Le marché de chaque pays de la sous-région est trop étroit pour attirer un flux d'investissements étrangers conséquent. L'échange inter-Maghreb n'atteint pas les 5% des exportations des différents pays, en revanche, 80% des échanges des pays du Maghreb se font avec l'Union européenne. Des projets communs aussitôt annoncés sont abandonnés. “Quel serait alors l'intérêt d'une telle intégration économique entre des pays voisins qui ne commercent pas entre eux ?”, s'interrogeront les plus pessimistes. Pourtant, tous les acteurs du partenariat euroméditerranéen en sont conscients : la réussite de l'intégration Sud-Sud constitue une composante clef du succès pour l'ensemble de la région. Plusieurs arguments militent pour l'urgence d'une mise en place d'un marché uni du Maghreb. “D'abord, l'argument traditionnel, selon lequel un marché agrandi est susceptible de faire bénéficier les pays membres des économies d'échelle, d'exposer les entreprises nationales jusque-là à l'abri des barrières protectionnistes à une plus grande concurrence, ce qui les pousse à faire un effort de productivité, et de favoriser un transfert ainsi qu'une diffusion rapide à leur profit des innovations techniques. Puis et surtout, l'intégration va attirer les investissements, en particulier les investissements directs étrangers, qui constituent une conséquence normalement attendue du régionalisme et qui permettent une croissance plus forte. Cet afflux de capitaux étrangers peut s'expliquer par les opportunités offertes par un grand marché, le marché potentiel constitué d'un seul pays étant bien évidemment beaucoup moins intéressant pour les investisseurs internationaux”. Force est de constater, les accords d'association signés, séparément, par chacun des pays du Maghreb avec l'UE n'ont pas provoqué le rush attendu d'investissements directs étrangers (IDE), en particulier d'investissements européens. “En valeur absolue, les IDE ont doublé au Maghreb entre la première moitié des années 90 et la seconde, mais, déplore le professeur Lehmann, de l'Institut d'économie politique de Lausanne, la part mondiale des IDE que reçoivent les pays du Maghreb a elle, par contre, baissé de 1,4% à 0,7%”. Le Maghreb est une zone peu attractive pour les investissements étrangers. Les marchés des pays du Maghreb pris séparément sont caractérisés par un marché très étroit, qui fait que tout investissement ne peut jamais atteindre une quelconque maturité. Il est très difficile qu'un projet industriel puisse arriver à maturité dans un marché très étroit et la rentabilité d'un projet industriel est directement liée à la taille du marché pour le simple fait que celui-ci ne peut être rentable sans la réalisation des économies d'échelles ou des rendements d'échelles. Un marché maghrébin intégré de près de 100 millions d'habitants serait plus intéressant pour les investisseurs que des marchés séparés de 10 ou 30 millions de consommateurs. Les Maghrébins doivent être conscients qu'ils ne peuvent faire abstraction de la mondialisation ni de ses contraintes et ne peuvent faire face non plus à ses exigences tout en restant cantonnés dans leur carcan. La construction maghrébine n'est pas uniquement une nécessité interne aux cinq pays de l'Union, elle est une condition vitale pour des relations favorables avec l'Union européenne et les Etats-Unis. À partir de ces constats, il est temps d'élaborer une approche nouvelle portée par les acteurs économiques. L'Europe n'a-t-elle pas commencé par l'Union du charbon et de l'acier ?