Résumé : On nous avait signalé la présence de militaires dans la forêt et au village. Nos sentinelles avaient relevé à maintes reprises des bruits nocturnes et des lueurs de torches. L'ennemi préparait quelque chose, à n'en pas douter. Nous étions tous aux aguets. Ali faisait maintenant partie de notre équipe. Il nous renseignait tous les jours sur ce qui se passait au village.Mon père acquiesce : La tension était papable. Un climat d'insécurité régnait. Que va-t-il donc se passer ? Nous craignions pour les familles du village. Le fils du caïd agissait comme son père, ou pire. Des terres étaient spoliées, des biens confisqués et les paysans, qui s'enfermaient dès la nuit tombée chez eux, vivaient dans la terreur. Nous étions sidérés ! La mort du caïd n'avait en somme rien réglé. Je propose à Si Ahmed de redescendre au village afin de voir ce qui s'y passe réellement. Il en parla à Da Belaïd qui approuvera mon geste, mais refusera de me donner son accord. Il savait que les militaires faisaient des ratissages non loin de notre gîte et ne voulait pas leur donner l'occasion de nous débusquer. -Tu attendras encore un peu. Ali nous informera sur le moment propice. Nous aussi aimerions faire une autre intrusion au village. Nous voudrions surtout mettre en garde le fils du caïd. Il faut qu'il sache une fois pour toutes que les villageois ne sont pas des boucs émissaires. Je pris mon mal en patience. Ali signalera, toutefois, qu'un calme précaire planait sur le village. Un officier avait même mentionné que la mission militaire était terminée et que tous ses soldats allaient se retirer du village. C'était bizarre ! Mission terminée ? De quoi donc pouvait-il s'agir ? On ne tardera pas à la savoir. Kamel et Belkacem devaient rentrer incessamment de leur mission. Pour plus de prudence, ils devaient emprunter des itinéraires différents. Amar avait de la fièvre ce jour-là et s'était retiré au fond de la grange pour se reposer. J'étais assis non loin de lui avec Fatiha et Kheira qui épluchaient des légumes. Tout à coup, nous entendîmes une première détonation... Un moment de surprise, puis nous nous levâmes tous tel un seul homme. La deuxième détonation nous fera réagir promptement. Chacun de nous avait récupéré son arme et ses munitions. Amar se relève et nous demande de tendre l'oreille... Surtout il ne faut pas bouger. À la troisième détonation, Da Belaïd nous intimera l'ordre de sortir de la grange et de nous éparpiller comme à nos habitudes à travers les bosquets de la forêt. Kheira se joindra à nous, alors que Fatiha et Malika demeurèrent sur les lieux... Elles attendront les ordres de Si Ahmed.... S'il y a des blessés, elles pourront les prendre en charge immédiatement. Je talonnais Si Ahmed qui suivait de près Amar et Da Belaïd. J'admirais, encore une fois, le bon sens et le courage de cet homme qui n'était plus jeune mais très avisé et, surtout, très courageux. Une autre détonation au passage d'un animal confirmera nos doutes : la forêt était devenue un champ de mines ! Les militaires qu'on avait repérés avaient pour mission non pas de nous attaquer ouvertement, mais de nous empêcher de sortir de la forêt... De nous anéantir... Les mines étaient semées dans les bosquets, derrière les rochers et sur tous les itinéraires menant au village. Amar se retourne vers nous : -Faites très attention... Vos pas peuvent vous trahir... Ces salauds ont trouvé le moyens le plus lâche de nous attaquer. Il va nous falloir faire preuve de beaucoup de prudence pour nous déplacer. Retournons sur nos pas... Nous allons devoir attendre le retour des émissaires avant de plier bagage... Ali aussi ne doit pas être loin... Il a dû entendre ces détonations. -Comment se fait-il... Je ne pus terminer ma question, car Kheira venait de pousser un long cri. Quelques mètres devant nous gisaient les corps sans vie de Belkacem et de Kamel. Un silence tombe sur l'assistance. Da Belaïd le rompt d'une voix triste : -Ils ont marché sur les pièges. Kheira sanglotait... Son frère venait de tomber au champ d'honneur. Je me retourne vers elle : -Courage... Nous sommes tous soumis au même destin... Ton frère est un martyr... Et les martyrs vont au Paradis. Je débitais ces mots sans prendre en considération ma douleur... Moi aussi j'étais triste pour nos deux compagnons, en particulier pour Kamel. Je revoyais ses mains grandes et rugueuses qui pouvaient étrangler n'importe quel cou... gras ou menu ; aucun muscle ne résistait à cette force innée qui était en lui et à ce courage sans ambages dont il faisait preuve à chaque fois. -Allez les enfants... Ne restez pas là... Rentrons. (À suivre) Y. H. Nom Adresse email