Les partis politiques ne sont-ils en scène que pour gagner les élections? La campagne électorale pour le scrutin du 10 octobre prochain a démarré sur un air de déjà-vu. Les partis politiques, à l'unisson et comme prévu, se sont déployés à travers le territoire national dans les 3000 lieux publics désignés à cet effet par le ministère de l'Intérieur et des Collectivités locales. Les panneaux d'affichage ont été installés, les dépliants expliquant les programmes des partis sont distribués et ont commencé à être insérés à coups de millions de centimes dans les journaux. Bref, la machine électorale et son côté très proche de la fiction et du spectacle, s'est ébranlée sans aucun «grippage» ou contrainte majeure. Même les médias, tous supports confondus, se sont mis au diapason de ces joutes électorales, surtout au sein des vecteurs lourds (télévision et radios) spécialement mobilisés pour accueillir les représentants des partis devant expliquer aux électeurs leurs programmes. Mais la grande fausse note de ce rituel désormais connu est venue des citoyens qui semblent indifférents, voire désintéressés de l'événement ou tout simplement dont les préoccupations sont à mille lieues du discours développé par les chefs des formations politiques dans leurs premiers meetings retransmis par la télévision et la radio ou durant leur tranche de passage dans ces médias à l'occasion de cette campagne électorale. En effet, les inconvénients et les tares du mode de scrutin à listes sont apparus au grand jour, dans la mesure où ce sont les mêmes têtes que les citoyens ont vues lors des dernières législatives, il y a à peine quatre mois ou qui sont souvent invitées pour animer émissions politiques spécialisées et autres tables rondes, qui sont revenues à la charge dans ces meetings et dans ces médias pour ressasser le même discours, les mêmes thèmes et la même rhétorique stérile. Les Benflis, Ouyahia, Nahnah, Rebaïn, Djeddaï, tels des fantômes, sont réapparus pour dire à des citoyens survivant dans une détresse qu'ils n'ont jamais connue auparavant d'aller voter et surtout de voter pour leurs candidats. Or, justement, des premières interviews réalisées avec des citoyens et vues à la télé ou entendues à la radio, ces derniers, ou plus exactement ceux d'entre eux qui cherchent à comprendre leur malheureuse situation, réclament avant tout de connaître leurs futurs élus, c'est-à-dire les hommes et les femmes candidats pour lesquels ils vont voter et qui, théoriquement, seront chargés de trouver les solutions à leurs immenses problèmes quotidiens et seront, de ce fait, responsables devant eux en cas de déviance ou de non-satisfaction du contrat électeur-élu. Hélas, ce n'est pas le cas aujourd'hui. Ce sont toujours ces mêmes chefs de partis, nullement dans le besoin en matière de logement, de travail, de soins de santé, de justice ou d'eau potable, qui sont, aux yeux de la majorité des citoyens, (mis à part les militants de ces formations et des opportunistes de tous bords qui gravitent autour d'elles) beaucoup plus proches des tenants du statu quo que des électeurs, qui monopolisent la parole et les temps d'antenne dans les médias. Le comble est que pour beaucoup, par leurs slogans creux, démagogiques, vagues et sans prise avec la réalité quotidienne vécue par les citoyens dans leurs lointaines et déshéritées communes, ces partis politiques ne peuvent constituer la classe politique qui peut amener l'alternance ou le changement dans la gestion des affaires locales du pays. Autrement dit, dans un contexte socio-économique empreint de frustrations en tous genres, vécues par une grande frange de la société algérienne, le fossé, entre les aspirations des populations quant à la prise en charge réelle et effective de leurs problèmes quotidiens et le discours des supposés programmes des partis politiques, ne cesse de se creuser. Autant dire, qu'au lieu d'essayer de regagner un tant soit peu la confiance et l'attention des électeurs par des propositions concrètes et des candidats intègres et crédibles, ils continuent d'émettre de simples phraséologies inaudibles et très éloignées de ce que les citoyens veulent entendre. En somme, une campagne électorale avec des propositions cohérentes et rationnelles ayant pour objectif la modernisation et la moralisation de la gestion des affaires locales qui se traduira nécessairement par plus de crédibilité pour les institutions de l'Etat national, n'est pas au rendez-vous. Il est vrai que les partis politiques ne sont en scène que pour gagner les élections. Quant au reste...