La télévision fait aujourd'hui face à la triple pression des politiques, des gouvernants et du peuple. Depuis l'annonce de l'ouverture médiatique et audiovisuelle à l'opposition, une pression énorme s'est abattue au 21 boulevard des Martyrs. La direction de l'Entv fait, chaque jour, face à des appels incessants des différents ministères et responsables pour venir couvrir et parler de leurs activités. Alors qu'elle venait de sortir de la crise du Ramadhan, la télévision fait aujourd'hui face à la triple pression des politiques, des gouvernants et du peuple, pour parler des différentes actions du gouvernement et surtout évoquer les revendications sociales en souffrance. Une pression à laquelle l'Unique n'était pas préparée mais surtout mal orientée, en raison de l'absence réelle de textes et de directives précises sur sa véritable mission. En effet, chaque sujet reste sensible, alors on s'autocensure quotidiennement, et l' on a du mal à se débarrasser des vieilles méthodes. Il y a quelques jours, un journaliste a été suspendu pour un mois par le directeur de l'information parce qu'il avait simplement montré, dans un sujet dans le JT de 20h, le frère d'un haut responsable. Ce dernier a appelé le DG de l'Entv pour qu'il supprime son image du sujet du soir. Il faut dire que contrairement à son prédécesseur, le DG a délégué les responsabilités aux responsables de chaque direction, mais ces derniers ne prennent aucune liberté ou engagement pour traiter un sujet librement. Du coup, à chaque fois qu'un ministre est mécontent, on appelle le DG de l'Entv pour protester ou pour essayer de rétablir une situation. Une situation intenable qui a des répercussions sur la qualité du travail et surtout sur le moral des équipes de l'Entv. Ainsi, des journalistes qui tentent de faire leur travail professionnellement se font expulser parce qu'ils appartiennent à une télévision «mal-aimée». Il y a quelques jours, une équipe de télévision a été expulsée par les étudiants parce qu'ils ont considéré que l'Entv n'a pas assez bien expliqué leurs préoccupations. Une situation intenable pour le pauvre caméraman qui n'était là que pour prendre des images et qui est en fait victime d'une situation qui le dépasse. Que reproche-t-on à l'Entv en fait? Son traitement du sujet, son retard d'appréciation. Son erreur, c'est qu'elle n'anticipe pas les sujets. Elle ne réagit qu'après l'explosion de la situation. Le meilleur exemple, c'est le traitement des marches de la Cncd. Le plus raté reste le traitement de la première marche du 12 février. Les responsables de l'Unique, qui avaient une pression énorme sur le dos, n'avaient donné aucune directive précise pour couvrir la marche. Faut-il tout montrer ou presque? On a voulu faire sobre, en montrant simplement un rassemblement et des réactions hostiles à la marche. Mais l'Entv s'est fait piéger et discréditer par son propre ministère de tutelle, qui a autorisé des dizaines de télévisions étrangères à couvrir l'événement qui ont diffusé le contraire de ce qu'elle a montré. L'Entv s'est rachetée lors de la marche du 19 février, en adoptant la devise d'Al Jazeera, «l'avis et l'avis contraire» (Erai oua erai el akher), en diffusant aussi bien les commentaires des marcheurs que ceux des opposants de la marche. L'Entv a même envoyé un reporter s'enquérir de l'état de santé du député du RCD. L'Unique restera sur cette ligne d'ouverture politique dans le traitement de la marche du 26 février, puisqu'elle donna la parole durant plusieurs minutes à l'opposition (Ali Yahia Abdenour, Saïd Sadi et quelques militants du RCD), mais ce «bon» reportage a été gâché par les effets sonores des citoyens hostiles à la marche. Un champ contre-champ qui nous rappelle la dangereuse incitation de l'Entv, lors de la marche du 14 juin des Arouch en 2001, qui a plutôt créé une tension entre Algérois et Kabyles. Ainsi, il aurait été plus judicieux d'avoir l'avis des autres partis sur la marche, ou encore celui du deuxième bord de la Cncd, pour équilibrer l'information. Notons tout de même que la télévision a diffusé les images de Saïd Sadi, brandissant le V de la victoire sur le toit d'un véhicule de police, mais elle s'est retenue de diffuser l'image de Sadi tombant du véhicule. De peur de créer une nouvelle colère du RCD. C'est pourtant cette image qui a été retenue par la presse écrite et par certains sites pour marquer l'échec de la marche du 26 février. Et pourtant, à l'Entv, les journalistes ne manquent pas de courage ni d'audace, ce qui fait défaut c'est la confiance des politiques et de la société civile. Contrairement à leurs collègues de la presse écrite ou de la radio, les journalistes de l'Entv n'ont aucun lien ou relation avec la classe politique. Car le journaliste n'a aucune liberté pour imposer son sujet. A la direction de l'information, tous les sujets sont choisis et orientés par le rédacteur en chef. L'absence de confiance entre le journaliste et le responsable, est le premier ennemi de l'Entv. L'ouverture politique est facile sur le papier mais dure à appliquer sur le terrain. C'est sans doute pour cette raison essentielle qu'il n'y a pas d'émission politique de qualité. L'émission «Hiwar maftouh» qui a inauguré le débat politique avec Louisa Hanoune, n'a pas donné le résultat escompté et le choix de la responsable du PT, qui a soulevé la polémique sur sa position politique ambiguë, n'était pas approprié pour lancer cette émission. Malgré tous ses efforts, l'Entv doit s'ouvrir davantage au débat et au reportage et rétablir surtout la confiance entre le peuple et sa télévision.