Sous les feux des projecteurs, le cinéma arabe, africain et autre est à l'honneur à Tunis et ce, jusqu'au premier novembre. C'est dans le grand et centenaire Théâtre municipal de Carthage qu'a eu lieu, samedi soir, l'ouverture des Journées cinématographiques de Carthage (JCC) avec, au programme de la compétition une soixantaine de productions (cinéma et vidéo, en court et long métrages), dont 4 productions algériennes. Il s'agit de Mascarades de Lyès Salem et La maison jaune de Amor Hakkar, pour le cinéma long métrage (LM), une oeuvre vidéo long métrage intitulée La Chine est encore loin de Malek Bensmaïl et une vidéo court métrage (CM), Goulili de Sabrina Draoui. Des hommages aux cinématographies d'Algérie, de Palestine et de Turquie, sont aussi prévus hors concours. A ce titre, des gros plans seront faits sur les productions algériennes Rouma Walla N'touma (Rome plutôt que vous), Hakla de Tarek Teguia, Délice Paloma de Nadir Mokhnache et Khti (CM) de Yanis Koussim. Trois jurys (cinéma, vidéo, atelier) éliront la meilleure des productions dans ces différentes disciplines. Présidé par l'écrivain algérien Yasmina Khadra, le jury des longs métrages est constitué, entre autres, de Sandra den Hamer (Pays-Bas), de l'acteur égyptien El Alayli, du célèbre réalisateur tunisien de Making of, Nouri Bouzid et notamment de la comédienne française Emmanuelle Béart. Réservée aux réalisateurs arabes et africains, la compétition officielle comprendra 54 films en lice pour le premier prix, doté de 20.000 dollars, le «Tanit d'Or», du nom d'une déesse carthaginoise. Dix-huit longs métrages, 9 courts métrages et 27 films vidéo d'une vingtaine de pays arabes et d'Afrique sub-saharienne seront présentés. Jusqu'au 1er novembre, 150 films du monde entier seront proposés aux cinéphiles lesquels sont invités à rejoindre les 6 salles réservées à cette occasion. Cette 22e édition des JCC s'inscrit dans «l'esprit de réforme et de la vigueur des engagements de la Tunisie nouvelle du président Ben Ali en faveur d'un dialogue, d'une interaction créatrice avec les cultures arabe, africaine et méditerranéenne», comme l'a souligné le ministre tunisien de la Culture et de la Sauvegarde, Abderraouf Basti. Cette cérémonie d'ouverture a drainé un parterre de personnalités qui ont foulé le tapis rouge sous les airs festifs d'un orchestre placé juste à côté du théâtre. Beaucoup de liesse et de chaleur ont caractérisé l'ouverture de cette nouvelle édition à laquelle ont été conviés plus de deux cents invités, principalement des figures des cinémas africain et arabe auxquels est dédiés ce nouveau rendez-vous des JCC. C'est d'ailleurs l'artiste Ismaël Lo, du Sénégal qui étrenna cette soirée en musique avec en arrière-fond des images rappelant la dureté des espaces désertiques du continent noir mais aussi la beauté et la magie de ses paysages. Dans son allocution d'ouverture, Dora Bouchoucha, la nouvelle directrice artistique des Journées cinématographiques de Carthage souligna: «Le dénominateur commun à tous ces cinéastes, qu'ils soient arabes, africains ou venus d'ailleurs sont les rêves communs de raconter le monde avec ses douleurs mais aussi ses couleurs, ses joies et ses peines.» Trois hommages ont, d'autre part, été rendus lors de cette soirée à des géants du cinéma arabe et africain à savoir, l'Egyptien Youssef Chahine, primé en 1970 pour son film El Ikhtiyar (Le Choix), le Sénégalais Sembene Ousmane, lauréat de la première session des JCC en 1966 avec son premier film La Noire de... et le producteur tunisien, Ahmed Bahaeddine Attia de même que le producteur français Humbert Baslan lequel a produit diverses oeuvres arabes dont trois de Youssef Chahine. Cette édition, nous a-t-on indiqué, a inscrit dans son agenda un prix spécial pour les premières réalisations. Elle se veut aussi tournée vers les films réalisés grâce aux nouvelles technologies, rompues aussi aux exigences du 7e art. Une table ronde est dédiée au sujet intitulé: Un avenir numérique, des réponses créatives, et ce, pour examiner de plus près l'impact des nouvelles technologies sur les films à petit budget comme celui de l'algérienne Fatma Zohra Zammoun Z'har (chance). C'est pourquoi cette rencontre s'est fixé comme objectif de rapprocher les peuples mais aussi des cinéastes et artistes internationaux qui sont soumis aux mêmes contraintes de la production et doivent se soumettre aux obligations du partenariat. Aussi, l'atelier de projet - qui existe depuis 1982 - initié dans le cadre de ces journées, vise à promouvoir et encourager les travaux d'écriture d'auteurs arabes et africains grâce à l'attribution de bourses. Cette année, une dizaine de projets sont conviés à cette étude. Enfin, un jury constitué d'enfants, portera, lui aussi, un regard critique sur les films. La soirée donc, a débuté par un hommage appuyé au grand cinéaste égyptien Youssef Chahine, disparu en juillet, illustré par la remise solennelle, à titre posthume, d'un «Tanit d'Honneur» à Khaled Youssef, le collaborateur attitré du défunt Youssef Chahine. En hors compétition, a été projetée la dernière oeuvre de Chahine, Le Chaos qui est l'allégorie d'un Etat contaminé par la corruption. Un abus de pouvoir incarné par Hatem, policier véreux qui règne en maître absolu sur le quartier populaire de Choubra, au Caire, et sur ses habitants. Obsédé par une jeune fille, ce sera la descente aux enfers pour lui jusqu'au dénouement fatidique. Le film s'ouvre et se termine par des scènes de manifestation. Un soulèvement populaire qui en dit long sur l'étouffement de la liberté d'expression dans l'Egypte d'aujourd'hui et que Youssef Chahine a souvent dénoncé à travers ses films. Avec des ingrédients qui font toujours recette cependant, une certaine nostalgie du passé, de l'émotion et du mélodrame traduit par des scènes de musique et de danse. C'est ainsi que les JCC 2008 ont pris leur envol, promettant beaucoup d'échanges, de rencontres et de partage. Un hommage a également été rendu hier à Elyes Zerli, un assistant réalisateur tunisien, récemment disparu.