En première analyse, tout porte à estimer que Russes et Américains sont sur la bonne voie dans la relance de "Genève II", qu'ils avaient par ailleurs mis en branle au printemps dernier et dont le processus fut brutalement stoppé. La crise a fini par se compliquer avec l'emploi d'armes chimiques en août dernier dans une banlieue de Damas. Genève a, en effet, accueilli jeudi et vendredi les ministres des AE des deux pays ainsi que le médiateur onusien et de la Ligue arabe pour la crise syrienne, l'ambassadeur algérien Lakhdar Brahimi. Les chefs de la diplomatie américaine, John Kerry, et russe Serguei Lavrov, ont eu des discussions "constructives" sur la possibilité de tenir une conférence de paix à Genève, et ont convenu d'approfondir les pourparlers la semaine prochaine. Lavrov a expliqué à Kerry la proposition du président russe Vladimir Poutine de mettre sous séquestre international les armes chimiques syriennes. Une proposition, rappelons- le, chaudement adoptée par la communauté internationale. À commencer par le président américain, lequel, en dépit de son scepticisme, a été satisfait de se voir offrir une sortie de secours à l'impasse dans laquelle l'avait placé son entêtement à vouloir "punir" Bachar Al-Assad. Au G20 de Saint-Pétersbourg, Obama a mesuré son isolement sur la scène internationale, ce qui a conforté son opinion nationale contre une nouvelle guerre au Moyen-Orient et, du coup, a amplifié le camp de ses adversaires au Congrès et dans la chambre des représentants, pourtant à majorité démocrate. Au point où le locataire de la Maison-Blanche a demandé en personne au Congrès de surseoir au vote qu'il avait sollicité avant l'offre russe. Opposants et partisans de frappes contre la Syrie au Congrès, dominés par les républicains, campaient sur leurs positions après le discours mardi d'Obama, mais approuvaient sa décision d'explorer la possibilité de neutraliser le stock syrien d'armes chimiques avant toute opération militaire. Israël a également poussé un ouf de soulagement maintenant que la diplomatie reprend ses droits, même si Netanyahu dit douter de la sincérité de Damas sur "son arsenal chimique". Les militaires israéliens eux ont eu conscience de l'avertissement du président syrien lorsque celui-ci affirmait que des frappes contre son régime ouvriraient ipso facto la voie à une incommensurable déflagration dans toute la région qui constitue déjà une véritable poudrière. Quelques esprits chagrins, notamment dans la France officielle, parient eux sur la "non-faisabilité" de la proposition russe pour établir qu'il n'est pas suffisant de placer l'arsenal chimique de la Syrie sous contrôle international. Moscou avait jugé "inacceptable" le projet de résolution concocté par Paris affirmant la responsabilité de Bachar Al-Assad dans l'utilisation de telles armes et envisageant de traduire celui-ci devant la Cour internationale de La Haye. Confronté au refus de Poutine, François Hollande dit suspecter dans la position russe une "manœuvre dilatoire" : il n'écarte toujours pas la possibilité de frappes militaires. Le chef de l'Etat français, également isolé chez lui et en Europe, s'est tout de même incliné comme son homologue américain en acceptant d'explorer toutes les voies au Conseil de sécurité des Nations unies, pour "permettre au plus vite un contrôle effectif et vérifiable des armes chimiques présentes en Syrie". Alors que Moscou et Washington tentent de trouver un terrain d'entente sur la maîtrise de l'arsenal chimique syrien, puis sur la mise en route de Genève II, les rebelles de l'Armée syrienne libre ont joint leur voix à celles des djihadistes pour manifester leur "refus catégorique de mettre les armes chimiques du pays sous contrôle international". Selim Idriss, le chef militaire des rebelles, souhaite voir l'affaire portée devant la CPI, la Cour pénale internationale. Pour comprendre le jeu de la rébellion, il faut savoir qu'elle est tenue en laisse par la France ainsi que par les pays du Golfe. Partisane d'une intervention massive en Syrie, la Turquie a elle aussi exprimé des "doutes" sur l'engagement de Damas à se conformer à un accord sur les armes chimiques, tout en saluant la proposition russe, et demandant que les auteurs de l'attaque chimique du 21 août dernier soient punis. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a quant à lui estimé hier que le recours aux armes chimiques en Syrie devait être "condamné" et nécessitait "une réponse forte". Ce n'est pas l'avis ni de l'Allemagne ni des pays du sud de la Méditerranée, hors de la France socialiste. En tout état de cause, la Russie a transmis aux Etats-Unis un plan de démantèlement des armes chimiques "réalisable", "précis" et "concret", en "concertation" avec la Syrie. Des experts en armement russes et américains étaient présents à la rencontre Lavrov-Kerry, alors que Bachar Al-Assad a, de son côté, engagé la procédure pour que son pays ratifie la Convention de 1993 contre l'utilisation des armes chimiques. Les négociations s'annoncent toutefois difficiles. En acceptant de réagir favorablement à la proposition de détruire les armes chimiques syriennes sous contrôle des Nations unies, Obama va-il jouer le jeu jusqu'au bout avec Poutine dans le but d'aboutir à "une solution globale" ? Le package deal rendu possible par la proposition russe doit nécessairement aboutir au règlement radical et en profondeur de la crise syrienne sous ses différentes facettes, tel que l'a prévu "Genève II" dans ses principes et sa démarche. Une telle solution est bâtie sur la formation d'un gouvernement de transition ayant toutes les prérogatives du pouvoir exécutif, ce cabinet devant regrouper des personnalités modérées du régime actuel, n'ayant pas du sang sur les mains, ainsi que des représentants de l'opposition non djihadiste. Le président Bachar Al-Assad serait tenu à l'écart de cette phase transitoire et il serait prié de ne pas se porter candidat à l'élection présidentielle de 2014. En gros, c'est ce à quoi avait abouti Lakhdar Brahimi, après ses multiples navettes entre les divers protagonistes de la crise syrienne au printemps dernier, avant que la situation ne dérape jusqu'à l'emploi des armes chimiques dont les tenants et aboutissants sont attendus dans le rapport que doivent remettre au Conseil de sécurité les inspecteurs de l'ONU. En attendant, Américains et Russes doivent déterminer l'emplacement et le volume de l'arsenal chimique en question, ainsi que les moyens de le détruire. Il s'agirait également dans ce cadre de savoir si des factions djihadistes ont pu mettre la main sur des dépôts d'armes chimiques. D. B Nom Adresse email