Pendant que le Haut Conseil d'Etat, basé à Tripoli, et la Chambre des représentants, siégeant à Benghazi, multiplient les annonces contradictoires sur une «prochaine adoption» de la base constitutionnelle nécessaire à la tenue des élections, le maréchal Khalifa Haftar, «homme fort de l'Est» selon les médias occidentaux, a d'autres soucis en tête. Vendredi dernier, il a été reconnu coupable de crimes de guerre contre des civils par un tribunal de Virginie, aux Etats-Unis, en référence à l'attaque par ses milices épaulées par des mercenaires lors du célèbre siège de la ville de Ganfouda qui s'est soldé par d'effroyables massacres au cours de l'offensive contre Tripoli. Le Chef de l'autoproclamée armée nationale libyenne (ANL) a été jugé en sa qualité de citoyen américain et les familles des victimes ont agi au nom d'une loi américaine de 1991, le «Torture Victim Protection Act» qui ouvre à toute personne les poursuites au civil contre les auteurs au profit d'une nation étrangère d' actes de torture et/ou d' exécutions extrajudiciaires. L'affaire introduite début 2021 avait été gelée par la justice américaine afin de ne pas influer sur les élections libyennes prévues le 24 décembre de la même année mais au lendemain de l'annulation des scrutins l'instruction a suivi son cours. Haftar avait tenté, rappelons-le, de contrecarrer la procédure en invoquant son «immunité» en tant que «chef de l'Etat» libyen! Le tribunal statuera au cours d'une prochaine audience consacrée à la demande des plaignants qui réclament pas moins de 50 millions de dollars. Les recettes pétrolières provenant des exportations de l'ADNOC, la compagnie nationale du pétrole, sont gérées par la Banque centrale libyenne basée à Tripoli. Dotée des réserves les plus fortes du continent africain, la Libye est en proie à des divisions et des rivalités permanentes entre l'Est et l'Ouest sur l'usage de ces recettes. Le 3 juillet dernier, le maréchal Haftar vient d'annoncer la mise en place d'une Haute commission chargée de veiller à une répartition équitable des revenus de l'or noir. À la faveur d'un breefing devant son état-major au QG de Rajma, à 25 km de Benghazi, il a même fixé «un délai jusqu'à fin août pour que cette commission complète sa mission», laissant entendre qu'en cas d'échec, il fermerait à nouveau les puits de pétrole.»Les Forces armées seront prêtes à répondre aux instructions le moment venu» a-t-il déclaré dans un discours retransmis par la chaîne Libya al-Hadeth. Quelques jours auparavant, l'ambassadeur des Etats-Unis en Libye, Richard Norland, avait exhorté «les acteurs libyens à renoncer aux menaces de blocage» des champs pétroliers mais il semble que cette intervention a fortement déplu au maréchal Haftar qui y voit non seulement «une ingérence dans les affaires internes» de la Libye mais aussi «une insulte» envers ses dirigeants. Tout porte donc à croire que la menace d'un blocage des champs pétroliers pèse réellement sur le sort du peuple libyen depuis fort longtemps confronté à une crise socio-économique et sécuritaire entretenue.