Est-il vrai que le FLN sera bientôt doté d'un siège de membre au sein de l'Internationale socialiste? C'est vrai et c'est Ali Benflis, le secrétaire général du parti FLN, qui l'a confirmé jeudi soir à Constantine en prenant soin de préciser qu'il ne s'agissait pas d'une adhésion mais de la confirmation d'un retour au sein de l'IS où le FLN était toujours accueilli comme membre à part entière durant des décennies, avant le grand bouleversement qui a suivi les émeutes du 5 Octobre 1988. La rumeur sur cette question avait en effet circulé ces trois ou quatre derniers jours, mais aucune réponse pour la confirmer. Voilà qui est fait. Pour autant la grande question du jour ce jeudi, c'était plutôt la campagne pour les élections locales que, à l'instar des autres chefs de partis en compétition, Ali Benflis a inaugurée en commençant son périple par le chef-lieu de wilaya de Sétif où il a prononcé un premier discours dans une salle omnisports comble. Et d'où il a poursuivi sa route pour se rendre à Chelghoum El-Laïd pour la même raison et enfin à Constantine où il devait clôturer son troisième discours de la journée par une conférence de presse où, évidemment, il a dû affronter un parterre de correspondants de presse régionaux avides de tout savoir, tout et sur-le-champ, comme ce fut le cas lors de la campagne pour les législatives du 30 mai dernier. Le discours! Ce qui est sûr, c'est qu'aucun indice n'a filtré pour permettre aux observateurs d'imaginer sous quelle forme il sera appelé à être décliné au cours de la présente campagne. Donc, pour glaner les informations concernant la campagne qui leur permettront de faire leur travail, les médias étaient dans l'obligation d'écouter l'intégralité du texte dont Ali Benflis avait préparé le canevas grâce auquel il construira la trame à mesure que défileront sous ses yeux les têtes de chapitres qu'il aura à développer. Test inévitable dans une campagne aux enjeux aussi grands, Ali Benflis commence par poser la problématique du prochain scrutin, son importance et le fait selon lequel, à l'instar des autres partis politiques engagés dans la compétition, il voudrait lui aussi que son parti l'emporte et puisse ainsi faire adhérer les millions d'Algériens de la société civile au programme politique du FLN. Selon des estimations recueillies ici et là avant la campagne, un grand nombre d'avis ont carrément donné gagnant le FLN par anticipation, malgré la résistance que devront, en principe, lui opposer certains partis théoriquement bien ancrés dans leur fief dans certaines régions du pays. Qu'en sera-t-il de ces avis? Même ses adversaires politiques considèrent que le parti du FLN a effectivement le vent en poupe et qu'il a toutes les chances de l'emporter cette fois encore. Pronostic qui aurait poussé plus d'un parti à crier victoire avant échéance. Eh bien, ce n'est pas le cas de Ali Benflis qui préfère, comme Saint-Thomas, voir de ses yeux avant de se faire une idée. En attendant, il dépense une incroyable énergie à haranguer les foules pour lesquelles il s'est décrété disponible jusqu'à la fin de la campagne prévue pour le 7 octobre prochain. Jusque-là, il ne sera question que d'explications en séries et pédagogie pour captiver l'attention et des militants et de la population qui, par milliers d'individus, s'est déplacée pour venir l'écouter et comprendre. Parce qu'en réalité, tout est dans ce mot : comprendre ! Comprendre l'origine profonde de la déstabilisation qui faillit emporter non seulement les institutions du pays, mais le pays lui-même. C'est vrai. Voilà un pays (l'Algérie) qui, pendant une longue période, s'était évertué à prendre le taureau par les cornes pour essayer de se développer en consacrant, bon an mal an, plusieurs centaines de milliards de DA à se créer une industrie hors hydrocarbures et qui, sûr de sa trajectoire, avait toujours pris soin de ne pas sacrifier l'aspect social de la gestion des ressources humaines. Octobre 1988 arrive! Et tout le monde croit que les changements qui vont suivre ne manqueront pas de déboucher sur plus de liberté et de bien-être. Etions-nous trop naïfs pour y avoir cru? Certainement ! Dès lors, la Constitution de février 1989 à peine promulguée, des remous et autres indices visant à étouffer dans l'oeuf une supra-loi qui, quoi qu'on en ait dit, n'en contenait pas moins les premiers articles concernant le pluralisme, les «associations à caractère politique» à mettre en oeuvre. A partir de là, semble-t-il, tout était possible et le pire en premier lieu. Résultat, une économie réduite à néant par les déprédations terroristes et plus de 100000 morts dus aux mêmes individus, au bénéfice d'un ordre dont personne n'avait prévu l'avènement. A partir de là, on ne pouvait s'abstenir de penser au complot. Des morts par milliers et une économie à genoux, les ennemis de l'Algérie n'en souhaitaient pas plus...Aussi, c'est sans doute avec délectation que les ennemis qui viennent d'être évoqués, ont applaudi au coup d'arrêt infligé à notre économie, sachant d'avance que l'absence de développement, c'est fatalement la régression assurée pour un pays. C'est en tout cas l'effort d'explication que Ali Benflis devait fournir jeudi aux foules de Sétif, Chelghoum El-Laïd et Constantine pour leur faire toucher du doigt les épreuves endurées par l'Algérie depuis 1988. Il tombe sous le sens que pour prévenir de telles avanies à l'avenir, le parti du FLN voudrait, certes, remporter les prochaines locales, mais c'est surtout pour transformer les APC en autant d'écoles pour inculquer aux membres de ces collectivités locales une véritable culture politique. Parce que, comme dira une énième fois Benflis devant ses auditoires, c'est là, c'est-à-dire au niveau des APC, que s'apprendra la citoyenneté et c'est également là qu'«ils apprendront à dynamiser la gestion de nos communes».