Elle semble s'inscrire dans la perspective de l'élection présidentielle de 2004. Le mouvement citoyen semble s'inscrire dans la perspective de l'élection présidentielle de 2004. C'est du moins ce que tendent de faire croire les récentes manoeuvres actuelles visant à structurer le mouvement de la contestation citoyenne en Kabylie et ailleurs, en vue de canaliser la colère populaire vers la perspective d'une candidature soutenue pour la présidentielle future. Au-delà de l'urgence de clore un dossier qui a réussi à faire tache d'huile avant d'entamer une dérive dangereuse menaçant ses promoteurs, le bras de fer au sommet de l'Etat prend une tout autre tournure avec le forcing opéré par des sphères décisionnelles de l'Etat, envers les délégués influents du mouvement. Pragmatiques et frisant le flegme, les destinataires des flèches empoisonnées du mouvement des ârchs ont poursuivi leur politique de «la ruse et la force» sous le couvert de la mission de maintien de l'ordre public. Miné de l'intérieur par les guerres de leadership et les scandales financiers étouffés dans l'oeuf, le mouvement est de ce fait devenu une proie facile entre les mains des spécialistes de l'art de la manipulation politicienne qui ont initié le projet d'une conférence nationale du mouvement associatif. Selon des sources généralement bien informées, l'idée a vu le jour depuis que le Président Bouteflika a inscrit sa démarche dans la perspective d'un second mandat et provoqué, du coup, un branle-bas de combat au niveau des sphères influant sur la décision politique en Algérie. Au fur et à mesure, l'imbroglio kabyle, au-delà de son aspect revendicatif, somme toute légitime, exprime un profond malaise politique. Le dossier est de surcroît victime d'une gestion bicéphale mélangeant les calculs politiques et l'usage de la force pure et dure, sous le prétexte de la préservation de l'autorité de l'Etat. Mais à la lumière de l'échec du rassemblement d'avant-hier à Alger, force est de dire que le mouvement est définitivement entré dans une phase d'instrumentalisation politique pour le compte de la présidentielle de 2004. Sinon comment expliquer que l'option du dialogue politique, «digérée» depuis un certain temps par les membres influents du mouvement des ârchs, à l'exception de Belaïd Abrika, leader de la Cadc de Tizi-Ouzou et qui se trouve en prison depuis le 15 octobre dernier, n'ait pas été couronnée d'un signal fort de la première institution de la République en vue de l'application de la plate-forme d'El-Kseur, expurgée de ses revendications inaccessibles. Au contraire, celle-ci continue d'appliquer l'option sécuritaire en excluant les délégués et autres émeutiers incarcérés des dernières mesures de clémence. Mais les partisans de la manière forte, en dépit de leur conscience que l'affaire sent l'odeur du complot ourdi, osent tout de même un rapprochement avec les émissaires dépêchés en Kabylie pour anticiper ce projet de structuration du mouvement en gestation. Dans cet ordre d'idées, on apprend de source sûre que le ministre de la Justice, M.Mohamed Charfi, ancien conseiller aux affaires juridiques du Président Bouteflika, s'intéresserait de près à l'initiative des ex-dialoguistes et aurait même sollicité l'un d'eux pour une entrevue. Du côté du RCD de Saïd Sadi, il semble qu'il y ait adhésion à la démarche. Récemment, un membre influent du parti aurait clairement exprimé la volonté de sa formation politique de reprendre langue avec les pouvoirs publics pourvu que le responsable de l'Exécutif fasse une invitation officielle dans ce sens. Les observateurs lient d'ailleurs ce changement de cap du RCD à la rencontre qui aurait eu lieu la veille du rassemblement empêché des ârch à Alger avant-hier, entre le président Sadi et les délégués de Tizi Ouzou, dont M.Maâzouzi. Il reste l'énigme Ali Gherbi, seul leader du mouvement à continuer de mobiliser autour de lui dans son fief d'El-Kseur, il a d'abord loué les vertus de M.Ali Benflis après son élargissement de prison et exprimé son adhésion à une démarche politique de sortie de crise associant les véritables représentants du mouvement citoyen, avant d'exiger à nouveau de la première institution du pays de reconnaître le bien-fondé des revendications de la plate-forme adoptée le 11 juin 2001. A partir de ces éléments, on devrait s'attendre à ce que le mouvement citoyen soit l'enjeu des échéances électorales à venir durant lesquelles les différents protagonistes comptent solder leurs comptes.