La qualité architecturale d'un projet passe par son intégration intelligente et judicieuse dans son environnement, tenant compte des potentialités et des contraintes du site, de sa topographie, mais aussi de la symbolique qu'il dégage, du geste formel qu'il propose, du réel équilibre entre la forme et la fonction, le rapport des proportions et des échelles, le tout en adéquation avec le budget qu'il lui est alloué. Si cette équation paraît à la portée de l'architecte et relève du domaine de ses compétences, il y a d'autres préoccupations qui lui sont externes et qui constituent de réelles entraves au métier qu'il professe. Ces contraintes se résument comme suit : 1 - Le concours : C'est la procédure la plus appropriée de mise en concurrence des hommes de l'art en vue du choix du meilleur projet conciliant aspect esthétique, technique et économique. Or, le plus souvent, le concours est assimilé à un simple appel d'offres soumettant, de ce fait, les architectes aux mêmes conditions que les autres opérateurs. Et, au demeurant, la production intellectuelle et le savoir reçoivent le même traitement que ceux relatifs à la réalisation.Ceci ne favorise pas l'émergence de la qualité puisque l'offre financière joue quelquefois au détriment de la meilleure création. 2° - Le second volet, et non des moindres, qui empêche la maîtrise du projet en amont est lié à l'insuffisance des cahiers des charges et des programmes qui y sont contenus, sachant que ces derniers sont l'expression même du projet. L'architecte consciencieux se trouve ainsi obligé à prendre en charge une prestation, “la programmation”, qui n'est ni rémunérée ni prise en compte dans le délai. Dans tous les pays, cette prestation est une mission à part entière, et elle est gracieusement payée car un bon projet passe obligatoirement par une bonne programmation. 3°- L'adoption d'un même cahier des charges, qu'il soit destiné à un projet de grande envergure ou de petite taille, met le jeune architecte dans une situation où il lui est impossible d'accéder à la commande publique. Les critères de sélection se basent, entre autres, sur le nombre d'années d'expérience et sur les références. 4° - Le choix du “moins-disant” pour justifier d'une économie de dépense, alors que le volet “études et suivi” ne représente qu'un maigre pourcentage sur le coût d'investissement global, ne profite aucunement au projet. Au contraire, une qualité réduite peut s'avérer très coûteuse de par les dégâts qu'elle peut engendrer au niveau de l'exécution du projet et de son exploitation plus tard. 5°- Une fois le projet octroyé, l'architecte est confronté au manque d'expérience et d'expertise des maîtres d'ouvrage qui ont la responsabilité d'approuver les différentes phases du projet. Aussi, dans leur quête de “lancer vite”, ils occultent parfois les aspects de qualité et d'économie du projet. Des cahiers des charges, censés être l'aboutissement de toutes les études d'exécution, sont réclamés au stade de l'esquisse. 6°- La formule “études et réalisation” à laquelle recourent certains maîtres d'ouvrage pour la sélection des opérateurs, non conforme aux termes du décret législatif 94/07 qui n'autorise pas le cumul des deux prestations, relègue l'architecte au rang de sous-traitant de l'entreprise. Cette manière de procéder est contraire à l'éthique de la profession car l'architecte, sous les ordres de l'entreprise, se trouve obligé et contraint d'appliquer ses directives et d'obéir à ses exigences. 7°- La dévalorisation avérée de la mission “suivi et contrôle des travaux” est dangereuse. La dépréciation de l'effort intellectuel, mais aussi et surtout de la responsabilité colossale qui en découle, démotive l'architecte et le met dans une situation de faiblesse, contraint qu'il est à minimiser ses frais pour ne pas être pénalisé. 8°- Enfin, l'absence de maîtrise des techniques élémentaires de la construction par beaucoup d'entreprises et le manque flagrant de qualification dans tous les corps de métier, rendent difficile la tâche de l'architecte qui assure le suivi et le contrôle des travaux sur un chantier. Cette méconnaissance des règles constructives les plus basiques l'empêche d'exiger la qualité à laquelle il aspire pour son projet.Tous ces aspects défavorables sont autant de facteurs qui se répercutent négativement sur la qualité des études et sur le suivi de la réalisation. L'urgence qu'on évoque parfois pour justifier la pression que subit l'architecte n'a servi qu'à amoindrir la qualité de ses prestations et la maturation des projets dont les retombées sont le plus souvent néfastes, mais malheureusement visibles sur le produit final.(Sur-titre de la rédaction, extraits d'une communication au cycle de conférences organisé dans le cadre du 3e Salon du logement et de l'immobilier) A. O.