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La fureur de vivre
ILS SONT JEUNES ET VIOLENTS
Publié dans L'Expression le 09 - 08 - 2007

La violence est-elle innée chez l'Algérien? La question qui mérite d'être sérieusement posée par chacun de nous, en posant sur soi un regard sans complaisance, semble trouver, pas seulement une réponse, mais des réponses. Elle est terrible cette réponse, quand on veut bien la voir et l'analyser. Incursion rapide dans le monde de la violence, de l'angoisse et de la peur.
Il est difficile de supporter cette vision d'une mère berçant son enfant, et dans ce trop-plein d'amour, lui susurrant à l'oreille: «Je vais te mordre, je vais te tuer ou encore je vais t'égorger!» Ces mots, aussi violents que possible, et que l'on ne s'effraie surtout pas, procèdent, semble-t-il, d'un excès d'amour, alors que la traduction courante signifie violence et volonté de nuire. Plus tard quand l'enfant grandit, le père, généralement, «corrige» son rejeton à la moindre incartade avec force gifles, et souvent même avec des coups encore plus violents. Il semble que cela soit naturel. Il faut bien que l'on «éduque son enfant!» A l'école, les «affaires de l'enfant» ne s'arrangent nullement, bien au contraire.
Le maître d'école semble ne pouvoir «travailler» qu'avec des châtiments corporels, bien que les textes de loi soient là pour interdire ce genre de punition, offrant aux instituteurs une panoplie d'interventions éducatives. Mais le père, et souvent même la mère, intervient auprès des maîtres d'école pour leur demander de corriger l'enfant: «Faites de lui ce que vous voulez!» Jusque dans ses jeux, l'enfant, chez nous, est confronté, pratiquement, partout à la violence. Les bagarres entre copains, les taloches distribuées souvent à tort et à travers par les «adultes» pour corriger l'enfant, la double «peine» pour tout-petit fautif.
Passe encore, si dans le cercle de la famille, l'on prenait la précaution de faire une petite place pour l'enfant, hélas! Quand les adultes parlent, on ne permet pas à l'enfant d'intervenir, il n'a que le droit d'écouter bouche cousue ce que des adultes marmonnent ou crient entre eux. Encore heureux si l'enfant n'assiste pas à de violentes disputes et des déchirures au sein de la famille.
Le jeune adulte et la violence
Les activités ludiques de l'enfant sont réduites au minimum vital, encore que jouer est mal vu par les adultes qui n'ont plus aucune souvenance de leur enfance. Bref, l'enfant est, chez nous, un véritable martyr coincé entre des parents souvent violents, car n'ayant, eux-mêmes, connu que la violence et une société qui ne tient guère compte des premiers âges.
Là, ne s'arrêtent pas les affres de la jeunesse, mais on dirait que ce qui s'était déroulé jusqu'ici n'était que jeu, et les choses sérieuses ne font que commencer avec l'entrée du jeune homme dans la vie sociale.
Le jeune homme qui s'apprête à entrer dans la vie sociale commence par s'imprégner de violence avant de devenir, lui-même, la reproduction du schéma original, et le cycle recommence. A son entrée dans le monde adulte, le jeune homme, qui a connu des vertes et des pas mûres, surtout en milieu rural et conservateur, va devoir affronter d'autres types de violence. Après les études secondaires ou, dans le meilleur des cas, supérieures, le voici à la recherche d'un emploi. Un emploi qu'il lui faut d'abord trouver, et cela est loin d'être une sinécure. Un emploi, de nos jours, ne se trouve pas comme ça.
Chez le privé, il faut jouer de «connaissances» ou alors être un véritable cador dans sa branche. Le public n'embauchant plus, ou presque plus. Quand on entre dans une entreprise privée, c'est un véritable parcours du combattant et l'épée de Damoclès est toujours suspendue au-dessus de la tête du travailleur.
Non seulement, on doit faire son travail, mais aussi plaire au patron, et ce dernier vous traite, souvent, comme un moins que rien. Taillable, corvéable et licenciable à l'envi. Souvent, le patron vous demande de faire autre chose que ce pour quoi il vous a embauché, et si vous n'exécutez pas, la porte est ouverte. Passe encore pour un travailleur âgé qui, du haut de ses années d'expérience, sourit devant pareils comportements, mais pour un jeune, c'est révoltant. Pareille violence est aussi intériorisée, et en sus, aucun secours ni recours ne semble exister devant ce genre de dépassements.
Dans la quotidienneté, ces comportements appellent des réactions, et, souvent, les jeunes deviennent violents face à ces problèmes. Les cas de dépassements sont nombreux et variés, ils vont de l'attitude des nouveaux riches, mégalomanes et méprisants envers les autres, à ces fonctionnaires des administrations, pourtant publiques, qui s'échinent à vous poser des problèmes souvent insurmontables. Cela va de l'employé de l'APC, qui vous en fait «baver» pour le plus simple des actes d'état civil, au responsable des entreprises d'Etat, qui vous regarde de haut comme s'il était payé pour rendre la vie difficile aux citoyens.
Un exemple, dans une entreprise d'Etat revendant tel ou tel objet, donc ne produisant, en fait, rien du tout et faisant ce que le commerçant du coin fait mieux et plus rapidement que toute l'entreprise, le client se doit, avant d'être servi, faire plein de courbettes ou alors connaître telle ou telle personnalité.
Ce manque de considération ajouté aux diverses marques de mépris de parvenus ont fait que notre jeunesse, abreuvée de violences, a versé pratiquement toute dans l'excès. Les brutalités, les cruautés et autres «douceurs» étant servies à tout moment et à tous suffisent à expliquer pourquoi les jeunes sont acariâtres, brutaux et souvent même taciturnes et violents.
En sus de ces tracas, il faut peut-être ajouter cette période de violence terroriste que les jeunes, tout comme les autres générations et peut-être un peu plus que les autres, ont subi dans leur âme et leurs corps les affres du terrorisme. Durant la tragédie nationale, les jeunes ont eu à vivre, pour certains, à voir, et pour d'autres à entendre les horreurs de la violence. Ayant grandi dans la violence, les jeunes gens ont eu à se colleter avec elle durant une bonne partie de leur jeunesse.
Le cas de la Kabylie
La jeunesse de Kabylie, confrontée au chômage et aux problèmes vécus par les autres, à travers le territoire national, ont eu à vivre, outre les affres du terrorisme, les comportements navrants et imbéciles de certains gestionnaires et aussi de ces fonctionnaires qui, une fois munis d'un petit pouvoir, se sentent pousser des ailes et regardent les autres, tous les autres, de haut. Le mépris est leur conduite.
En Kabylie, il y a eu, en sus, une période des plus difficiles avec le Printemps noir. Les jeunes, déjà bien en colère contre la vie, les autorités et tout le monde en fait, s'en étaient donné à coeur joie, déversant leur ire sur tout et tous. La wilaya, et plus particulièrement le chef-lieu, est devenu une arène où s'exprimaient la colère, la haine de soi et des autres et aussi le ras-le-bol général. On a pu lire une banderole dure, très dure proclamant: «On est déjà morts, vous ne pouvez plus nous tuer!» Des jeunes ont, alors, affronté à mains nues et les gendarmes et la police. Depuis, d'ailleurs, ce temps-là, les jeunes font fi de toute autorité.
Aujourd'hui, les jeunes gens sont de véritables concentrés de violence, pour un regard de trop, pour une parole de travers ou encore un geste inconsidéré, c'est le clash. Sans compter que la drogue fait des siennes, les jeunes, chômage aidant, s'adonnent, comme une sorte de fuite en avant, à la consommation de stupéfiants et de drogue. La condition sociale devient de plus en plus difficile, et on murmure que des parents se font battre par leurs enfants, devenus des sortes de zombies. Sans argent, sans travail et donc sans avenir, encore moins de logement, ils sont là à attendre soit un éventuel moyen de grignoter quelque argent par un travail au noir, selon les circonstances, ou alors une éventuelle possibilité dans la harga. Ils sont de plus en plus nombreux, ces jeunes qui tentent le coup de la traversée, ils se rendent soit à Annaba, soit à Oran, contactent des filières, et au bout de quelque temps, ils sont sur de frêles esquifs tentant la traversée de la Méditerranée. Confiant leurs vies au hasard, ces jeunes vous expliquent leur décision de partir vers une mort quasi certaine: «Pourquoi rester quand le moindre droit vous est dénié?»
Le pays est jeune, mais il est en train de se vider à la vitesse grand V et personne ne semble en mesure de faire quelque chose, et l'Etat seul ne saurait répondre à tout. On s'est approché d'un groupe de jeunes gens, auxquels nous avons demandé comment faire pour stopper cette hémorragie. Et le groupe de répondre posément: «Il faut que votre génération disparaisse, là seulement, nous, les jeunes, pourrons alors reconstruire ce pays. Dans ce rêve, il n'y aura plus de chômage, les gens auront tous leur logement et chacun aura un travail, les services publics le seront effectivement, et alors il fera bon vivre!» Brrr! Belle perspective que celle de ces jeunes gens, qui n'attendent que le moment de faire occire les aînés pour mieux vivre.
Par ailleurs, si les garçons parlent et subissent la violence, les jeunes filles, elles, sont plutôt des victimes expiatoires de cette violence ambiante. Au sein de la famille, la majorité d'entre elles, coincées entre les tâches ménagères et les travaux des champs pour certaines, ou alors la télévision pour d'autres, n'a plus que deux issues possibles: l'université pour les plus vernies, ou alors un mariage même arrangé pour fuir le carcan familial, où le moindre fait et geste est soumis à l'autorisation du mâle.
Les plus téméraires d'entre elles osent affronter les tabous et commencent, elles aussi, à partir vers d'autres cieux. Mais pour s'en sortir, il leur faut un bagage universitaire, aussi ce sont en grande majorité des filles diplômées qui tentent soit l'Europe, soit le Canada et même l'Afrique du Sud. Le mariage semble être le dernier de leurs soucis, ce qui compte pour ces amazones d'un nouveau genre, c'est de réussir dans la vie.
Les jeunes Algériens, gavés de violence, commencent ainsi à partir ailleurs, là où, pensent-ils, la vie est plus douce et donc mérite d'être vécue! Ceux qui restent coincés dans le pays, à se morfondre et à rêver d'un éden impossible, s'enfoncent, chaque jour davantage, car ne voulant surtout pas vivre la réalité du pays, une réalité, certes, pas toujours rose, mais loin d'être cet enfer décrit par quelques jeunes, qui s'enfoncent dans la drogue et dans les autres dérivatifs. Il est temps que l'Etat réagisse, non pas à coups d'interdits, mais plutôt en créant des espaces de loisirs, en permettant aux jeunes d'acquérir leur logement et aussi et surtout faire en sorte que tous aient un travail.
Le pays est beau et mérite que l'on fasse des sacrifices pour retenir cette jeunesse en la réconciliant avec ses traditions, sa culture et ses origines. Novembre est toujours le viatique nécessaire, mais pour cela, la refonte totale et entière de l'école est une urgente nécessité.


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