Résumé : Je voulais me rendre au village. Mais Da Belaïd m'en dissuadera. Il faut attendre le moment propice. Entretemps, Ali nous avait informés que les militaires avaient quitté le village. C'était curieux. Ils parlaient aussi d'une fin de mission... Nous n'allions pas tarder à en connaître les raisons. La forêt était infestée de mines ! Kamel et Belkacem venaient de trouver la mort. C'était Da Belaïd qui venait de parler. Il semblait abattu, mais aussi révolté. -Nous allons enterrer ce qui reste de ces deux corps mutilés pour leur donner une sépulture. -La forêt est infestée de mines... Où va-t-on pouvoir les enterrer ? C'était Amar qui venait de parler. Si Ahmed tendit son index : -Ils seront enterrés au même endroit. Nous n'aurons qu'à creuser une tombe... Là au moins, nous savons qu'il n'y a plus de mines... Elles ont déjà explosé. Tels des forcenés, nous nous mîmes tous en même temps à creuser. Le travail s'avéra ardu sous un soleil de plomb, mais il fallait faire vite pour éviter d'autres mauvaises surprises. Kheira pleurait toujours. Amar la soutenait. Da Belaïd lui demandera de la conduire à la grange et de prévenir aussi Malika et Fatiha. Elles devraient se mettre tout de suite à préparer notre paquetage, car nous devrions quitter les lieux dès que possible. Quelqu'un partira auparavant en éclaireur pour "baliser" notre route. Avant cela, nous devrions nous rapprocher du village. À n'en pas douter, d'autres surprises pourraient nous attendre là aussi. -Toi Boualem... Da Belaïd tendit l'index vers moi : -Toi Boualem... j'aimerais que tu tentes l'aventure... Je sens que l'ennemi nous réserve autre chose. Les mines ne sont qu'un prélude... Nous allons devoir déjouer ses plans. Tu vas tenter d'arriver jusqu'à la lisière du village pour voir ce qui se passe. Je pense que c'est dans la maison du caïd que ces messieurs aiment se réunir. -Je ferais de mon mieux pour arriver au village et glaner des renseignements. Si Ahmed, qui ne voulait pas interrompre Da Belaïd, lance d'une voix ferme : -Il n'ira pas seul... Je vais l'accompagner. -Non... Toi, tu vas rester avec nous... Tu es le toubib... Qui soignera les blessés si tu passes de vie à trépas ? -Si je dois y passer, j'y passerai... Ni toi ni quelqu'un d'autre ne peuvent empêcher l'accomplissement de mon destin. Tu insinues que Boualem pourra traverser le champ de mines et risquer sa vie, et nous devons rester les bras croisés à attendre son retour ou sa mort ? -Nous n'avons pas le choix, Si Ahmed... Si tu trouves un inconvénient pour Boualem, je vais envoyer quelqu'un d'autre. Je sentais mon sang renflouer sur mon visage. C'était moi qui avait été désigné... C'était donc à moi de partir et non pas à quelqu'un d'autre. -Je vais me rendre au village,dis-je d'une voix forte. Je ne suis pas une marionnette qu'on manipule... J'ai reçu l'ordre de descendre au village... Je vais risquer ma vie, certes, mais qui est donc sûr de rentrer chez lui à la fin de cette guerre ? Je vous demanderais une seule chose : au cas où je ne reviendrais pas, prévenez ma mère... J'aimerais qu'elle sache que son fils n'était pas un lâche. Je ne donne pas le temps à Da Belaïd ou à Si Ahmed de riposter. J'avais ma mitraillette en bandoulière et je ne me fais pas prier pour prendre la direction du village. Je tentais tant bien que mal de marcher sur des pierres ou des branches d'arbres. L'ennemi avait dû étudier tous les itinéraires menant au village mais pas les raccourcis que nous avait montrés Ali. Ali... ? Le garçon ne s'était pas montré... Pourtant il avait dû entendre lui aussi les explosions. Que se passe-t-il donc au village ? Le berger avait-il été pris au piège ? Les idées noires encombraient mon cerveau. Kamel et Belkacem avaient marché sur ces mines. Ali... Ali n'avait-il pas lui aussi... ? Je ne pouvais penser à une telle chose. Au bout d'une heure, et après avoir fait un long détour, je pus apercevoir le village du haut d'une colline. Les gens vaquaient à leurs occupations. De là où je me trouvais, je pouvais voir à loisir la maison du caïd. (À suivre) Y. H. Nom Adresse email