L'option de l'indépendance du Sahara défendue par l'Algérie est une «erreur stratégique», a estimé le directeur de l'hebdomadaire Jeune Afrique. Les forces d'occupation marocaines redoublent de férocité, matraquent, arrêtent et mettent en prison à tour de bras les manifestants sahraouis. Qu'en pense Béchir Ben Yahmed? «Les Sahraouis (...) s'épanouiront mieux dans le cadre du Maroc que dans un tout petit pays privé de richesses, assisté et sous l'influence de l'Algérie ou de pays tiers.» Depuis quand a-t-on vu un peuple, violenté, torturé...s'épanouir sous des coups de matraque? A moins d'être masochiste. La question reste posée! Pourquoi le Sahara occidental «petit pays» aux yeux de Béchir Ben Yahmed est-il privé de ses richesses? Parce qu'elles sont tout simplement pillées par le Maroc. Le directeur de Jeune Afrique escamote, volontairement, la réponse. Comme pour priver le peuple sahraoui de son droit inaliénable le plus précieux, garanti par la légalité internationale: l'accession à l'indépendance dans le cadre d'un référendum d'autodétermination. Le directeur de Jeune Afrique pousse encore le bouchon plus loin. «Et je sais que la moitié des Sahraouis se sentent marocains. La plupart des gens qui ont créé le Polisario étaient des Marocains. En fait, c'était une opposition intérieure, et leurs griefs, même fondés, étaient conjoncturels», ajoute-t-il avec une légèreté hilarante. Un déni d'existence du peuple sahraoui. Voilà qui va plaire aux responsables de la République sahraouie, au Front Polisario qui a mené quatre rounds de négociations et à Christopher Ross qui s'échine à faire revenir le Maroc à la table des négociations dans le cadre des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité. Contre vents et marées, le patron de Jeune Afrique a imposé à son magazine la position à adopter par rapport au conflit du Sahara occidental. Juste pour témoigner, probablement, son allégeance au trône alaouite. «Allant à l'encontre de nos intérêts et de l'opinion dominante de nos lecteurs, j'ai défendu, et j'ai obligé Jeune Afrique à en faire de même, le point de vue marocain, qui me paraissait juste, dans le meilleur intérêt des Sahraouis eux-mêmes. Et je le crois encore aujourd'hui», confesse Ben Yahmed, qui oublie de dire que le peuple sahraoui, qui rejette le projet marocain, ne l'a point mandaté pour être son avocat et signer, de surcroît, son arrêt de mort. A travers cette interview exclusive, parue dans son hebdomadaire à l'occasion de son 50e anniversaire, il semble avoir un vieux compte à régler avec l'Algérie. «Nous n'avons donc pas soutenu l'Algérie, qui nous a interdits. Le président Boumediene a cru qu'il allait avoir la peau de «Jeune Afrique» et a fait ce qu'il a pu pour nous tuer», déclare Ben Yahmed qui avait choisi son camp et qui aurait certainement apprécié qu'Alger, surnommée à l'époque «La Mecque des révolutionnaires», fasse carpette. Qualifié de «fin connaisseur» des grandes questions de la région par la presse marocaine, il n'est pas à une incohérence près. Ben Yahmed affirme que dès le début du conflit il a jugé que «la position de l'Algérie sur ce dossier était une erreur stratégique, pour elle, pour le Sahara et pour la région». Et que nous raconte-t-il plus loin? «J'ai eu plus d'affinités avec la politique algérienne et avec des Algériens qu'avec le Maroc de feu le souverain Hassan II.» Sauf pour le Sahara occidental, aurait-il pu au moins ajouter pour la crédibilité de ses propos... Le Maroc à bout de souffle, avait certainement besoin de cette petite «bulle d'oxygène» ne serait-ce que pour retarder l'échéance inéluctable qui pousse le peuple sahraoui, en lutte pour son indépendance, vers la liberté. Cette sortie médiatique du patron du célèbre magazine panafricain, qui a pour objectif de réaffirmer son soutien au plan de large autonomie marocain, n'est en fait qu'une caution à la répression qui s'abat aujourd'hui sur les citoyens sahraouis des territoires occupés. «Un homme a été tué et sept autres ont été blessés dans la soirée de dimanche à lundi près du camp des exilés d'El Aayoune, par l'armée marocaine qui a tiré à la mitraillette sur leur voiture afin de les empêcher de faire parvenir de la nourriture, de l'eau et des médicaments à quelque 15 à 20.000 personnes campant dans des tentes de fortune depuis deux semaines, à 12 km à l'est de la capitale sahraouie occupée», a rapporté une dépêche de l'agence sahraouie SPS datée du 24/10/2010. Ben Yahmed devrait dénoncer le pouvoir marocain qui tue dans un «petit pays privé de richesses».