Un rapport confidentiel établi par des magistrats européens provoque un séisme à Rabat. Les autorités judiciaires espagnoles affirment avoir des preuves accablantes contre des personnes de haut rang dans la monarchie marocaine qui se livre au trafic d'immigrés clandestins, de haschisch et le trafic de prostituées africaines en Europe. Le rapport risque d'être rendu public dans les prochains jours, ont révélé à L'Expression des sources diplomatiques accréditées à Alger. Les relations entre le Maroc et l'Espagne sont, depuis quelques mois, on ne peut plus tendues. Du côté espagnol, l'on reproche au royaume de ne pas faire assez pour parer au flux migratoire qui passe par le détroit de Gibraltar. C'est ce qui explique d'ailleurs l'acharnement de José Maria Aznar à imposer des sanctions contre les pays qui se montrent moins coopératifs dans la lutte contre l'immigration clandestine. Dans ce contexte, les mêmes sources indiquent qu'actuellement il y a un débat passionné entre les magistrats en charge du dossier et les politiciens espagnols qui se sont pliés à la décision consensuelle de ne pas recourir aux sanctions prises par la communauté européenne au Sommet de Séville. Forte d'arguments judiciaires, la volonté des magistrats espagnols s'est estompée face aux calculs politiques qui ont pris le dessus au Sommet de Séville. Le rapport en question rapporte que de hauts gradés dans la hiérarchie policière et militaire au Maroc sont en connexion avec différents réseaux de drogue, de prostitution et de trafic de clandestins. Les suspects auraient fait des trois villes proches du détroit du Gibraltar (Sebta Melilla, et Tanger) une plaque tournante du trafic international de l'Afrique vers l'Europe. Des centaines de milliers d'Africains traversent, avec l'aide de ces réseaux, le détroit de Gibraltar au prix fort de 5000 euros (l'équivalent de 5000 dollars par personne). D'ailleurs, beaucoup ont laissé leur vie sur les côtes espagnoles. Les magistrats en charge du dossier se sont basés sur les conclusions d'enquêtes et des écoutes qui ont fait état d'une implication directe de fonctionnaires marocains. Environ 500.000 clandestins entrent chaque année sur le sol européen, ce qui représente une valeur colossale estimée à 2,5 milliards de dollars par an. La part marocaine de ce marché s'élève à plusieurs dizaines de millions de dollars. Les tenants de ces réseaux ne semblent pas près de lâcher prise.