«L'ONU peut demander ce qu'elle veut, Israël continuera son opération jusqu'à ce que ses objectifs soient atteints.» «Il y a aujourd'hui deux criminels internationaux envers lesquels l'ONU se conduit avec indulgence. Le premier est Yasser Arafat et le second est Saddam Hussein.» Ces dures paroles ont été prononcées par deux hauts responsables israéliens. Les premières, sous le couvert de l'anonymat, les secondes par le ministre, sans portefeuille, Dany Naveh, membre du Likoud. L'un et l'autre de ces responsables israéliens réagissaient à la résolution 1435 du Conseil de sécurité (votée dans la soirée de lundi à mardi) exigeant d'Israël le retrait des villes palestiniennes réoccupées et la levée immédiate du siège de la Mouqataâ. Ainsi, les Nations unies peuvent, et il ne fait pas de doute qu'elles doivent, agir partout dans le monde, sauf au Proche-Orient domaine réservé, à en croire l'Etat juif, auquel ne s'appliquent, ou ne peuvent s'appliquer, les lois et le droit internationaux, c'est-à-dire les résolutions de l'ONU. L'arrogance des deux responsables israéliens, après le vote de la décision de l'ONU (les Etats-Unis se sont, cette fois-ci, abstenus) en rapport avec la situation prévalant dans les territoires occupés, est la résultante de l'impunité dont a bénéficié, durant toutes ces décennies, l'Etat hébreu, quels que soient les crimes qui lui ont été imputés. Aujourd'hui le masque est tombé. Ainsi, le «petit Etat sans défense», comme aime le désigner la presse occidentale, impose sa volonté à l'ensemble de la communauté internationale et se veut un Etat à part, hors normes, au-dessus des lois communes auxquelles sont tenus les pays membres des Nations unies. Grâce à la protection des Etats-Unis, aucun des méfaits d'Israël dans les territoires palestiniens occupés - dont le dernier en date les crimes de guerre commis par l'armée israélienne à Jénine - n'a jamais été sanctionné par les Nations unies. Aussi, quand Naveh estime que Yasser Arafat et Saddam Hussein sont, donc, deux criminels internationaux, que peut-il bien penser de son chef Ariel Sharon, le boucher de Sabra et Chatila, le criminel de guerre qui ordonna l'assassinat des leaders politiques palestiniens et lança ses chars et ses hélicoptères de combat contre Jénine et les villes palestiniennes? Mais, sans doute, estime-t-il que la communauté internationale doit récompenser Sharon pour les crimes de guerre inqualifiables qu'il a ordonnés, ou couverts, commis par l'armée d'occupation israélienne contre la population palestinienne? Comment peut-on exiger des Nations unies de sévir en Irak, quitte à y déclencher une nouvelle guerre, quand dans les territoires palestiniens occupés, Israël élimine, quasiment à ciel ouvert, leaders politiques et résistants palestiniens qui ont le tort de lutter pour leur droit d'édifier leur Etat? De quelle légalité s'agit-il quand les Etats-Unis incitent l'ONU à les autoriser à frapper l'Irak, alors qu'à maintes reprises ils ont entravé la mission de l'ONU en s'opposant, par l'usage du veto, à l'envoi d'une force d'interposition des Nations unies dans les territoires occupés? comme le demandent, depuis deux ans, les Palestiniens et la communauté internationale. Les Etats-Unis disent vouloir protéger les libertés, la paix et la sécurité dans le monde. Quelle liberté, quelle paix et quelle sécurité pour le monde, quand un peuple se voit dénier, par Israël, justement créé par les Nations unies sur les décombres de la Palestine historique, le droit d'exister et de fonder son propre Etat? Toutes les Nations, y compris les Etats-Unis, admettent que la paix ne peut s'instaurer au Proche-Orient sans l'érection de l'Etat palestinien, érection qui se heurte au veto israélien. La quadrature du cercle? Non, pas s'il se trouvait quelqu'un pour expliquer (enfin) aux Israéliens qu'il viendra bien un jour où des pays se lasseront de leur irrédentisme. Dans les territoires palestiniens occupés, Israël veut rien de moins que choisir ses interlocuteurs palestiniens, alors même que, dans toute guerre, ce sont ceux qui se battent qui négocient la paix. Il faudra bien qu'un jour les Nations unies fassent valoir à Israël qu'il est un Etat comme les autres, et que, s'il veut effectivement la paix et la sécurité, il faudra bien qu'il parvienne à se comporter comme toutes les autres nations assujetties aux mêmes droits et lois. Ce qui n'est point évident au vu de la détermination qu'affichaient, hier, les responsables israéliens à ne tenir aucun compte des demandes et exigences de l'ONU. Il faudra bien, par ailleurs, que les Nations unies reprennent toutes leurs prérogatives au Proche-Orient, d'autant plus, que ce sont les agissements irresponsables des dirigeants israéliens qui mettent aujourd'hui en danger les pays voisins de l'Etat hébreu. Alors, question: l'ONU essuiera-t-elle un autre camouflet d'Israël qui refuse d'appliquer la résolution le concernant, ou se montrera-t-elle aussi ferme qu'elle veut l'être en Irak? En outre, ces deux dossiers sont aujourd'hui liés, d'autant plus qu'Israël, c'est un secret de Polichinelle, dispose d'un impressionnant armement de destruction massive. Que fait l'ONU pour s'assurer de sa neutralisation, tandis que l'Etat hébreu est le rare, sinon le seul pays, disposant de la technologie nucléaire, à n'avoir signé ni le TNP (Traité de non-prolifération nucléaire) ni le CTBT (Interdiction totale des essais nucléaires)? Jusqu'à quand Israël continuera-t-il à mépriser et à récuser l'ONU, tout en échappant à ce qui est exigé à d'autres Etats?