doit être notre guide». Interrogée sur une récente déclaration du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy appelant «ceux qui n'aiment pas la France à ne pas se gêner pour la quitter», Mme Colonna a eu cette réponse: «Je ne dirai pas comme lui, car chacun d'entre nous a son style». D'après elle, «la France est une société fragile qui a un immense besoin de repères de fraternité», a-t-elle estimé avant de conclure que «la querelle des mots n'est pas utile. Elle a même un aspect anachronique car elle ne correspond pas à l'état de nos relations». Par ailleurs, et si les rapports entre Alger et Paris semblent de nature à prendre une dimension plutôt «passionnelle» dès qu'il s'agit de revisiter l'histoire, cela n'empêche guère les opérateurs économiques français de s'intéresser à l'Algérie en quête d'opportunités économiques. Et comme preuve, rappelant qu'une délégation conduite par M.François Perigot en sa qualité de président d'honneur du Medef et président de l'Organisation internationale des employeurs (OIE), est attendue à Alger pour une visite de deux jours à partir du 2 mai prochain.Contrairement à la sphère politique, très divisée sur l'attitude à tenir sur la question du devoir de mémoire, la classe d'affaires française, encouragée par le récent classement de l'Algérie par la Coface, accorde un grand intérêt au marché algérien. Aussi, il semble que la brouille politico-historique ne soit pas un facteur de paralysie au plan économique. Cela dit, les observateurs de la scène algéro-française, préfèrent rester prudents du fait que le discours des hommes d'affaires français n'a pas été suivi d'effet sur le terrain.