Il est reproché au Chef du gouvernement l'ambivalence de ses positions. La sortie médiatique du Chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, mardi, à Djenane El-Mithaq, est très mal perçue par certains acteurs de la scène politique nationale. Il lui est reproché une ambivalence dans les positions et une arrogance dans l'attitude. Des contradictions frappantes ont été relevées dans les discours de Chef du gouvernement et secrétaire général du RND. Pour Djamel Ferdjellah, 1er vice-président du RCD : “Le discours d'Ouyahia est plus un discours de circonstance qui prétend apporter un soutien au président de la République. Il manque de conviction dans le propos.” Il reproche à Ouyahia de tenir un double langage. Comme pour caricaturer ses contradictions, Djamel Ferdjellah a dit de lui qu'il est “éradicateur en tant que secrétaire général du RND et réconciliateur comme Chef du gouvernement. Pourquoi cette ambivalence ?”. En gros, Ouyahia cherche à avoir sa place dans cette guerre interne entre différentes factions du système, explique Ferdjellah. Pour ce qui est du dialogue avec les archs de Kabylie, Djamel Ferdjellah estime que “cette formule manque de crédibilité, dans la mesure où les préalables avancés par le mouvement citoyen ne sont toujours pas satisfaits. Nous ne pensons pas qu'il y a une volonté politique à résoudre la crise de Kabylie”. Quant à la position d'Ouyahia qui voit en la préparation de la prochaine élection présidentielle par Zerhouni une garantie quant à leur transparence, Djamel Ferdjellah assène : “Nous, on considère ce fait comme un aveu d'une fraude annoncée.” Le parti de Hocine Aït Ahmed est, lui aussi, très critique à l'égard du Chef du gouvernement. Karim Tabou, chargé de communication du FFS, l'a traité d'“avocat du pouvoir” et lui dénie le droit de “donner des leçons de démocratie, de bonne gouvernance dans la gestion des affaires du pays”. Karim Tabou reproche aussi à Ouyahia d'avoir outrepassé, dans son discours, ses prérogatives de Chef du gouvernement. Il a vu d'un très mauvais œil un Ouyahia structurant “la scène politique nationale en plusieurs courants”, alors que “la société algérienne, dans sa majorité, est engagée dans un courant démocratique négateur du pouvoir incarné par Ahmed Ouyahia et ses complices”. En outre, il a qualifié les chiffres économiques avancés par Ahmed Ouyahia de “mensonges”, puisque à ses yeux, ils n'ont “aucun impact sur le vécu des citoyens”. “C'est la technique qui consiste à cacher un échec politique par une arithmétique économique”, soutient-il. Sur la disposition d'Ahmed Ouyahia à prendre en compte la plate-forme d'El-Kseur, Karim Tabou a fait ce commentaire : “D'une manière machiavélique, Ahmed Ouyahia s'est proposé comme quelqu'un qui peut mettre en œuvre la stratégie de la pacification et de l'immolation de la Kabylie sur l'autel de calculs purement électoralistes au lieu d'aller vers des solutions en profondeur.” Mais, pour Tabou, l'objectif principal de la sortie d'Ahmed Ouyahia consiste “à aller dans le sens de la démoralisation de la population, de la disqualification de la politique pour ramener la population à se soumettre à un ordre autoritaire à coup d'arrogance, de mépris et surtout de culpabilisation”. Le Parti du renouveau algérien (PRA), pour sa part, a qualifié la sortie publique d'Ouyahia d'“un exercice de style peu convaincant”. Car, des questions politiques d'importance comme la liberté de la presse et l'autonomie des partis politiques, mais aussi économiques, comme les privatisations ont été tout bonnement “éludées ou escamotées”. Pour le PRA, “la suspension de six journaux a été hypersélective”. Concernant la crise qui secoue le FLN, le parti de Yacine Terkmane accuse Ouyahia de s'être “drapé de l'habit du secrétaire général du RND et de celui d'un Chef de gouvernement défaillant”. Avant d'ajouter : “Il ne peut ignorer que la crise au sein du FLN a débuté dès lors que ce dernier s'est démarqué d'un soutien au chef de l'Exécutif pour un second mandat présidentiel.” Enfin, le PRA considère comme grave que le Chef du gouvernement se déclare “non concerné et non compétent, refusant de déclencher une commission d'enquête sur les circonstances dans lesquelles la décision de justice d'annulation du congrès extraordinaire du FLN a été prise…”. Arab Chih Un délégué de la CICB réagit “Le Mouvement citoyen prend du recul vis-à-vis de l'offre de Dialogue” Sofiane Adjlane, délégué de la CICB : “Le premier appel au dialogue lancé par Ahmed Ouyahia au mouvement des archs de Kabylie avait suscité un espoir pour le règlement de la crise. Mais, malheureusement, les derniers développements survenus sur la scène politique nationale ont poussé le mouvement citoyen à prendre du recul par rapport à cette offre de dialogue. En fait, peut-on croire à un dialogue sincère et responsable alors que la presse indépendante continue de subir des harcèlements et intimidations sans précédent, des enseignants du secondaire tabassés, des sinistrés condamnés… ? Face aux manœuvres du système incarné par le trio Bouteflika-Zerhouni-Ouyahia, seule une véritable résistance citoyenne et un rassemblement de toutes les forces démocratiques viendront à bout de ce pouvoir mafieux et assassin, responsable de tous les malheurs du pays.” KAMEL OUHNIA