L'organe exécutif des Nations unies discutera aujourd'hui le rapport annuel de Ban Ki-moon sur le Sahara occidental, dont les bribes d'informations sur son contenu ont révélé qu'il recommandait le maintien de la Minurso et la prolongation de son mandat. Rabat, qui a vivement critiqué ce document par la voix du roi Mohammed VI lors du dernier somment du Conseil de Coopération du Golfe, s'attèle à convaincre ses alliés au sein du Conseil de sécurité de l'ONU, notamment l'Egypte, le Sénégal et la France, de faire adopter une résolution plutôt favorable à sa thèse d'autonomie en lieu et place d'un référendum d'autodétermination, qui constitue l'essence même de l'existence de la Minurso. Et c'est là que réside la responsabilité des membres du Conseil de sécurité, dont les différentes résolutions avaient toutes, depuis quarante ans maintenant, pour but de permettre au peuple sahraoui de se prononcer sur son avenir. C'est l'embarras que provoque ce énième rapport d'un secrétaire général de l'ONU, dont l'adoption et la prolongation du mandat de la mission onusienne au Sahara occidental n'était pratiquement qu'une simple formalité. Il constitue aujourd'hui un véritable dilemme pour les membres Conseil de sécurité, qui assistent impuissants au bras de fer auquel se livre le Royaume et Ban Ki-moon depuis sa dernière visite dans la région, et au cours de laquelle il avait utilisé le terme "occupation" en évoquant le statut du territoire du Sahara occidental. Il n'en fallait pas plus pour provoquer l'ire de Mohamed VI, qui a expulsé la majorité du personnel de la Minurso. Face à cette attitude marocaine, le secrétaire général de l'ONU n'a pas modifié d'un iota sa position et demande dans son rapport la reconduction de la Minurso jusqu'au 30 avril 2017. Mais, il souhaite également que cette mission onusienne soit réhabilitée afin de pouvoir remplir son mandat, qui a été réduit unilatéralement par Rabat. Ban Ki-moon explique que l'accomplissement de cette mission passe bien sûr par le retour de son personnel sur place, en avertissant qu'un départ de la Minurso augmenterait le risque d'une reprise des hostilités et pourrait être exploité par des éléments terroristes. Ban Ki-Moon affirme sans ambages "qu'il est temps de s'engager dans de sérieuses négociations sans pré-conditions et dans la bonne foi afin d'atteindre une solution politique mutuellement acceptable, qui permettra d'assurer l'autodétermination à la population du Sahara occidental", en faisant allusion aux populations dans les camps de Tindouf, en Algérie. En clair, il demande tout simplement leur recensement dans le cadre de la préparation d'un référendum d'autodétermination. En d'autres termes, il balaie d'un revers de main les thèses marocaines. Il faut donc s'attendre à une réunion tumultueuse du Conseil de sécurité de l'ONU le 30 avril prochain. À signaler enfin que le ministre sahraoui de la Défense, Abdellah Lehbib, a affirmé, à l'issue des manœuvres militaires effectuées samedi dernier dans la région d'Aghouinit, que l'Armée de libération populaire sahraouie (ALPS) était prête à faire face à tout imprévu de la part du Maroc. Merzak Tigrine