Un dicton bien de chez nous a toujours affirmé: «Ne sent la brûlure de la braise que celui qui marcha dessus.» Lorsque chez nous, en 1992, les élections législatives avaient été interrompues pour empêcher l'ex-FIS de s'emparer du pouvoir, la France officielle, alors sous le règne des socialistes, avait été scandalisée et outrée. «Il fallait respecter la démocratie», nous disait-elle. Les vrais démocrates ne devraient pas avoir peur du verdict des urnes. La France s'est réveillée hier avec une certitude dont elle n'avait peut-être jamais soupçonné l'existence, à savoir que la démocratie pouvait parfois déboucher sur quelque chose d'horrible et d'inacceptable. La presse française a été unanime à exprimer ses craintes et sa stupeur face à l'arrivée de l'extrême droite en position de seconde force de proposition. Pour France-Soir, la classification de Le Pen pour le second tour est qualifiée de «bombe». Une bombe à laquelle Libération s'oppose par un gigantesque «Non» à la une. Pour L'Humanité ce sont toutes «les fondations de la République (qui sont) déstabilisées». Juste après le verdict des urnes, des Français sont sortis dans la rue, sous forme de manifestations spontanées pour exprimer leur désapprobation. Et ils sont si nombreux qu'on ne peut s'empêcher de se demander qui a donc bien pu voter pour Le Pen. La démocratie en France date pourtant de plusieurs siècles et on y découvre aujourd'hui qu'elle n'est pas aussi parfaite qu'elle en avait l'air. La consultation de dimanche dernier a apporté la preuve que les élections ne traduisent pas toujours les aspirations de la société. Cela crée une situation exceptionnelle de panique et d'affolement face à laquelle il faut agir vite. C'est ce qui va se passer lors du second tour. Mais imaginons un peu que les agences de sondage, dont on découvre aujourd'hui les grandes limites pour n'avoir pas prévu la montée fulgurante du Front national, annoncent que celui-ci a de très fortes chances de remporter la victoire le 5 mai prochain, que se passera-t-il ? Y aura-t-il une interruption du processus électoral? Cela est très improbable. Acceptera-t-on de piétiner les grands principes de la démocratie pour sauver celle-ci? Une question qui sera désormais d'actualité. Surtout lorsque les précédents élus usent de promesses qu'ils ne tiennent jamais.